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Impressionnant Quatuor de Jerusalem !

jeudi 10 février 2011 par Philippe Houbert
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Jerusalem String Quartet
© Marco Borggreve

On a peine à admettre que le Quatuor de Jérusalem soit né en 1993, tellement sa notoriété ne semble s’être affirmée en France qu’au travers de la diffusion récente des disques Haydn et Chostakovitch enregistrés pour Harmonia Mundi. C’est un programme centré sur deux œuvres majeures du répertoire du quatuor romantique qui nous était proposé en ce concert donné à l’auditorium du Louvre.

Le Quatuor en mi mineur opus 44 n°2 de Mendelssohn fut en fait le premier composé de la série des trois portant ce numéro d’opus. Oeuvre composée en plein voyage de noces, au printemps-été 1837, contemporaine du Psaume opus 42 et du deuxième concerto pour piano opus 40, le quatuor obtint un grand succès lors de sa création au Gewandhaus de Leipzig en octobre de la même année. Mendelssohn en fut étonné lui-même, annonçant ce triomphe à son frère en lui écrivant : « Ces jours-ci, je commencerai un autre Quatuor qui doit me plaire davantage. » Ce sera l’opus 44 n°3, le n°1 n’étant composé que l’année suivante. C’est un retour au quatuor que le compositeur opère dans cette œuvre, après huit années de silence dans ce genre. Il n’est guère étonnant de l’y retrouver dans cette tonalité de mi mineur qu’il affectionne particulièrement : Rondo capriccioso, Songe d’une nuit d’été et, plus tard, le célèbre Concerto pour violon n°2.

L’Allegro assai appassionato mit tout de suite en évidence la qualité maîtresse du Quatuor de Jérusalem : l’homogénéité du son, d’autant plus remarquable qu’ils viennent d’intégrer un nouvel altiste, Gilad Karni, alto solo de l’orchestre de la Tonhalle de Zurich. On peut imaginer un tempo un peu plus enlevé et relever le relatif manque de contraste entre les deux thèmes, mais ce début annonçait un concert prometteur. Nous en eûmes tout de suite la confirmation avec un scherzo typiquement mendelssohnien, mouvement perpétuel en croches aux quatre instruments, avec ses gammes ascendantes, puis descendantes et toute une variété de nuances. Les Jérusalem y furent tout à fait impressionnants de justesse rythmique. Le mouvement lent, Andante, obtint le plus de succès lors de sa création, ce qui étonna Mendelssohn. On ne peut que lui donner raison, cette « Romance sans paroles » pour quatuor valant plus par l’accompagnement en ostinato que par le thème assez quelconque donné au premier violon. Les Jérusalem en donnèrent une version au tempo allant, violant un peu la mièvrerie du thème pour en faire un petit bijou de lyrisme. Le Finale Presto agitato est, par contre, du meilleur Mendelssohn, très apparenté au premier mouvement. L’exécution en fut toute d’élégance et de virtuosité, nous plongeant dans des ambiances très proches du concerto pour violon en mi mineur et du « Songe d’une nuit d’été ».

Pour compléter la première partie de ce concert, le Quatuor de Jérusalem proposa l’œuvre d’un compositeur israélien contemporain, Mark Kopytman, intitulée Cantus II. En dépit de quelques recherches sur la toile, il nous a été difficile de trouver de nombreuses informations sur ce compositeur et son œuvre, y compris dans le volume 3 de la monumentale Histoire du quatuor à cordes de Bernard Fournier et Roseline Kassap-Riefenstahl (Fayard). De toute évidence, Kopytman, né en Union soviétique, est très influencé par le folklore juif qu’il essaie d’intégrer à un style que l’on qualifiera sans grande conviction, de post-bartokien. Cantus II, de 2003, débute par de longs accords en tutti, avec quelques envolées lyriques en trilles. Puis vient une série d’accords violents au parfum folklorisant débouchant sur une période très mouvementée et fortissimo. La fin se fait apaisée. Pièce qui se laisse écouter, mais dont il serait très difficile d’y discerner un langage très personnel. Les instrumentistes du Quatuor de Jérusalem ont l’air d’y croire. Nous les avons accompagnés, mais y reviendra t-on ?

En deuxième partie, c’est le Quatuor en ut mineur opus 51 n°1 de Brahms que le quatuor israélien nous proposait. Vidons tout de suite notre poche de rage : pourquoi ont-ils renoncé à la reprise du premier mouvement, si évidente, si bien préparée par Brahms ? Cette question n’est pas qu’anecdotique. On a pu noter, depuis plusieurs mois, une fâcheuse tendance (chefs, pianistes, chambristes) à renoncer aux reprises. Nous voici passés en quelques années de la maniaquerie des reprises (Harnoncourt, Hogwood) à plus de reprises du tout. A suivre cette question épineuse et, si elle devait perdurer, ce qu’elle peut signifier dans l’histoire de l’interprétation.

Ici, ce manque est d’autant plus dommageable que l’exécution de cet Allegro initial fut en tous points exemplaire, avec son lyrisme tendu, une qualité de son qui nous replongea de nombreuses années en arrière tellement elle nous parut digne de ce que le Quatuor Alban Berg pouvait produire dans cette œuvre. La coda, très serrée et dans un juste tempo, fut un splendide achèvement. La Romanze du deuxième mouvement constitue un piège pour nombre de formations de quatuors. Son lyrisme discret donne souvent lieu aux excès les plus insupportables. Tout réside dans l’usage du vibrato que le premier violon voudra bien y mettre. Ici, Alexander Pavlovsky, atteint la juste mesure : oui, du vibrato, bien sûr, mais pas trop et, en tout cas, jamais de nature à détériorer la ligne de chant. Le second thème, avec son rythme en triolets, fut absolument parfait. Le troisième mouvement, Allegro molto moderato, manqua un peu de mystère et de morbidité dans son thème mélancolique initial. Le second thème aurait pu sonner un tout petit peu plus viennois, mais ces réserves sont infimes et cèdent face au très haut niveau d’ensemble de ce que nous entendîmes. La conduite de la reprise fut notamment à louer, avec une exceptionnelle contribution du violoncelliste, Kyril Zlotnikov. La richesse, tant mélodique que rythmique, du Finale, fut conduite avec une absolue perfection instrumentale, emportant l’enthousiasme du public.

En bis, le quatuor de Jérusalem donna le célèbre Nocturne, troisième mouvement du quatuor n°2 de Borodine. Le chant développé par le violoncelle fut une merveille. Peut être peut-on trouver le développement central un peu trop extraverti pour un nocturne, mais la fin fut l’occasion de faire valoir une splendeur instrumentale hors pair alliée à une vraie sensibilité.

Un très grand quatuor dont nous allons suivre les prochaines prestations avec le plus grand intérêt.

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- Paris
- Auditorium du Louvre
- 09 février 2011
- Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), Quatuor en mi mineur opus 44 n°2
- Mark Kopytman (né en 1929), Cantus II
- Johannes Brahms (1833-1897), Quatuor en ut mineur opus 51 n°1
- Jerusalem String Quartet : Alexander Pavlovsky, 1er violon ; Sergei Bresler, 2ème Violon ; Gilad Karni, alto ; Kyril Zlotnikov, violoncelle






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