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I due Foscari au Théâtre des Champs Elysées

lundi 6 juin 2011 par Karine Boulanger
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Ramon Vargas
DR

Passé le triomphe d’Ernani au théâtre de la Fenice en 1844, Verdi entamait ce qu’il nommait lui-même ses « années de galère », marquées par quelques succès d’estimes et plusieurs échecs, avant de renouer avec un succès éclatant avec Rigoletto en 1851. Dès l’entre deux guerre cependant, plusieurs théâtres, en particulier les théâtres germanophones, s’attachèrent à tenter de remonter plusieurs de ces opéras de jeunesse méconnus et si certains, comme Macbeth, y retrouvèrent une juste popularité, d’autres restèrent confidentiels, musicalement ou dramatiquement moins intéressants.

Le cas I due Foscari est tout à fait représentatif de ce phénomène. L’œuvre obtint un relatif succès à sa création à Rome au Teatro Argentina en novembre 1844, mais on applaudissait encore l’auteur d’Ernani et l’opéra disparut bientôt de l’affiche. Ces due Foscari ont bien refait surface, notamment dans le cadre de célébrations autour de Verdi ou d’intégrales discographiques, mais ils ont rarement bénéficié d’une production scénique.

Pour ce nouvel opéra Giuseppe Verdi s’était tourné vers un drame de Byron qui portait la promesse de situations dramatiques et de personnages exceptionnels. Pourtant, le livret de Francesco Maria Piave, après avoir évacué tous les rebondissements de l’action, ne propose guère qu’une histoire réduite à une trame, manquant singulièrement de matière dramatique et aux personnages réduits à de simples esquisses, à l’exception du doge Francesco Foscari qui annonce la complexité et les déchirements de Simone Boccanegra.

Le concert du Théâtre des Champs Elysée proposait une distribution solide mais inégale, autour du Jacopo Foscari de Ramón Vargas, habitué au jeune Verdi (on se souvient de sa participation à la Luisa Miller de l’Opéra Bastille). Le ténor dispose d’une voix dotée d’une bonne projection mais à la puissance limitée, trop souvent couverte par l’orchestre. L’interprète montre une belle ligne de chant avec un remarquable sens du legato (« Brezza del suol natio », acte I, duo avec Lucrezia « No, non morai », acte II) et la fougue qui lui permet de triompher d’un air d’entrée redoutable.

Manon Feubel a déjà incarné le rôle de Lucrezia Contarini dans plusieurs versions de concert, mais sa voix montre malheureusement la trame dès le médium. Le bas médium et les graves sont souvent atones, mais la chanteuse dispose encore de beaux aigus, aisés et puissants, surtout dans la nuance forte, lui permettant de dominer les ensembles facilement (en particulier au troisième acte). La voix manque aussi de couleur dans les piani (« Tu al cui sguardo », acte I) et la faiblesse des graves invalide une partie des éclats d’un rôle à l’ample tessiture (cabalette « O patrizi, tremati », acte I, puis duo avec le doge Francesco Foscari). La chanteuse dispose en tous les cas du tempérament requis pour ce rôle difficile et déploie un très beau lyrisme dans les passages moins exposés (duo avec Jacopo Foscari, « No, non morai », acte II, une partie du finale du second acte).

La voix fatiguée d’Anthony Michaels-Moore a malheureusement perdu une partie de sa souplesse, mais le chanteur dessine un personnage émouvant (« O vecchio cor », acte I), tiraillé entre son devoir, le rôle public qu’il exerce et sa qualité de père d’un homme innocent que tout accuse. L’interprète montre une véritable grandeur au début du finale du second acte, et incarne un doge digne, plein de grandeur et de colère dans la seconde partie du troisième acte, face au traitement que lui réserve le conseil des Dix et Loredan.

Dans le rôle de Loredan, Marco Spotti fait valoir une voix noire, puissante, mais à la diction pâteuse et par moments incompréhensible, conférant un comique involontaire à son personnage. Les comprimarii étaient dans l’ensemble sans reproches et les chœurs excellents.

L’orchestre était placé sous la direction efficace de Daniele Callegari qui a su rendre la tension dramatique du dernier acte et de la fin de Francesco Foscari. Après une belle ouverture, le chef a adopté des tempi vifs et dirigé avec une fougue qui a entrainé solistes et choristes, mais avec un certain manque de subtilité, l’orchestre sonnant parfois aussi trop fort (fin du second acte). On regrettera peut-être le traitement d’une partie de la scène de la prison où les hallucinations de Jacopo Foscari annoncent un peu celles de Macbeth et auraient sans doute demandé un peu plus de douceur entre chaque phrase. Le chef fait cependant très bien ressortir le lyrisme de certaines parties et à cet égard, le duo de la prison fut superbe.

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 21 mai 2011
- Giuseppe Verdi (1813-1901), I due Foscari, opéra en 3 actes, livret de Francesco Maria Piave
- Francesco Foscari, Anthony Michaels-Moore ; Jacopo Foscari, Ramón Vargas ; Lucrezia Contarini, Manon Feubel ; Jacopo Loredano, Marco Spotti ; Barbarigo, un serviteur du conseil, Ramtin Ghazavi ; Pisana, Paola Munari ; un serviteur du doge, Robert Jezierski
- Chœurs de Radio-France, chef des chœurs, Alberto Malazzi
- Orchestre national de France
- Daniele Callegari






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