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Isabelle Faust et Alexander Melnikov au Châtelet : heureux Beethoven !

mercredi 21 octobre 2009 par Carlos Tinoco

Isabelle Faust et Alexander Melnikov entamaient ce dimanche un cycle de concerts consacrés à l’intégrale des sonates pour piano et violon de Beethoven, qu’ils ont gravée l’année dernière chez Harmunia Mundi.

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Isabelle Faust, Alexander Melnikov
© Marco Borggreve

Des disques qui viennent de sortir, mémorables, parce qu’au-delà de la qualité instrumentale, ils renouvellent notre écoute de ce répertoire. Mais le concert est une autre épreuve et il était intéressant de voir ce qui allait en résulter. La réponse est simple : un récital miraculeux.

On peut discuter leur approche, et celui qui n’était pas à ce concert se reportera pour ce faire aux disques dans lesquels l’essentiel de la conception défendue au Châtelet est déjà présent. Isabelle Faust avait beau déclarer dans le DVD du making-off que ce n’était qu’un point du parcours et que, dans un an, ils auraient de ces œuvres une conception différente, ce récital lui donne tort. Ce n’est d’ailleurs pas si étonnant, eu égard au caractère mûrement réfléchi, incroyablement ciselé, de cette interprétation, qui a plutôt des allures d’aboutissement. Ce Beethoven est d’abord radieux, que ce soit dans les sonates du début ou dans la dixième. La dimension tragique y est présente mais elle n’est pas première. Les grondements telluriques restent toujours baignés de lumière et Faust et Melnikov cheminent ensemble plutôt qu’ils ne s’affrontent. Le travail sur les nuances et sur les phrasés est d’une extrême délicatesse, sans aucun maniérisme. Tout jaillit avec évidence, dans une pensée musicale dont la cohérence permet d’inscrire les contrastes les plus prononcés sans jamais rompre le discours. Quant au style du jeu, il opère une synthèse savante entre les traditions baroqueuses et romantiques qui en fait toute la modernité. C’est le cas pour le violon, dans l’utilisation de l’archet qui produit des sons où s’entremêlent les échos de Milstein et ceux de Kuijken (aussi incongru que cela puisse paraître), comme dans l’utilisation du vibrato. On retrouve chez Melnikov cette même extension du spectre qui nous entraîne d’un jeu perlé façon pianoforte mozartien aux grondements du grand piano russe. Ce qui pourrait n’être qu’un collage curieux est toujours au service du texte beethovenien et, finalement, épouse à merveille les facettes si particulières de cette écriture.

Mais, comme on l’a signalé, le concert est un pari différent. D’autant que leur jeu comporte des risques particuliers. On connait des interprètes qui gravent des choses flamboyantes et peinent à les reproduire à la scène. S’agissant de Faust et Melnikov, on pense notamment à ces écarts dynamiques (des pianissimos ppp) si fréquents, qui donnent à cette lecture une formidable dimension spatiale : peuvent-ils être reproduits en concert sans détimbrer ? On pense aussi à cette mobilité extrême de l’archet d’Isabelle Faust qui lui permet d’aller chercher une palette de couleurs très étendue et de caractériser chaque fragment du discours, mais qui fait craindre tous les dérapages. La démonstration a été éclatante. A part une petite minute de déconcentration dans l’andante de la deuxième sonate, elle a traversé tout le concert avec une superbe facilité. Alexander Melnikov n’était pas en reste, et surtout, dans ce feu d’artifice, on n’a ressenti aucun narcissisme, seulement une écoute très scrupuleuse du partenaire, une attention de chaque instant pour donner son sens à chaque note et ne laisser aucune place à la facilité. A ce niveau d’écoute, ce n’est plus seulement de l’entente artistique, c’est de l’amour qui nous est offert. Relever chaque moment miraculeux serait beaucoup trop long, c’est tout le concert qui a été traversé par la grâce. Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, écoutez les disques et surtout, venez entendre la suite de cette intégrale les 10 janvier et 28 mars 2010 !

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- Paris
- Théâtre du Châtelet
- 11 octobre 2009
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Sonates pour piano et violon n°1 en ré majeur op. 12 n°1 ; n°2 en la majeur op. 12 n°2 ; n°3 en mi bémol majeur op. 12 n°3 ; n°10 en sol majeur op. 96
- Isabelle Faust, violon
- Alexander Melnikov, piano






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