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Iphigénie en Aulide au Théâtre de la Monnaie

lundi 21 décembre 2009 par Thomas Desmet
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© Bernd Uhlig

En programmant Iphigénie en Aulide, le Théâtre de la Monnaie invite son public à redécouvrir une page incontournable de l’histoire de l’opéra. Car ce premier opéra parisien de Gluck a bel et bien marqué un tournant dans la conception même de l’opéra. Tout comme son Orfeo ed Euridice de 1762, il a marqué le retour de la tragédie au centre de l’art lyrique. Finies la virtuosité infondée, la mise en évidence de la qualité technique sans but narratif ; la réforme instaurée par Gluck allait signer le retour à un opéra dans lequel chaque composante se met au service de la narration.

Le décor épuré imaginé par Michael Simon réorganise l’espace et trouble la frontière entre fiction et réalité. D’emblée, le spectateur se sent pris dans un dispositif d’ensemble, à l’image du drame grec. La scène se trouve désormais au niveau de la fosse, vidée de ses musiciens. Ceux-ci ont été placés derrière la scène, attachés à un chœur faisant face au public. Or le chœur est lui-même formé de chanteurs mais aussi de réels spectateurs ! On le comprend très vite : le décor se confond avec la salle entière, dans l’intention de créer une émulation collective.

Parallèlement, le metteur en scène Pierre Audi élabore les déplacements de ses acteurs de manière à impliquer davantage le spectateur. Les entrées et sorties s’opèrent tantôt par la fosse, tantôt par les loges européenne et royale, rendues accessibles par deux escaliers métalliques. Quand ils n’occupent pas la scène, les personnages traversent l’orchestre, prennent place parmi le public. Et leur jeu sur les trois dimensions de l’espace captive, sans toutefois épuiser l’unique décor.

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© Bernd Uhlig

Au centre de l’intérêt, on trouve l’expression du drame dans son aspect naturel, dans sa simplicité. Et la distribution a tenu toutes ses promesses. Les personnages d’Agamemnon et de Calchas, respectivement incarnés par l’américain Andrew Schroeder et le suisse Gilles Cachemaille, posent solidement les bases du drame sans attirer d’attention particulière sur leur technique vocale, mise au service de l’histoire et de la compréhension du texte. La narration se développe alors jusqu’à atteindre ses points culminants, véritables scènes de déchirement. Citons en exemple la prise de connaissance par Iphigénie de la lettre de son père, l’avertissant malicieusement des dérives sentimentales d’Achille ; ce qui donne lieu à une scène de détresse dont le caractère authentique est merveilleusement transmis par la soprano Veronique Gens. A ses côtés, la mezzo-soprano Charlotte Hellekant, au charme débordant, tarde à s’affirmer. Par contre, il convient de mentionner spécialement la prestation du ténor Avi Klemberg, épatant dans le rôle d’Achille.

Colère, arrachement, violence du propos, crise des rapports familiaux et impuissance devant la volonté des dieux, tous les éléments de la tragédie d’Euripide s’y retrouvent. Et l’orchestre, derrière la scène, apporte son soutien à l’expression des sentiments. Discret mais toujours présent, il ponctue, souligne, accentue. Il suit le fil du récit et confère au chant un appui indispensable, sans jamais lui faire obstacle. La vue de l’orchestre surprend, tout comme celle de Piers Maxim, le chef des chœurs de la Monnaie et occasionnellement chef d’orchestre pour cette production. Placé ici dos aux acteurs, il doit faire preuve d’une grande attention d’écoute et d’une grande intuition. Son rôle le mène à détenir les clés de la synchronisation de l’ensemble, défi qu’il a sans nul doute relevé.

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© Bernd Uhlig

Aujourd’hui encore, Iphigénie en Aulide parvient donc à chambouler son public, à attirer son attention sur les sentiments véritables, qui s’expriment selon les conceptions musicales de ce compositeur génial qu’était Gluck. Chaque ingrédient contribue à former un spectacle dont la beauté tient dans l’expression du drame, dépourvue d’effets superflus et de sentimentalité surfaite. Et bien que le sujet antique empêche tout à fait l’établissement d’un lien voulu actuel avec le public, l’opéra, dans cette nouvelle production, transpire effectivement de cette noble intention.

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- Bruxelles
- Théâtre de la Monnaie
- 13 décembre 2009
- Christoph-Willibald Gluck (1714-1787), Iphigénie en Aulide
- Mise en scène, Pierre Audi ; Décors, Michael Simon ; Costumes, Anna Eiermann ; Lumières, Jean Kalman ; Dramaturgie, Klaus Bertisch.
- Agamemnon, Andrew Schroeder ; Clytemnestre, Charlotte Hellekant ; Iphigénie, Veronique Gens ; Achille, Avi Klemberg ; Patrocle, Henk Neven ; Calchas, Gilles Cachemaille ; Arcas, Werner Van Mechelen ; Diane, Violet Serena Noorduyn.
- Chœurs de la Monnaie. Chef des chœurs, Piers Maxim
- Orchestre symphonique de la Monnaie
- Piers Maxim, direction











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