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Ivan Fischer dirige le Chant de la terre

mercredi 15 octobre 2008 par Richard Letawe
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Ivan Fischer
DR

Le Budapest Festival Orchestra débutait ce soir la série des orchestres internationaux au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles devant une salle correctement remplie, où on reconnaissait Nathalie Stutzmann et Mitsuko Uchida, et où on dénombrait malheureusement le lot habituel d’ostrogoths qui attendent les silences pour éructer bruyamment et ne savent pas comment on éteint un téléphone. Programme très concentré dans le temps et la géographie, avec Verklärte Nacht de Schoenberg et Das Lied von der Erde de Mahler.

Le début de la Nuit transfigurée n’est pas tout à fait ce qu’on espérait. La direction de Fischer est raffinée mais trop polie, ses phrasés manquent de relief, le climat est neutre, et on ne perçoit pas assez l’amertume et la douleur des affrontements de la première partie. Par la suite, les remarquables cordes hongroises font pleinement valoir la qualité de leur jeu d’ensemble, la beauté et la transparence de leur sonorité, et la maîtrise de leurs chefs de pupitre, personnifiée par une konzertmeisterin au son peu puissant, mais au jeu léger et gracieux. Très à son affaire, Ivan Fischer ne se contente pas d’exploiter la virtuosité de son orchestre, il aère l’ensemble, allège les phrasés, fait danser ses musiciens en soulignant délicatement les rythmes de valse. Une vision très personnelle donc, poétique, au ton discrètement viennois, moins acérée et ardue qu’à l’accoutumé, mais au final très convaincante.

Ivan Fischer et son orchestre sont embarqués dans un cycle Mahler de longue durée, qui vient d’accélérer avec la même semaine la Troisième symphonie à Paris et Le Chant de la Terre ce soir à Bruxelles. Celui-ci n’est pas parfait, mais restera cependant dans les annales pour la prestation idéale du Budapest Festival orchestra et pour le sans-faute du chef. La direction d’Ivan Fischer est un modèle d’équilibre, de délicatesse, de naturel et d’attention aux détails. L’orchestre est glorieux, et n’a rien à envier ce soir à des formations comme le Concertgebouw ou le Philharmonique de Vienne. On apprécie particulièrement les bois, au rôle tellement important, qui sont ce soir comme les habitants d’une volière.

Du côté des chanteurs, le constat est un peu moins réjouissant. Robert Dean Smith est un ténor très satisfaisant, agréable à entendre, qui est un peu dépassé dans « Das Trinklied vom Jammer der Erde, où l’aigu n’a pas le tranchant et la clarté nécessaires, mais qui assure sans problème dans ses deux autres lieder, et est même plutôt savoureux et plein d’esprit dans « Von der Jugend ». Christianne Stotijn fait une carrière intéressante, mais à chaque fois que nous avons l’occasion de l’entendre, nous n’en percevons que les défauts. Dans ce Chant de la Terre, les carences sont criantes : timbre sans couleur, voix fibreuse, serrage dès le médium, aigus râpeux, intonation problématique (même sur Ewig !), ligne de chant raide,… A côté de cela, elle a pourtant des qualités indéniables d’interprète, et sa conviction est très louable. Son chant sans affèterie dans Von der Schönheit, sa chaleur dans Der Abschied aident à faire passer la rugosité du chant. Et quand on peut écouter un tel chef et un tel orchestre pendant une soirée, on ne peut pas trop se plaindre !

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- Bruxelles
- Palais des Beaux-Arts
- 02 octobre 2008
- Arnold Schoenberg (1874-1951), Verklärte Nacht ; Gustav Mahler (1860-1911), Das Lied von der Erde
- Christianne Stotijn, mezzo-soprano
- Robert Dean Smith, ténor
- Budapest Festival Orchestra
- Ivan Fischer, direction











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