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Hilary Hahn reine d’Autriche ?

mercredi 11 février 2009 par Théo Bélaud, Thomas Rigail
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Hilary Hahn
DR

Programme tout Schoenberg ce soir à Pleyel, où le Philharmonique de Radio France se produisait sous la direction de Peter Eötvös.

En guise d’ouverture pour ce programme tout Schoenberg, Peter Eötvös a ajouté la rare Musique d’Accompagnement pour une Scène Cinématographique. Il n’y a jamais eu grand chose de « cinématographique » dans cette œuvre, et Eötvös ne tente nullement d’en faire autre chose qu’une œuvre sérielle. Il est dommage de ne pas essayer de faire ressortir les intentions du compositeur - même si elles sont en l’occurrence partiellement ratées - mais le résultat reste satisfaisant et témoigne, comme toujours, du sérieux inattaquable du Philhar dans l’exécution d’œuvres rares et peu évidentes d’approche.

La « star » de la soirée est le concerto pour violon, non seulement à cause d’Hilary Hahn en soliste mais également pour la rareté de la pièce en concert. On pourrait réduire la critique de cette partie du concert à quelques mots : c’est la même chose que sur le disque enregistré récemment avec Esa-Pekka Salonen, avec un moins bon orchestre. Cela serait vrai. On pourrait également dire qu’Hilary Hahn joue tous les concertos de la même manière, autrement dit, parfaitement bien et parfaitement lisse. Cela serait aussi vrai. La réussite des interprétations de Hahn repose presque systématiquement sur la cohésion contingente entre cette manière univoque de jouer plutôt que d’interpréter et le texte de l’œuvre interprétée. Le modèle Hahn est connu : technique irréprochable, sonorité voluptueuse, grâce de tous les instants tirant vers le factice. Quand il est approprié à l’œuvre, ce modèle donne dans le sublime. Quand il est hors de propos, nous sommes au mieux dans l’incongru. Dans le concerto de Schoenberg, la question de la pertinence de cette rencontre se pose. Dans cette œuvre jugée souvent difficile et vainement aride, cet arrondissement des angles ne peut que satisfaire, sans doute à juste titre, une partie du public : s’éloignant de l’épreuve de force, Hahn offre une vision dépouillée, adoucie, qui parvient à maintenir la tension tout le long de l’œuvre grâce à la plénitude de l’exécution (des phrasés impeccables jusqu’à ses impressionnantes harmoniques) plutôt qu’à sa conception formelle.

Ce qui marque ici, c’est bien la maîtrise technique et non l’expressivité ou un quelconque sens de l’œuvre. Il faut certainement beaucoup de talent pour parvenir à faire du « joli » avec une œuvre sérielle de Schoenberg, mais Hilary Hahn, qui vient d’achever une tournée au japon en récital avec la pianiste Valentina Lisitsa mais aussi avec le musicien de folk Josh Ritter avant de repartir aux USA jouer le concerto de Glazounov et une création de Jennifer Higdon, le tout en moins d’un mois, finit par apparaitre comme une machine à produire du beau. Il n’est pas certain que cela soit ce que Schoenberg attendait de son œuvre. Reste que quelque chose fonctionne pourtant, dans la mesure où les dons exceptionnels de la violoniste pour produire et projeter un son certes toujours trop pur, mais tout de même intense, exerce une forme de fascination assez tenace. Tant pis pour les cadences lissées au possible, et en même temps parfaites, avec des harmoniques qui se projettent exactement comme de vraies notes... Dès lors que l’on rentre dans ce jeu, on attend cependant que les mêmes moments de grâce lyrique offerts au disque apparaissent : et de ce point de vue, dans le troisième mouvement, on sera quand même resté un peu sur notre faim (m. 502-508, 720-728, pour ne prendre que deux exemples, un pour l’orchestre, un pour la soliste).

En deuxième partie, Pelleas und Melisande, œuvre des plus exigeantes pour tous les pupitres de l’orchestre. Si le Philhar ne s’y est pas déshonoré, l’exécution ne manquera pas de lacunes : solos approximatifs, problème d’intensité aux vents qui sont complètement noyés par les cordes dans les nombreux climax de l’œuvre, cors régulièrement incertains, trombones en-deçà de leur niveau habituel... Ces derniers étaient tout de même attendus à un niveau de force bien supérieur, notamment pour le grand déchirement final (67 à 68). Il est aussi dommage que ce concert ait été confié à Hélène Collerette plutôt qu’à Svetlin Roussev pour le poste de konzertmeister : les qualités de la première sont certaines, mais comme soliste face à un effectif de cent-dix musiciens, il est évident qu’elle ne possède pas le grand son nécessaire à la percée des solos (à 13 et tous les similaires). On sauvera la plupart des solos de cor anglais de Stéphane Suchanek, égal à lui-même, et au moins le premier de Magali Mosnier, d’autant plus méritoire qu’Eötvös faisait accélérer dangereusement l’ensemble à cet endroit (à 16, Sehr rasch ! Ce sont pourtant bien les bois qui souffrent particulièrement, réussissant tant bien que mal les nombreuses sections où ils dominent et disparaissant presque complètement pendant les fortissimos. Il ne faut pas pour autant leur jeter la pierre : Schoenberg ne fait aucun cadeau et l’orchestre n’est pas un habitué de l’œuvre.

Dans ces circonstances, la réalisation est plus qu’honnête d’autant que le chef, sans faire de miracles, parvient à maintenir la cohésion sur la durée malgré les nombreux problèmes ponctuels. Le chef semble surtout s’efforcer de tenir le mastodonte en place sans chercher à créer de débordements interprétatifs, et on peine finalement à suivre sa conception de l’œuvre : ni franchement décantée, straussienne et orgiaque à la Sinopoli/Karajan/Thielemann, ni franchement étoile filante, cursive et éruptive à la Böhm/Gielen/Boulez, ni allégée et fluidifiée comme Abbado il y a trois ans au Châtelet... mais un peu tout cela et rien de cela à la fois. Certains passages, à défaut de plans sonores plus transparents et de virtuosité collective plus poussée, auraient ainsi pu faire l’objet d’un soin expressif accru : pour ne prendre qu’un exemple, la sublime section Langsam, mit grossen Ausdruck, manquant assez cruellement d’investissement des phrasés aux cordes (36-37). Au final, domine le sentiment d’une vision un peu timide et neutre, avec un orchestre insuffisant pour faire de cette neutralité une force implacable.

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- Paris.
- Salle Pleyel.
- 23 janvier 2009.
- Arnold Schoenberg (1872-1953) : Musique d’Accompagnement pour une Scène Cinématographique, op. 34 ; Concerto pour Violon, op. 36 ; Pelleas und Melisande, op. 5.
- Orchestre Philharmonique de Radio France.
- Hilary Hahn, violon.
- Peter Eötvös, direction.











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