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Henri IV, roi de conciliation

mercredi 15 décembre 2010 par Philippe Houbert
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En cette fin d’année, la redécouverte rocambolesque de la tête du bon roi Henri ferait presque oublier que nous avons vécu le 400ème anniversaire de son assassinat par Ravaillac. 14 mai 1610 : date funeste dans l’histoire de France.

Période peu connue sur le plan musical et que le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) proposait, après les Grandes Journées Campra, de nous faire mieux appréhender au travers d’un mini-cycle. En ce samedi 11 décembre, les forces vives du CMBV, sous la direction d’Olivier Schneebeli, nous donnaient à entendre un programme d’œuvres en latin ou en français emblématiques de la politique de réconciliation entreprise par Henri IV, de son avènement en 1589 à la paix de Vervins en 1598. La soirée était centrée sur les deux principaux compositeurs du règne, Eustache du Caurroy et Claude Le Jeune. Le premier, catholique, ayant déjà oeuvré au sein de la chapelle d’Henri III ; le second, protestant, lui aussi ayant servi le duc d’Anjou et Henri III, et pour qui Henri IV créa la charge de Compositeur de la Musique de la Chambre du Roi. Il est symbolique de cette période de réconciliation que la même pièce, « Prince, la France te veut par ces vers sacrer un autel » ait été mise en musique par les deux compositeurs, amis par ailleurs en dépit de leurs opinions religieuses différentes.

C’est par la version de ce texte due à Claude Le Jeune que le concert s’ouvrait, sur des vers « mesurés », donc utilisant un idéal de métrique à l’antique ; fidèle aux préceptes de l’Académie d’Antoine du Baïf. Musique très simple mais à l’effet très direct sur l’auditeur. Suivait, du même Le Jeune, un motet joyeux, extrait des Meslanges publiés en 1585 mais réédités l’année suivante puis en 1607, « Omnes gentes plaudite manibus ».

Intercalés dans une première partie essentiellement dédiée au compositeur huguenot, venaient des extraits d’un Requiem de Jacques Mauduit, œuvre donnée en 1586 en mémoire de Pierre de Ronsard. La très belle exécution des ces pièces en faux-bourdon, faisant intervenir les solistes dans la tribune de la Chapelle royale, donna envie d’en savoir plus sur ce compositeur, ami de Claude Le Jeune. A noter que ce Requiem fut aussi donné à l’occasion du premier anniversaire de la mort d’Henri IV. Retour à Le Jeune avec l’air sur des vers latins « Ut candore micans », pièce originale à 5 puis à 6 voix, sur une alternance rythmique de spondées (deux syllabes longues) et de dactyles (une longue, suivie de deux brèves), cette rythmique venant renforcer la devise « Sit fautor ut autor », énoncée à douze reprises à la fin de la pièce.

La pièce la plus importante de la première partie était le psaume XLV, célébrant la gloire et la grande sagesse du roi réconciliateur. « Propos exquis faut que de mon cœur sorte / Car du Roi veux dire chanson, de sorte / Qu’à ceste fois ma langue mieux dira / Qu’un scribe prompt de plume n’escrira ». La langue de Clément Marot est savoureuse et la mise en musique de Le Jeune en fait une pièce merveilleuse, révélatrice de l’attente que le peuple protestant mettait dans l’accession au trône d’Henri de Navarre. Pour clore cette première partie, l’air « Muze honorons de ta chanson », sur un texte d’Agrippa d’Aubigné, et qui aurait été donné lors du sacre de 1594. Notons la très belle exécution générale de toute cette première partie, incluant toutes les pièces instrumentales dues à Claude Goudimel intercalées entre les œuvres vocales.

