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Hindemith et l’alto à l’Opéra Bastille

dimanche 28 novembre 2010 par Madeleine Stempin
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Antoine Tamestit
DR

C’est une première, Mathis der Maler de Paul Hindemith entre au répertoire de l’Opéra de Paris, dans une production dirigée par Christoph Eschenbach et mise en scène par Olivier Py dont on retrouvera bientôt un compte-rendu dans ces colonnes. C’est l’occasion de proposer un riche aperçu du vaste corpus du compositeur avec plusieurs concerts-convergences qui ont eu lieu autour de l’opéra : le 25 septembre ont été données la Sonate pour piano à quatre mains et la Sonate pour deux pianos par Juliana Steinbach et Jonas Vitaux ; le 24 octobre on a pu entendre le cycle de lieder Das Marienleben chanté par la soprano Soile Isokoski avec Marita Viitasalo au piano ; et le 30 novembre, c’est le Quatuor Danel qui jouait les Quatuors n°4 et 6 du compositeur.

Parmi ces hommages à l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle, une soirée autour de l’alto avec Antoine Tamestit. Altiste, Hindemith marque par son œuvre la transition déterminante d’un alto timide, intraverti, vers un alto soliste et épanoui. Les quatre Sonates pour alto sont les témoins de l’évolution du langage du compositeur. Les Sonates op.11 n°4 et 5 sont des œuvres de jeunesse teintées d’influences diverses, de Bach à Debussy. Les Sonates op. 25 n°1 et 5 sont quant à elles l’œuvre d’un compositeur à peine plus âgé mais au style déjà très avant-gardiste et expressionniste. La Sonate op.25 n°1 ouvre les perspectives techniques de l’alto : un alto désormais soliste, polyphonique, virtuose. Du fait de ces évolutions de langage, l’intégrale des Sonates de Hindemith ne craint pas la monotonie.

Antoine Tamestit, à l’alto, et Markus Hadulla, au piano, tiennent les rênes de cette soirée-hommage devant un public à grande densité d’altistes ! Ils choisissent naturellement de présenter les sonates par ordre chronologique, les deux Sonates pour alto seul encadrées par les Sonates pour alto et piano. Antoine Tamestit prend la parole à deux reprises durant sa prestation, usant de l’ethos pour raconter son rapport particulier à ces sonates depuis son plus jeune âge, usant de l’explicatif pour donner quelques clefs sur le langage de Hindemith et son évolution. Ces interventions sont les bienvenues et instaurent une ambiance de proximité agréable entre les artistes et le public.

Les interprètes font preuve d’une musicalité plaisante bien que parfois un peu monotone dans des deux premières sonates. C’est véritablement dans la seconde partie du concert qu’ils se révèlent. Le langage plus complexe, plus abouti, semble parler aux musiciens d’une manière plus directe, plus intense. Si nous remarquons immédiatement le son doux, tendre de l’alto, nous sommes rapidement gêné par son manque de puissance. Capricieux, le Stradivarius ne permet pas à son interprète de profiter d’une large palette de couleurs. Les piani ont beaucoup de charme et ne craignent jamais l’aigreur. Malheureusement les forte saturent, craquent. Les contrastes manquent. Bien sûr Antoine Tamestit a cette intensité, cette manière de transmettre, de vivre son discours musical qui ne peut laisser indifférent. Cependant, après une première sonate chaleureuse et intimiste, nous aurions apprécié un alto plus réactif. C’est notamment le cas dans la Sonate op.25 n°1 où l’on aurait souhaité que l’altiste aille au bout de ses idées avec davantage de contrastes et de chaleur. Les intentions et l’audace de l’interprète ne sont pas toujours bien accueillies par l’instrument et cela est regrettable. La Sonate op. 25 n°5 conclut cependant agréablement le concert avec une interprétation profonde et admirable. Markus Hadulla dévoile quant à lui un piano aux multiples couleurs. Il y a enfin une osmose tout à fait poignante entre les deux musiciens.

Malgré quelques réserves, la soirée est néanmoins très réussie. Le sourire aux lèvres, Antoine Tamestit et Markus Hadulla nous enchantent par leur plaisir d’être sur scène pour partager un répertoire qui leur tient à cœur.

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- Paris
- 23 novembre 2010
- Opéra Bastille
- Paul Hindemith (1895-1963), Sonates pour alto seul, Op. 11 n° 5 et Op. 25 n° 1 ; Sonates pour alto et piano en fa majeur, Op.11 n° 4 et Op. 25 n° 4
- Antoine Tamestit, alto
- Markus Hadulla, piano






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