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InFidelio !

mardi 22 février 2011 par Philippe Houbert
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Melanie Diener
© Johannes Ifkovits

Commençons par un coup de gueule ! Un des grands plaisirs éprouvés en ces soirées musicales vient des échanges, souvent contradictoires et passionnés, que nous pouvons avoir avec quelques amis fous mélomanes. En sortant du Théâtre des Champs-Elysées, alors que nous nous étonnions qu’on nous ait proposé Fidelio en version de concert mais surtout sans les dialogues, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que pas une personne ne partageait cette réserve fondamentale ! Et bien, voici peut être revenu ce temps où, sous couvert de post-modernisme et autres concepts fumeux, tous les acquis de cinquante années de musicologie se trouvent rognés comme peuvent l’être ceux issus de la Résistance dans le domaine politique et social. Il va être grand temps de trouver un Stéphane Hessel pour la musique dite classique. Déjà, certains chefs font mine d’oublier les reprises ; par ci, par là, on nous donne des versions d’opéras tronquées ; et nous voici avec ce Fidelio rendu à une succession d’airs et d’ensembles sans logique théâtrale, comme au « bon vieux temps » dont témoignent quelques enregistrements. Producteurs de concerts, ne vous gênez plus ! Coupez nous les opéras de Wagner, supprimez les reprises, mettez nous du « light » partout ! Qu’on se couche plus tôt, zut !

Ceci étant dit, il convient de préciser que, compte tenu du quasi naufrage que fut ce concert, l’idée de supprimer les dialogues et de perpétuer ainsi la légende d’un Fidelio a-théâtral nous permit de gagner quelques précieuses minutes sur un ennui envahissant. Quand vous n’avez ni Léonore, ni Florestan, il y a fort peu de chances que l’œuvre tienne debout à l’arrivée. Déjà l’ouverture fut menée par Kurt Masur à un pas de sénateur, bien que la tension fut finalement rétablie dans la partie finale avec de belles attaques aux cordes mais aussi, quelques fâcheux « pains » aux cors. Si Werner Güra et Sophie Karthäuser nous offrirent de parfaits Jaquino et Marzelline (on peut néanmoins regretter que, pour des raisons d’efficacité – on joue une version de concert mais on fait entrer et sortir les chanteurs comme si on leur demander de faire du théâtre !!!- ils aient été relégués sur une estrade entre cordes et vents), la brusque arrivée de la sublime introduction du quatuor, sans la moindre préparation théâtrale des dialogues, nous plongea dans la perplexité. Et nous perçûmes aussi les difficultés que Mélanie Diener allait connaître plus tard. On peut se demander sur quels critères le public fit un triomphe à Kurt Rydl, Rocco sur le retour, chevrotant, certes efficace théâtralement (le seul chanteur qui ait chanté sans partition).

Durant toutes ces premières scènes, Kurt Masur, pourtant éminent beethovenien (2 intégrales des symphonies, une très belle Missa Solemnis, une Leonore, version originale de Fidelio) parut comme absent à la tête de son ex-Orchestre National de France, se contentant d’une simple mise en place, sans donner le moindre caractère de singspiel que le début de l’oeuvre requiert. Et puis, la marche arrive, et le discours s’anime, notamment dans le très bel accompagnement de l’air de Pizarro. Ce dernier est incarné par Matthias Goerne, chanteur que nous vénérons et bien au-delà de ses talents de liedersänger. Son récent Mathis dans l’opéra de Hindemith prouva ô combien qu’il pouvait aussi être chanteur d’opéra. Mais peut être pas Pizzaro … la technique est évidemment indiscutable mais la noirceur perverse lui manque, ainsi que la projection (encore un effet de l’emplacement réservé aux chanteurs ?).

« Abscheulicher » est un air redoutable. Toutes les facettes du personnage de Léonore s’y trouvent réunies en quelques minutes, semblant convoquer des qualités en apparence contradictoires : flexibilité et héroïsme, douceur et véhémence. Il y a faut un peu de Fiordiligi et d’Isolde tout à la fois. Les plus grandes Léonore ont été aussi de spectaculaires Sieglinde, Christa Ludwig faisant exception. Mélanie Diener se situe très, très loin de toutes ces références. Kurt Masur semble en être conscient, abordant l’air avec une extrême prudence, sans doute contribuant ainsi au fait que la chanteuse ne se sente pas à l’aise dans le « Komm, Hoffnung », là où on espérait qu’elle puisse nous délivrer quelques chose d’intéressant. Dans la partie héroïque de l’air, la voix se tend, les aigus deviennent désagréables et ce qui devrait être l’un des grands moments de l’opéra se termine dans un anonymat assez accablant.

Burckhard Fritz remplaçait Jorma Silvasti en Florestan. Tâche délicate, incontestablement, mais le rôle n’est pas assez long pour que ça pose un réel problème si le chanteur possède les moyens du rôle. Or Fritz ne les a pas. On peut porter au crédit du chanteur qu’il en a la pleine conscience, ne cherchant pas à masquer, assurant correctement ce qu’il peut faire, souvent avec de grosses ficelles (les changements de registre), mais assez consciencieusement. Mais ceci ne fait pas un Florestan, comme Jonas Kauffmann avait pu nous transpercer dès son « Gott ! », à Garnier il y a trois ans. Comme pour Mélanie Diener, la faute en incombe aussi au manque d’engagement de Masur et de l’orchestre (accords de cors trop peu dramatiques dans l’introduction). Tout ce second acte nagera d’ailleurs dans une terne nonchalance, comme s’il n’était question ici ni de liberté politique, ni de triomphe de l’amour. Le duo de retrouvailles entre Florestan et Léonore fut de ce point de vue accablant de laideur vocale et de total laisser-aller orchestral. Masur sembla retrouver force pour un chœur final tonitruant, tenant plus de l’oratorio que de l’opéra.

Un Fidelio très infidèle et à oublier bien vite.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 21 février 2011
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner
- Léonore, Melanie Diener ; Florestan, Burckhard Fritz ; Pizzaro, Matthias Goerne ; Rocco, Kurt Rydl ; Marzelline, Sophie Karthäuser ; Jaquino, Werner Güra ; Fernando, Balint Szabo ; deux prisonniers, Bertrand Dubois et Patrick Radelet
- Chœurs de Radio France. Direction, Matthias Brauer
- Orchestre National de France
- Kurt Masur, direction











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