La seconde partie du concert était intégralement consacrée à Eustache du Caurroy. Disons le sans faire injure à Claude Le Jeune : du Caurroy est un compositeur d’une toute autre stature. Né dans le très joli village de Gerberoy (Oise), il gravit les échelons à force de récompenses glanées dans différents concours (Puy d’Evreux, cornet d’argent, orgue d’argent, luth d’argent !!). Ceci l’amena à la chapelle de Catherine de Médicis, puis au service du roi. Considéré à son époque comme l’égal de Roland de Lassus, sa musique regarde évidemment vers le passé, la grande polyphonie de la Renaissance. Denis Raisin-Dadre et son ensemble Doulce Mémoire nous ont révélé ses Meslanges et son Requiem, devenu la messe qui était donnée lors des funérailles des rois de France.

Le Christus vincit fut certainement donné lors du sacre d’Henri IV. Pièce contrapuntique très travaillée en deux partie, l’une dédiée au Christ, la seconde au Roi. Après une courte séquence de Pâques Victimae Paschali laudes, alternant deux chœurs, respectivement à 3 et 4 voix, venait la pièce la plus importante, le Te Deum laudamus. Œuvre donnée à la suite de la signature de la paix de Vervins, en 1598, mettant fin à la guerre entre France et Espagne, ce Te Deum fut immédiatement saluée comme une page essentielle de son auteur. Voici ce qui nous en fut rapporté :

« Les chantres de la Musique de la Chambre, à voix douces et plus graves, jointes à la douceur des luts, violles et autres plus doux instruments, estoient du côté droit, pour estre mieux entendus de Sa majesté, qui avoit son oratoire de ce quartier là. Ceux de la Chapelle, mariant leurs voix fortes et plus pleines avec les cornets et trompons, estoient de l’autre côté, vers le quartier de Mgr. Le Légat ; et se respondoient les deux choeurs d’un fort agréable concert et très harmonieuse mélodie, par couplets alternatifs ». Il y a belle lurette que nos rois et légats n’assistent plus à ce type de concert mais, pour le reste, le chroniqueur de l’époque aurait très bien pu employer les mêmes termes quant à ce qui nous fut proposé en la Chapelle royale du château de Versailles. Le ton noble de l’œuvre, culminant dans une polychoralité célébrant la puissance du souverain triomphant, fut admirablement rendu par l’orchestre et le chœur du CMBV.

Pour terminer ce magnifique concert, nous était proposé le motet composé sur les versets 3 et 4 du psaume XXIII, Vox Domini super aquas, évoquant la puissance de Dieu commandant aux éléments, pouvoir transmis à son représentant sur terre, le roi. Ce motet est à 8 voix, 4 aigües et quatre graves, dans une écriture certes homophonique mais, avec, ici et là, quelques avant-goûts de Monteverdi, notamment dans les mélismes.

Cette œuvre mettait fin, après un bis reprenant la dernière partie du psaume XLV de Le Jeune, à un magnifique concert nous ayant permis, non seulement de découvrir une musique absolument inconnue mais hautement symbolique de cette période importante de l’histoire de France, mais aussi de faire briller le formidable travail accompli par Olivier Schneebeli à la tête des Pages, Chantres et Symphonistes du CMBV. Saluons notamment les très belles contributions des jeunes Elise Huber dans « Muze honorons », Louis Morel de Boncourt et Augustin Mathieu dans le Te Deum et Pauline Nachman dans Victimae Paschali. Et un grand merci à Thomas Leconte pour la qualité des programmes fournis, qui permettent d’entrer plus facilement dans cette musique à découvrir.

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- Versailles
- Chapelle Royale du Château
- 11 décembre 2010
- « Henri IV : le roi de réconciliation »
- Claude Le Jeune (ca 1530-1600), « Prince la France te veut par ces vers sacrer un autel », « Omnes gentes plaudite manibus », « Ut candore micans », « Psaume XLV », « Muze, honorons de ta chanson »
- Jacques Mauduit (1557-1627) : « Requiem à 5 » (extraits)
- Eustache du Caurroy (1549-1609) : « Prince, la France te veut par ces vers sacrer un autel », « Christus vincit », « Victimae Paschali laudes », « Te Deum laudamus », « Vox Domini super aquas »
- Les Pages, les Chantres, les Symphonistes du Centre de Musique baroque de Versailles
- Olivier Schneebeli, direction











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