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In C pour la première fois à Carnegie Hall

mercredi 27 mai 2009 par Thomas Deneuville
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Terry Riley
DR

Il est pratiquement impossible d’étudier la musique en cycle supérieur, aux États Unis, sans écouter, entendre parler, ou jouer In C de Terry Riley. Composée en 1964 en réaction aux techniques sérialistes (alors en vogue dans les universités) pour une formation à géométrie variable, cette pièce est souvent citée comme la première tentative de musique minimaliste. Elle est en effet basée sur 53 fragments allant d’un demi-temps à 32 temps, à jouer dans l’ordre mais sans répétitions définies, sans indications dynamiques ni articulation.

Pour l’anniversaire des 45 ans de la création et pour la première à Carnegie Hall, une foule dense et variée avait rempli l’auditorium Stern (quelque part entre un concert de Radiohead et des Grateful Dead). La scène n’était guère plus aérée et l’on y dénombrait une soixantaine de musiciens venus rendre hommage au patriarche des minimalistes. Parmi eux le Kronos Quartet (sans qui ce concert n’aurait pas eu lieu), Philip Glass, Osvaldo Golijov, Gyan Riley (le fils de Terry —connaissance en Sanskrit), Kathleen Supové, etc. La disposition des instruments, quant a elle, semblait presque aléatoire (une pipa coude à coude avec un contrebasson ou un quatuor de flûtes à bec non loin d’un set de uillean pipes Irlandais !)

Les musiciens s’installent, le silence se fait et un bourdon en do soutenu par des didjeridoos en plastique remplit rapidement l’espace. Peu après, Ustad Mashkoor Ali Khan entame un Alap, une lente improvisation dans le style Hindustani, introduisant le mode, la gamme, l’humeur de la pièce. Détail intéressant, Mashkoor Ali Khan décide de mettre en valeur (vadi) le quatrième degré augmenté de la gamme de do majeur (fa#). Après tout la pièce s’appelle juste en Do sans indication du mode, ionien, ou lydien ! Cette note n’est toutefois pas anodine car elle sépare l’octave en deux, à égale distance entre les deux do. Une fois l’Alap terminé, le Kronos Quartet ouvre le bal avec le premier fragment alors que la partition complète est projetée dans l’arrière-scène.

Les motifs se succèdent et la liberté éprouvée par les musiciens sur scène se transmet bientôt dans le public. Certes, l’équilibre acoustique est instable (il est difficile d’apprécier la richesse des timbres, sauf sur quelques accalmies) mais la pulsation insuffle une énergie nouvelle à transition. Quelles transitions me direz-vous ? C’est au chef Dennis Russel Davies que revient la responsabilité de négocier ces moments où la texture s’étire, où une note accidentelle entre et fait pivoter l’ensemble sur son centre tonal. Il sillonne la scène avec de grands panneaux où sont imprimés les numéros de motifs où l’ensemble devrait se retrouver pour partir, presque, d’un même pied. Davies est également responsable de l’équilibre dynamique et d’un geste calme et gracieux il guide les crescendi et decrescendi, indispensables même si non transcrits sur la partition.

D’apparence simpliste, la pièce de Riley est formidablement écrite et le contrepoint qu’elle implique, improvisé et différent à chaque représentation, suggère des harmonies surprenantes. Il faut insister sur le terme « suggérer » car ici tout comme en musique indienne (une influence forte pour le compositeur) le concept d’harmonie n’a pas réellement de sens. Il faut plutôt vivre ce phénomène sonore comme une série de colorations créant une réelle narration. Le point culminant reste le dernier motif, numéro 53, où tous les musiciens se retrouvent. Le chef, l’index tendu au ciel dirige une série de vagues sonores. Toute l’énergie présente sur scène converge en un seul point, un seul homme, un seul motif. L’orchestre atteint l’apex et s’interrompt, après plus de 90 minutes de musique. Une vibration retentit dans la salle, pour quelques secondes encore.

Le sentiment général est celui d’un rituel musical païen qui rassemble plusieurs générations sur scène (des pré-ados du Young People’s Chorus of New York City à ceux déjà présents à la première de 1964.) Le public sort tantôt rafraîchi, tantôt électrisé, échange des souvenirs de cette représentation, ou d’une autre, vingt ans plus tôt. In C aurait déjà influencé bon nombre de musiciens, de John Adams aux Who. A en croire l’enthousiasme affiché à la sortie de la 57ème rue, il y en aura bien d’autres.

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- New York
- Carnegie Hall - Stern Auditorium / Perelman Stage
- 24 Avril 2009
- Terry Riley (né en 1935), In C (1964)
- Kronos Quartet, Terry Riley, Stuart Dempster, Jon Gibson, Katrina Krimsky, Morton Subotnick, Ustad Mashkoor Ali Khan, Sidney Chen, Loren Kiyoshi Dempster, Bryce Dessner, Dave Douglas, Trevor Dunn, Jacob Garchik, Philip Glass, Osvaldo Golijov, Michael Harrison, Michael Hearst, Scott Johnson, Joan La Barbara, Saskia Lane, Alfred Shabda Owens, Elena Moon Park, Lenny Pickett, Gyan Riley, Aaron Shaw, Judith Sherman, Mark Stewart, Kathleen Supové, Margaret Leng Tan, Jeanne Velonis, Wu Man, Yang Yi, Dan Zanes, Evan Ziporyn, Koto Vortex, Quartet New Generation, So Percussion, membres du GVSU New Music Ensemble et membres du Young People’s Chorus de New York.
- Dennis Russell Davies, direction






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