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Il était une fois à Vienne

vendredi 14 mars 2008 par Vincent Haegele
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Riccardo Muti
DR

La Vienne classique était à l’honneur dans le programme non moins classique que Riccardo Muti présentait hier soir au Théâtre des Champs-Élysées, à la tête d’un Orchestre National de France en formation réduite. Deux symphonies de Haydn, la vingt-cinquième de Mozart et un ballet de Salieri, dirigés avec force et persuasion par un chef qui n’a plus de preuves à faire dans ce répertoire.

Autant le dire tout de suite, la soirée fut inégale : après une première mi-temps un peu terne et interprétée sans trop de passion, suivait une deuxième partie festive et chatoyante, conclue en fanfare par une symphonie n°89 de Haydn telle qu’on aimerait en entendre plus souvent. Dans l’ensemble, l’ONF présente un bilan très honorable, même si l’on aurait aimé une petite harmonie un peu moins en retrait, surtout dans la première partie. Pour le reste, l’attention des cordes n’a pas faibli un instant, emmenées par un Riccardo Muti gourmand, mais très attentif à ne commettre aucune faute de goût. Cette prudence explique peut-être le très relatif bémol apporté à l’interprétation des symphonies qui ouvraient le bal.

Le programme s’ouvrait donc sur deux symphonies en sol mineur : la n°39 de Haydn et la n°25 de Mozart. Mais unité de ton ne signifie pas toujours unité de style et encore moins d’atmosphère. Là où Haydn compose une symphonie assez influencée par les accents préromantiques du Sturm und Drang, mais aussi par la musique hongroise (sol mineur est une tonalité courante dans ce répertoire), Mozart livre une œuvre pathétique et sombre, qui n’a que peu à voir avec l’esthétique de Haydn. Deux courants classiques, deux visions, qu’il fallait rendre dans toutes leurs oppositions. Or, la vision proposée ici se voulait plus uniforme, comme s’il avait fallu rattacher à tout prix Mozart à son prédécesseur. On sera donc assez moyennement convaincu par cette conception un peu historicisante. D’autant que le pari, bien réussi, du chef était de démontrer que l’on peut toujours jouer Mozart et Haydn sur instruments modernes, sans recourir obligatoirement aux techniques dites « baroquisantes », dont certaines ont provoqué de véritables naufrages. Pari réussi, mais néanmoins, un peu moins de retenue aurait rendu cette première partie un peu moins raide et le son des cordes un peu moins cotonneux.

Changement d’atmosphère radical après l’entracte : Riccardo Muti y présentait l’un de ses nouveaux chevaux de bataille, la musique du ballet de l’opéra de Salieri Europa riconusciota, reconstituée par ses soins lors de la réouverture de la Scala de Milan. Cette suite de onze morceaux, qui enchaîne petits menuets, contredanses, fandango et mouvements de concerto est d’un grand intérêt. Le chef s’amuse, l’orchestre aussi. Le solo de hautbois de l’avant-dernier mouvement, qui ressemble à s’y méprendre à un mouvement de concerto italien revu par Bach, fait sensation. Après ce copieux hors-d’œuvre, la symphonie n°89 de Haydn, en fa majeur, n’a aucune peine pour s’installer. Les quatre mouvements s’enchaînent sans problèmes : les cors sont magnifiques, le pupitre de premier violon en grandes formes. On gardera longtemps dans l’oreille la petite ritournelle humoristique du rondo final. Le succès est garanti, et mérité.

On ne saurait achever cette chronique sans adresser un blâme sans appel au comportement déplorable du public qui a, une fois encore mais dans des proportions qui ont atteint le « jamais vu », porté atteinte au bon déroulement de la soirée. Au concert gras de toux vulgaires et affichées avec une désinvolture de charretier (je suis très injuste envers les charretiers) se sont ajoutés des conversations, des interruptions, des « chhht » peu discrets, des bruits invraisemblables et j’en passe. De quoi faire ressembler par moments la salle à l’annexe psychiatrique d’un zoo. Et dire qu’il s’agit des mêmes personnes qui se prétendent distinguées que l’on voit parader un verre de champagne à l’entracte… Inutile de prolonger ce commentaire, mais il y a fort à parier que le bis refusé par Muti à la fin de ce concert a été motivé par ces comportements déshonorants. Et dans ce cas, c’était aussi parfaitement mérité.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Élysées.
- 13 mars 2008
- Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 39 en sol mineur, Symphonie n°89 en Fa majeur ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 25 en sol mineur KV183 ; Antonio Salieri (1750-1825) : Musique du ballet de l’opéra Europa Riconusciota
- Orchestre National de France
- Riccardo Muti, direction






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