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Hervé Niquet dirige des raretés à Clermont-Ferrand

mardi 20 janvier 2009 par Benoît Donnet
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Hervé Niquet
DR

Venu diriger l’Orchestre d’Auvergne, Hervé Niquet a offert ce soir aux mélomanes clermontois un programme riche et original, qui permettait de découvrir des compositeurs très peu connus de la période classique, comme Sacchini, Leduc ou Dalayrac, aux côtés des plus réputés Gluck, Gossec et, pour conclure la soirée aux côtés d’Alexandre Tharaud, le concerto pour piano en ré majeur de Haydn.

Dans l’acoustique un peu limitée en termes de volume sonore de la Maison de la Culture, l’Orchestre d’Auvergne a joué sans vibrato, mais sur ses instruments habituels, exceptés les deux cors, qui étaient des instruments naturels (sans doute au plus grand regret des cornistes eux-mêmes - pratiquant cet instrument, nous pouvons souligner combien jouer sur cor ancien, sans pistons, est un exercice atrocement périlleux). Niquet dirige l’ensemble avec précision, intelligence et une grande clarté ; la sonorité franche mais ronde qu’il parvient à obtenir des cordes appelle à être admirée. Malheureusement, un problème d’équilibre avec les deux cors, mal dosés et beaucoup trop présents en dépit de la belle prestation des instrumentistes, a affecté tout le concert et altéré les textures que nous aurions pu attendre, car les cuivres ont envahi l’espace sonore et, de fait, sérieusement entamé la lisibilité du jeu des cordes. Mais malgré cette remarque, où nous rendons coupable la sonorité et la difficulté extrême du cor naturel et non les courageux musiciens de l’orchestre, qui n’étaient visiblement pas habitués à une telle technique, le concert était tout de même agréable et très enrichissant.

La soirée débute par la symphonie n°9 de Simon Leduc, oeuvre vive et gracieuse, en quelque sorte pré-mozartienne, d’une belle inventivité mélodique, aux textures et aux harmonies très raffinées. Cette oeuvre certes assez facile et peu originale est plaisante par sa bonne humeur plus précieuse que franche et par ses tours bien trouvés de la part d’un compositeur presque aussi actif, de son vivant, que François Gossec.

L’ouverture qui suit est signée de Nicolas Dalayrac, autre compositeur oublié. Elle s’appuie sur les parties virtuoses dévolues au concertmeister, que le soliste Amary Coeytaux, parfait et très chantant, exécute impeccablement. L’orchestre accompagne avec poésie une petite pièce certes dispensable mais tout à fait bienvenue et solidement écrite, qui mériterait, de par son côté très français, de figurer plus souvent au programme des concerts baroques, aux côtés par exemple des oeuvres de Rameau.

Tout le monde connaît le spectaculaire « Air des Furies » d’Orphée et Eurydice, dont Niquet donne ce soir une lecture étonnante de clarté et de violence contenue (disons, plus ou moins contenue, car le jeu des cors n’était pas spécialement ce qu’on pourrait qualifier de contenu, justement. Mais leur sonorité puissamment cuivrée se trouvait être, dans ce morceau, particulièrement excitante). Le solo de flûte du « Ballet des Ombres » mérite quant à lui toutes nos félicitations pour sa grâce irrésistible.

La Sinfonia de Gossec est peut-être finalement l’oeuvre qui, dans le lot, nous a semblé la moins solide : assez brève, elle est cependant un peu bavarde et manque d’inventivité mélodique et harmonique. La direction toujours alerte et attentive d’Hervé Niquet, que nous considérions avant le concert comme l’un des chefs baroques les plus prometteurs et déjà les plus convaincants, et qui ne nous a pas déçu, a cependant conféré un intérêt réel à cette pièce autrement assez anecdotique. Peut-être un peu tonitruante aux yeux de certains, l’ouverture de Dardanus, signée Sacchini, nous a authentiquement plu par son entrain et sa rude franchise, un peu naïve mais délicieuse.

En deuxième partie de concert, le pianiste Alexandre Tharaud, que l’on ne fera pas l’insulte de présenter à nos lecteurs, rejoint Hervé Niquet pour donner une lecture détendue et impeccablement dosée du concerto en ré majeur de Haydn, oeuvre par ailleurs passionnante, moins mélancolique que la plupart des concertos de Mozart, moins gracieux aussi sans doute (même si nous ne permettrons pas la comparaison) mais assurément plus humoristique. Tharaud y est remarquable, avec une sonorité d’une exquise limpidité et une technique à peu près impeccable, alors que l’accompagnement de l’orchestre est à la hauteur, même si les cordes, violons en particulier, n’ont pas été aussi excellentes dans leur gestion des nuances que pendant la première partie. La prestation est tout de même été sans défaut, et la poésie et l’engagement du chef et du soliste sont très appréciables.

Une soirée certes fort cuivrée, mais très agréable, faite d’oeuvres rares et souvent inspirées, impeccablement interprétées par des musiciens convaincants et impliqués.

Alexandre Tharaud se produira au prochain Festival Juventus qui se tiendra à Cambrai du 02 au 14 juillet.

L’orchestre d’Auvergne sera aux Flâneries musicales de Reims le 27 juin prochain.

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- Clermont-Ferrand
- Maison de la Culture
- 13 janvier 2009
- Simon Leduc (1742-1777), Symphonie n°9 en mi bémol majeur
- Nicolas Dalayrac (1753-1809), Ouverture « Renaud d’Ast »
- Christoph Willibald Ritter Von Gluck (1714-1787), Extraits de « Orphée et Eurydice » : Air des Furies - Ballet des ombres heureuses
- François-Joseph Gossec (1734-1829), Sinfonia en ut mineur op. VI n°3
- Antonio Sacchini (1730-1786), Dardanus : Ouverture
- Joseph Haydn (1732-1809), Concerto pour piano et orchestre n°11 en ré majeur
- Alexandre Tharaud, piano
- Orchestre d’Auvergne
- Hervé Niquet, direction.











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