ClassiqueInfo.com




Idomeneo aux Champs Elysées

jeudi 30 juin 2011 par Gilles Charlassier
JPEG - 48.3 ko
© Alvaro Yanez

Bien que retrouvant les faveurs des théâtres, profitant sans aucun doute du regain durable d’intérêt pour le répertoire antérieur à Mozart, Idomeneo semble condamné à son esthétique Sturm und Drang et à un traitement scénographique pauvre en imagination. Ce n’est pas la production commandée à Stéphane Braunschweig et dirigée par Jérémie Rohrer qui changera la donne.

Sous un apparat statique, et un livret, dû à l’abbé Varesco, qui se soumet aux conventions de l’opera seria, Idomeneo est un des rares ouvrages susceptibles de recevoir valablement une interprétation psychanalytique. Certes, nous ne prisons guère les élucidations autobiographiques, qui éclairent tout au plus le processus créateur, mais ne sauraient rendre compte du résultat obtenu – l’esthétique transsubstantie le matériel intime pour le porter sur l’orbite de l’universelle communicabilité. Pourtant, les effets de miroirs de la vie de Mozart qui se donnent à voir dans Idomeneo pourraient encourager les metteurs en scène. La relation père-fils est l’une des plus investies par les ayants-droit et ayants-cause de Freud. De plus, Idamante et le roi de Crète sont distribués à des tessitures voisines – d’autant plus si le premier est chanté par un ténor en lieu et place d’un mezzo, plus courant, à l’instar de la présente soirée. Les timbres alors se dédoublent presque l’un l’autre – la production aixoise dirigée par Marc Minkowski avec Yann Beuron dans le rôle d’Idamante en fournit l’exemple.

JPEG - 104.7 ko
© Alvaro Yanez

A ces éléments de réflexions qui croisent à la fois l’argument et la répartition vocale, Stéphane Braunschweig préfère une illustration conceptuelle, où l’herméneutique se fige dans un décor de carène aux camaïeux boisés de plancher Castorama. Au troisième acte, Ilya jonche de fleurs une planche peinte en rouge, représentant les allées ensanglantées de la ville. Les costumes de Thibault Vancraenenbroeck resituent le drame au début des années soixante-dix, au milieu du conflit gréco-turc. La banalisation iconographique a le mérite de la fidélité géographique. L’inquiétude politique, pour n’être pas absente de l’opéra, n’en reste pas moins ici une édulcoration catéchumène.

Reconnu dans le répertoire baroque pour sa voix claire et une diction impeccable, Richard Croft illumine le rôle éponyme. Avec ses vocalises, l’air du deuxième acte « Fuor del mar » est un redoutable défi que le ténor américain relève sans altérer la souplesse de la ligne, et en préservant la rondeur de l’émission. Ajoutons à cela l’élégance du timbre, et les applaudissements qui s’ensuivent ne sont que trop mérités. Les demi-teintes du caractère, sensibles au troisième acte dans les hésitations du héros devant le sacrifice à accomplir, sollicitent un mezza voce dramatiquement juste, d’une musicalité nuancée, à peine altéré par quelques signes de fatigue.

JPEG - 108.3 ko
© Alvaro Yanez

Grande amie des mozartiennes, Sophie Karthaüser se trouve mise en difficulté par l’air d’entrée, « Padre, germani », les piani s’abîmant plus d’une fois dans le murmure. A l’inverse, « Zeffiretti lusinghieri », plus haut, favorise davantage cet instrument brillant. Les mains dans les poches, Kate Lindsey fait d’Idamante une caricature de l’amoureux gauche et boutonneux. Si le premier air, « Non ho colpa », pèche par une émission serrée, le mezzo américain se détend au fil de la soirée, fidèle au style, moins à notre mémoire. A l’instar de ses comparses, Alexandra Coku ne se montre pas très à l’aise au premier acte, ne donnant pas au « Tutte nel cor vi sento » l’éclat que l’on attend, tandis qu’Elettra sort de scène avec panache dans « D’Oreste, d’Aiace ». La puissance dramatique de l’incarnation ne saurait masquer cependant l’imprécision des vocalises rapides, où l’accroche des syllabes semble noyée dans un reflux de fureur. Paolo Fanale se contente de son air au deuxième acte pour impressionner de sa sonore voix de ténor, forcée souvent et barytonnant parfois. Nigel Robson a l’autorité requise pour le rôle du Grand Prêtre et Nahuel di Pierro, ne déçoit pas dans cette Voix de Neptune au torse dénudé à l’avant de la fosse.

JPEG - 79.7 ko
© Alvaro Yanez

Salué pour sa baguette vive, Jérémie Rohrer se montre à la hauteur de la réputation d’énergie et de juvénilité qui le sert, autant que l’ouvrage de Mozart. La relative verdeur des intonations de l’orchestre rehausse remarquablement les fragrances de tempêtes qui jalonnent Idomeneo, soulignées par une accentuation mobile. Cette vitalité n’évite pas toujours des attaques un peu bousculées ça et là, et s’accommode des libertés que le metteur en scène s’est autorisées. Si la coupure du long air d’Arbace au troisième acte est une pratique courante aisément justifiable – Mozart l’a composé pour mettre en valeur la virtuosité de l’interprète qui créa le rôle – l’extension à l’arioso qui le précède est nettement plus regrettable. La précipitation dramatique favorise au contraire la sortie d’Elettra, dont le récitatif est joué en intégralité. Du chœur Les Eléments préparé par Joël Suhubiette, nous oublierons les décalages dont il n’est peut-être pas l’initiateur pour retenir les couleurs austères absolument consonantes avec le rôle qui lui revient.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 21 juin 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Idomeneo
- Stéphane Braunschweig, mise en scène et décors ; Thibault Vancraenenbroeck, costumes ; Marion Hewlett, lumières
- Richard Croft, Idomeneo ; Sophie Karthaüser, Ilia ; Kate Lindsey, Idamante ; Alexandra Coku, Elettra ; Nigel Robson, Il Gran Sacerdote ; Paolo Fanale, Arbace ; Nahuel di Pierro, la Voce
- Les Eléments. Chef de chœur, Joël Suhubiette
- Le Cercle de l’Harmonie
- Jérémie Rohrer, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 823214

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License