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Il Barbiere di Siviglia au Grand-Théâtre de Genève

lundi 8 octobre 2012 par Emmanuel Andrieu
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Silvia Tro Santafé, Rosina ; Alberto Rinaldi, Bartolo
© GTG/Vincent Lepresle

Comme premier titre de sa saison, le Grand-Théâtre de Genève reprenait une production du Barbier de Séville montée in loco il y a deux ans. Signée Damiano Michieletto, cette production méritait de revenir à l’affiche, grâce à sa réussite visuelle et à sa drôlerie, d’une part, et du légitime succès qu’elle avait rencontré, d’autre part.

Entre deux représentations, une création du compositeur français Philippe Fénelon sur la vie du philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau - dont on fêtera en 2013 le tricentenaire de la naissance - investissait le Bâtiment des Forces Motrices. La réaction de la salle n’a pas été la même les deux soirs…

La production vaut d’abord par son imposant et ingénieux dispositif scénique, signé Paolo Fantin, qui montre tour à tour la façade d’un immeuble défraîchi d’un quartier populaire d‘aujourd‘hui, et son intérieur même - grâce à un plateau pivotant - qui nous permet de rentrer dans l’intimité des appartements de Bartolo et Rosina. Dans cette scénographie évocatrice, Damiano Michieletto mène l’action tambour battant, avec un souci du détail qui donne à ce Barbiere un réalisme quasi cinématographique (une scène du Senso de Visconti est d’ailleurs reprise), au point que le spectateur en oublie que ces étonnants comédiens doivent aussi chanter ! Car le jeune metteur en scène leur demande beaucoup, notamment au ténor qu’on voit, tour à tour, bondir sur un toit de voiture (il y chante le fameux « Ecco il ridente »), monter - à la force des bras - le long d’un tuyau d‘évacuation des eaux, se suspendre au balcon en fer forgé de sa belle, puis s’en servir pour quelques exercices de tractions !

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Tassis Christoyannis, Figaro ; Lawrence Brownlee, Il Comte Almaviva
© GTG/Vincent Lepresle

C’est sensiblement la même distribution qu’il y a deux ans que le Grand-Théâtre de Genève avait conviée, à part pour les rôles d’Almaviva et de Basilio.
Le baryton grec Tassis Christoyannis - qui nous avait littéralement subjugué dans Les Vêpres siciliennes ici-même il y deux saisons -, est un Figaro hâbleur, véloce et charmeur. Le timbre est étoffé, la maîtrise du souffle impeccable, alors que l’aigu et le grave se révèlent solides par l’éclat et la stabilité du son. Si cet interprète parvenait à nuancer son chant de façon encore plus recherchée, afin d’en enrichir l’expressivité, il pourrait prétendre aux plus hauts honneurs.

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Silvia Tro Santafé, Rosina ; ; Tassis Christoyannis, Figaro
© GTG/Vincent Lepresle

La Rosine de la mezzo espagnole Silvia Tro Santafé joue et chante avec art et conviction, en dépit de quelques aigus acides dans son air d’entré « Una voce poco fa ». Elle sait varier les couleurs de sa voix, à la chatoyance virtuose, et dessine, avec un talent consommé, une jeune fille en soif d’émancipation, comme les sixties en ont connues.
Dans le rôle du Comte Almaviva, Lawrence Brownlee fait montre d’une rare présence et de talents de comédien époustouflants. La voix a encore gagné en largeur et en projection depuis la dernière fois que nous l‘avons entendu. On savoure ses superbes demi-teintes, le cantabile de sa ligne de chant et son savant jeu de contrastes et de dynamiques indispensables dans le bel canto.

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Lawrence Brownlee, Il Comte Almaviva ; Silvia Tro Santafé, Rosina ; Tassis Christoyannis, Figaro ; Nicolas Carré, Fiorello
© GTG/Vincent Lepresle

Alberto Rinaldi (Bartolo) réussit une belle caractérisation - il a du métier -, mais le poids des ans a irrémédiablement usé un instrument qui ne répond plus à l’appel. Dans la partie de Don Basilio, Roberto Scandiuzzi n’a, lui, rien perdu de son éclat et il délivre, de sa voix puissante et profonde, un air de « La calunnia » dans sa tonalité originale. Sophie Gordeladze, à la voix impeccablement conduite, offre une Berta d’un comique irrésistible. Egalement excellents, les rôles épisodiques complètent une distribution maintenant bien rôdée - avec une mention pour le Fiorello de Nicolas Carré. Tous ont reçu un chaleureux accueil au moment des saluts.

A la tête d’un Orchestre de la Suisse Romande en grande forme, le vétéran Alberto Zedda (84 ans) va immédiatement à l’essentiel et dénude, ave une précision diabolique, les ressorts de ces délires instrumentaux organisés dont Rossini avait le secret. Toujours soucieux d’assurer à chaque épisode un déroulement implacable, le chef italien fait mousser son accompagnement orchestral, sans jamais appuyer le trait.

Le lendemain, nous avons pu assister à une représentation de JJR : une création mondiale - qui faisait figure d’évènement - sur l’illustre enfant du pays Jean-Jacques Rousseau. Nous ne nous étendrons guère sur ce spectacle, tant l’ennui nous a gagné au fur et à mesure de la représentation. Avec un livret insipide, une proposition scénique au goût de déjà-vu signée par le (trop ?) prolifique Robert Carsen, une partition navrante de pauvreté tant musicalement que vocalement, rien n’est venu nous « accrocher » - non plus qu’une bonne partie de l’auditoire, une partie ayant quitté la salle avant la fin, tandis que l’autre n’a même pas offert à la production de second rappel…

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- Genève
- Grand-Théâtre
- 17 septembre 2012
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Il Barbiere de Siviglia, opéra en deux actes. Livret de Cesare Sterbini.
- Metteur en scène, Damiano Michieletto ; Décors, Paolo Fantin ; Costumes, Silvia Aymonino ; Lumières, Fabio Barettin.
- Lawrence Brownlee, Il Comte Almaviva ; Silvia Tro Santafé, Rosina ; Alberto Rinaldi, Bartolo ; Tassis Christoyannis, Figaro ; Roberto Scandiuzzi, Basilio ; Nicolas Carré, Fiorello ; Sophie Gordeladze, Berta ; Aleksandar Chaveev, un Officier.
- Chœur du Grand-Théâtre de Genève ; Chef de chœur, Ching-Lien Wu
- Orchestre de la Suisse Romande
- Alberto Zedda, direction






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