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Inauguration du Théâtre de l’Archipel à Perpignan

mercredi 19 octobre 2011 par Gilles Charlassier

Comme tout projet d’envergure, la construction du Théâtre de l’Archipel à Perpignan a connu moult résistances. Son inauguration comble une déficience dans le maillage culturel du territoire français. Afin d’accompagner les ambitions du nouvel ensemble, le ministre de la culture, lui a apposé d’emblée le label « scène nationale ». Le spectacle d’ouverture, conçu par Daniel Tosi, se veut quant à lui une invitation à la pluridisciplinarité des lieux.

Inscrit dans le terroir catalan, le bâtiment conçu par Jean Nouvel se compose de plusieurs éléments. La grande salle du Grenat, au cœur de la structure, rend, par analogie, un hommage explicite à la pierre rubiconde portée sur leur gorge par les femmes de Perpignan. Les pliures acoustiques dessinées par Kahle acoustics, qui améliorent la réverbération de la rotondité formelle de la salle de théâtre rouge, empruntent leur tracé aux Orgues d’Ille-sur-Têt, cheminées de fée fameuses dans le pays, formation sédimentaire de type stalagmitique à ciel ouvert. La jauge peut varier de 600 à 1100 places, selon la configuration souhaitée, réglée par des rideaux de bois mobiles. Pour des raisons de protection antisismique – le Roussillon est l’une des régions les plus vulnérables de la Métropole – la cage de scène, la Tour, n’est pas dans le même bloc construit. Le Carré contraste avec son volume cubique et forme un espace abstrait modulable selon les besoins, pouvant accueillir jusqu’à 400 spectateurs. La salle de répétitions se tient à l’arrière, dans des volumes similaires, et peut, le cas échéant se transformer en lieu de performance, ouvert sur l’extérieur, grâce à ses grandes baies vitrées isolées de l’environnement sonore. Les loges et l’administration ont leur siège dans un autre parallélépipède adjacent, auquel il faut ajouter l’atelier de décors bigarré d’affiches et d’inscriptions. La verrière du hall, traversée de plantations, permet une ambivalence dedans-dehors empreint de méridionalité. L’ensemble forme visuellement un archipel unissant plusieurs ilots, à l’image de la transculturalité de cet espace inscrit dans une Catalogne transfrontalière.

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L’ambition de ce complexe est d’être un foyer de convergences des cultures méditerranéennes, dans un métissage des arts et des traditions. La programmation de la saison 2011-2012 révèle déjà une diversité remarquable, musiques et théâtres confondus. Le festival Aujourd’hui musiques, consacré à la création musicale et acoustique s’y installera en novembre, déménageant du Conservatoire où il était relégué. Au printemps, c’est une semaine de musique sacrée qui y élira domicile. Le Théâtre de l’Archipel se dessine dès aujourd’hui comme un lieu de rassemblement et de rencontres d’évènements auparavant dispersés dans la ville.

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Afin de couper le ruban, on aurait pu se contenter d’une soirée hétéroclite. L’équipe emmenée par Daniel Tosi a plutôt choisi de proposer avec La Cantate de l’Archipel un spectacle fédérateur où se rejoignent la musique pop avec Cali, le chant lyrique incarné par Burçu Uyar, le théâtre en la personne de Sergi Lopez, l’improvisation pianistique de Carles Santos et l’art chorégraphique avec Sol Picó. Ces louables intentions d’interactions génériques racontent une transposition moderne de l’histoire d’Orphée, chanteur rock, amoureux d’une Eurydice soprano colorature, et jalousé par Alex, masque de Cerbère jaloux.

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L’intérêt de la composition se maintient tout au long de la soirée à un niveau circonstanciel, dans des tournures évoquant plus d’une fois entre autres Dialogues des carmélites de Poulenc ou Ennio Morricone. Ce tissu d’allusions élaboré avec talent, qui laisse place successivement à l’air de Juliette, « Je veux vivre », tiré de Roméo et Juliette de Gounod, où la soprano turque ne se hisse pas exactement à la hauteur de la tessiture, la cabalette de Lucia, et enfin l’air également célèbre de la Reine de la nuit, morceau de bravoure de l’interprète, contente un public ravi de reconnaître les tubes. L’Orchestre Perpignan Méditerranée et le Collegium Vocal Perpignan Méditerranée de déméritent pas, et font regretter un manque de confiance envers la portance acoustique, amplifiée unilatéralement pour ne pas léser l’insuffisance de la projection naturelle de la voix cassée si idiomatique de Cali.

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- Perpignan
- Théâtre de l’Archipel
- 10 octobre 2011
- Daniel Tosi (né en 1953), La Cantate de l’Archipel
- Marion Guerrero, mise en espace avec la collaboration d’Ariel Garcia Valdès et Gaëtan Guérin
- Orphée, Cali, chanteur ; Eurydice, Burçu Uyar, soprano colorature ; Alex/Cerbère, Sergi Lopez, comédien ; Carles Santos, pianiste et comédien improvisateur ; Sol Picó, danseuse et chorégraphe ; Dominique Borrini, lumières
- Orchestre Perpignan Méditerranée
- Collegium Vocal Perpignan Méditerranée
- Daniel Tosi, direction











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