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Hors normes

dimanche 9 décembre 2007 par Richard Letawe

Entre deux tournées, en Espagne en octobre, et en Suisse en décembre, l’OPL mené par Patrick Davin revenait dans sa Salle philharmonique ce soir pour un concert, qui avait attiré la toute grande foule.

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Denis Matsuev
DR

La vedette de la soirée était le russe Denis Matsuev, pianiste prodigieusement doué, dont la carrière discographique a récemment pris son envol avec trois albums de très haut niveau parus coup sur coup chez RCA. Il jouait pour ses débuts à Liège un de ses chevaux de bataille, le toujours populaire concerto n°1 de Tchaikovsky.

Matsuev est un pianiste extraordinaire, qui impressionne d’abord physiquement, par ses énormes mains et par sa stature de colosse. Avec ses grandes paluches et ses bras robustes, il domine sans faillir le clavier, son jeu alliant la puissance sonore, la vélocité digitale, et une sonorité forte, aux graves denses et corsés. Capable d’une virtuosité éblouissante, Matsuev n’est pas qu’un laboureur de clavier, et sait donner quand c’est nécessaire une légèreté et des nuances soigneusement soupesées à son jeu, qui évoque alors par sa clarté et aussi sa fantaisie celui d’Horowitz, une filiation dont il se réclame d’ailleurs. Il fait ainsi du début de l’andantino semplice un moment plein de charme, d’esprit et d’humour, en parfaite entente avec un orchestre très pastoral, alors que le prestissimo central est enlevé à une vitesse phénoménale, sans que la pureté de l’intonation ni la clarté digitale en soient affectées. Patrick Davin dirigeait ce concerto pour la première fois. Il l’aborde avec beaucoup de fraîcheur, comme s’il s’agissait d’une œuvre nouvelle, et trouve dans le mouvement lent des accents bucoliques et un rythme souple et dansant tout à fait bienvenus.

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Patrick Davin
DR

La seconde partie permet d’entendre un autre compositeur à la popularité inusable, Rachmaninov, mais dans une œuvre relativement moins connue, sa symphonie n°1. Cette symphonie n’eut pas un destin très heureux : la création en 1895 sous la baguette inattentive de Glazounov est un désastre, la partition est ensuite perdue, puis reconstituée à partir de sources diverses dans les années 1940. La recréation a lieu en 1945, est un grand succès, ce qui permet à l’œuvre de se faire enfin une place dans le répertoire. A part quelques passages un peu emphatiques, et une orchestration parfois lourde, cette symphonie est une réussite, au ton juvénile et passionné, au caractère spécifiquement russe, héritière de Rimsky-Korsakoff et de Tchaïkovski, dont les réminiscences sont nombreuses, mais aussi par ses accents visionnaires et des harmonies audacieuses, annonciatrice de Mahler et de Chostakovitch. Un peu maladroite mais attachante, cette symphonie n’atteindra jamais le succès des concertos pour piano de son auteur, mais l’entendre en concert, où elle donne sa pleine mesure, est une expérience réjouissante.
Patrick Davin en donne une version du juste milieu, ni trop rude ni trop clinquante, aérant au maximum un tissu orchestral assez dense, et obtenant de l’orchestre un son clair, bien défini, et pas trop écrasant. Plutôt réservée, cette version n’est cependant pas froide ou clinique, car le chef n’élude pas les sentiments et l’expressivité propres au compositeur, offrant un mouvement lent plein de chaleur, et soigne également le spectacle, en particulier dans un finale roboratif et cuivré.

En pleine forme, les musiciens de l’OPL s’en donnent à cœur joie, mettent en valeur leur virtuosité collective et réalisent une prestation de haut niveau, engagée, colorée et attentive. On ne peut en définitive reprocher à l’orchestre qu’une chose, c’est de ne pas avoir une sonorité spécifiquement russe : les cordes pourraient être un peu plus âcres- le scherzo semble le réclamer-, et les cuivres un peu plus rauques, mais c’est affaire de goût personnel.
Grande soirée, où l’OPL s’est fait plaisir, en invitant un soliste hors norme, puis en jouant avec grâce et puissance une œuvre enthousiasmante.

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- Liège
- Salle Philharmonique
- 08 novembre 2007
- Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893), Concerto pour piano n°1 en si bémol mineur Op.23
- Serge Rachmaninov (1873-1945), Symphonie n°1 en ré mineur Op.13
- Denis Matsuev (piano)
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Patrick Davin, direction






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