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Ivan Fischer, Miah Persson, des lieder en apesanteur

mardi 6 mai 2008 par Richard Letawe
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Miah Persson
DR

Le Budapest Festival Orchestra et son chef Ivan Fischer étaient de passage au Palais des Beaux Arts de Bruxelles, étape d’une longue tournée dont l’œuvre phare était la quatrième symphonie de Mahler.

Le concert débute par Till Eulenspiegel de Richard Strauss, dans une version de démonstration, glorieusement exécutée par un orchestre scintillant. Fischer détaille chaque épisode avec une gourmandise et un plaisir visibles, et l’orchestre répond à la moindre de ses indications. Le Budapest Festival Orchestra est une formation virtuose, qui aime à montrer ses talents, mais qui est parfois trop sûre d’elle : deux ou trois hésitations parmi les bois semblent dues à une légère déconcentration. On n’aura en revanche que des éloges à adresser aux deux cornistes solo, ainsi qu’aux cordes, d’une finesse sans égal.

Strauss encore pour suivre avec quatre lieder divinement chantés par Miah Persson, dont la sensibilité, la délicatesse des phrasés et la pureté de l’aigu font merveille. Pour commencer, le Wiegenlied est porté par une prononciation du texte d’une extrême douceur, et par un timbre radieux, que la chanteuse assombrit sublimement dans la deuxième strophe. Son chant très intérieur, qu’on dirait murmuré, s’épanouit encore un peu plus dans Waldseligkeit, où elle réussit des prodiges d’allègement et de contrôle du souffle. Sa fraîcheur et son naturel, la qualité de sa diction, donnent des ailes à « Ich wollt’ein Sträusslein binden », tandis que « Morgen », à la ligne souple, qui se déroule sans jamais s’interrompre, est la grâce faite musique. Discret, léger, raffiné, l’accompagnement donné par Ivan Fischer est précieux. Le seul reproche à lui faire est que son attitude un peu trop démonstrative incite le public à applaudir après chaque lied, alors qu’il aurait été préférable pour l’atmosphère de les chanter sans interruption.

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Ivan Fischer
DR

Cette démonstrativité, ce soupçon d’affectation, en germe dans Strauss, on peut les distinguer plus distinctement dans la symphonie n°4 de Mahler, jouée de manière admirable, avec une virtuosité étincelante, mais où la simplicité n’est pas toujours de mise. Ainsi, le premier mouvement fait entendre une profusion de détails, chaque épisode est caractérisé avec beaucoup de soins, mais se paie par une impression très réelle de morcellement, accentué par un tempo très instable. On entend donc des choses merveilleuses, un luxe dans la variété des phrasés, des bois miraculeusement inspirés, un pupitre de contrebasses d’une présence formidable, mais ce paysage qui ne cesse de changer à chaque mesure, on aimerait pouvoir le contempler plus calmement, avoir le temps de passer d’une merveille à l’autre. Ce premier mouvement est celui de l’instant présent, pas celui de la durée, il s’écoule sans laisser de trace.

Très contrasté, le deuxième mouvement est admirablement joué, et n’appelle aucun reproche : la mise en place est parfaite, la virtuosité des pupitre est saisissante (quelles clarinettes !), et le chef n’y perd jamais le sens de la marche. Le Ruhevoll sera certainement le mouvement le plus discuté de cette exécution : très lent, un peu étale, on pourra le taxer de complaisant, mais il faut reconnaître que l’émotion est au rendez-vous, et que l’orchestre continue à joue admirablement bien, avec légèreté et clarté. Le chef a bien l’air parfois un peu fantaisiste, mais il a des idées nobles et profondes, et sa direction mobilise son orchestre, et est un plaisir à voir, car à chacun de ses gestes, on sait exactement ce qu’il veut. Le dernier mouvement Das himmlische leben fera taire toutes les critiques : Miah Persson y est merveilleuse de simplicité, et dispense en compagnie de l’orchestre un bonheur sans mélange.

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- Bruxelles
- Palais des Beaux Arts
- 28 avril 2008
- Richard Strauss (1864-1949), Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op.28 ; Wiegenlied Op.41/1 ; Waldseligkeit Op.49/1 ; Ich wollt’ein Sträusslein binden Op.68/2 ; Morgen Op.27/4
- Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°4 en Sol majeur
- Miah Persson, soprano
- Budapest Festival Orchestra
- Ivan Fischer, direction











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