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Il Giustino de Giovanni Legrenzi à Luxembourg

lundi 8 décembre 2008 par Richard Letawe
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© GTL

Le Grand Théâtre de Luxembourg s’est mis à l’heure vénitienne ce week end avec Il Giustino, opéra du bien oublié Giovanni Legrenzi. Recréé au Festival de Schwetzingen en 2007, Il Giustino date de 1683. Comme souvent, les partitions conservées n’étaient pas complètes, subsistaient de ce Giustino la basse continue et les parties de trompette, le reste a été complété par Michael Behringer, qui dirige ce soir.

Il Giustino conte les aventures d’un paysan rêvant de troquer sa charrue pour l’épée. A force d’exploits divers, il va sauver la sœur de l’empereur Anastasio, son épouse, et finalement l’empereur lui-même, malgré la jalousie qu’il lui a inspiré. Composé pour un théâtre privé, Il Giustino doit plaire au plus grand nombre : l’action est rapide, les caractères bien tranchés, le langage imagé et direct, sans les euphémismes plus typiques de l’opera seria. La musique est simple, bien rythmée, facile à retenir, et dramatiquement très efficace, les airs se succèdent rapidement, sans être longuement développés.

De la production de Schwetzingen, qui a reçu le prix de la découverte de la critique allemande, Luxembourg hérite de l’orchestre, d’une partie des chanteurs, et de la trame de la mise en scène, qui est adaptée au nouveau lieu. Le lieu, c’est la scène du Grand Théâtre de Luxembourg, mais vue à l’envers : le public est assis sur des gradins placés en fond de scène, il voit le plateau et l’envers du rideau. On pense au départ à une version de concert : les chanteurs sont tous alignés sur une estrade d’une dizaine de mètres de large, derrière leur pupitre, mais très rapidement, ils vont quitter ce praticable et utiliser tout l’espace qui se trouve autour, au gré des scènes. Progressivement, les costumes modernes sont complétés par des accessoires et des vêtements anciens, Giustino finissant en cote de mailles et l’épée au flanc, l’empereur avec une perruque de style Louis XIV. Tout ceci donne un spectacle réjouissant, vivant, drôle et sans prétentions. Les personnages prennent vie en un instant, sont bien dirigés, et le vaste plateau autour de la scène principale permet de nombreux mouvements, et à l’action de passer rapidement d’un endroit à l’autre. Qualifier cette production de semi scénique nous semble donc trop modeste, car bien des mises en scène plus chargées ne sont pas aussi efficaces du point de vue théâtral.

Musicalement, l’après-midi est également très attractive, avec d’abord une belle équipe de jeunes chanteurs très soudés. Le couple impérial tient le haut du pavé, avec l’excellent Anastasio de Georg Nigl, baryton au timbre clair, à l’émission légère et pure, qui se distingue par une diction très noble, un chant souple et élégant, à la puissance très appréciable. Arianna sa jeune épouse n’est pas en reste, magnifiée par le timbre velouté, et le chant d’une grande douceur de la soprano Marina Bartoli. La sœur de l’empereur, Eufemia, est interprétée par Delphine Galou, qui confirme dans ce rôle important tout le bien que nous en avions pensé lors de l’Enfant et les Sortilèges à Reims : le chant est racé, l’émission très saine, et le timbre assez clair est prenant, et l’agilité de la voix est exemplaire. On la retrouvera avec plaisir à Luxembourg en mars prochain pour « Il mondo della luna.

Le contre-ténor Peter Kennel en Vitaliano, envahisseur de l’empire et amoureux repoussé d’Arianna, est un méchant très crédible, à la voix assez fade, sans couleur, mais au chant perfidement élégant ; son frère Andronico, contre-ténor lui aussi, qui s’est épris d’Eufemia, est incarné par le très bon Terry Wey, jeune chanteur stylé, dont la voix fort belle a des graves bien nourris. Amantio, général félon de l’empire, et usurpateur du trône, abattu finalement par Giustino, est interprété par Hermann Oswald, chanteur sonore, au style assez rugueux, qui ne démérite pas, mais ne fait pas grande impression. Les petits rôles sont bien tenus, on retiendra d’eux la fortune de Gudrun Sidonie Otto, au timbre radieux, et au chant d’une exquise délicatesse.

Enfin, dans le rôle-titre, Jacek Laszczkowski est assez problématique. L’interprète est émouvant et engagé, mais les limites vocales sont significatives : le timbre est sans séduction, les aigus sont troubles, souvent forcés, et plus le temps passe, plus la puissance est obtenue au détriment de la justesse et de la tenue du chant, finissant par ressembler à des hurlements.

C’est Thomas Hengelbock qui avait assuré la direction des représentations de Schwetzingen. Il est remplacé à Luxembourg par Michael Behringer, auteur du travail de reconstitution de la partition. Sa direction est à la fois vive et équilibrée, et met très bien en valeur les chanteurs, idéalement soutenus par un ensemble orchestral léger mais riche de couleurs, où les flûtes à bec, apocryphes, apportent une touche mordante bienvenue.

Le triomphe que reçoivent tous les protagonistes à la fin de la représentation est très heureux. Le Grand Théâtre de Luxembourg a eu le nez fin en faisant le pari de la coproduction de cet opéra inconnu. Ne reste plus qu’à en espérer une version discographique par les mêmes…

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- Luxembourg
- Grand Théâtre
- 16 novembre 2008
- Giovanni Legrenzi (1626-1690), Il Giustino. Opéra en cinq actes sur un livret de Niccolo Beregan
- Mise en scène, Alexander Schulin ; décors et costumes, Cornelia Brunn ; lumières, Max Kohl
- Anastasio, Geor Nigl ; Arianna, Marina Bartoli ; Giustino, Jacek Laszczkowski ; Eufemia, Delphine Galou ; Vitaliano, Peter Kennel ; Andronico, Terry Wey ; Amantio, Hermann Oswald ; Polimante, Manfred Bittner ; Fortuna, Gudrun Sidonie Otto ; Brillo, Thomas Stache
- Balthasar-Neumann-Ensemble
- Michale Behringer, direction






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