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Hélène Grimaud et Vladimir Jurowski à Luxembourg

jeudi 27 novembre 2008 par Richard Letawe
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Vladimir Jurowski
© Philharmonie de Luxembourg

Après y avoir entendu Gustavo Dudamel il y a quelques semaines, retour à la Philharmonie de Luxembourg pour le passage d’un autre enfant chéri de la direction d’orchestre, Vladimir Jurowsky. On a l’impression de le connaître depuis longtemps, lui qui a déjà une carrière bien remplie de hauts faits, mais il est encore un jeune trentenaire, et fait donc bien partie de la jeune génération. Il était ce soir au Grand Duché avec l’orchestre dont il a pris la tête le 2007, le London Philharmonic Orchestra.

Avec le concerto pour piano de Schumann et la Symphonie pathétique, le programme n’est pas fait pour les âmes aventureuses, mais comprend quand même au moins en ouverture une pièce que tout le monde ne connaît pas, le scherzo fantastique d’Igor Stravinsky, deuxième œuvre orchestrale de son auteur, inspirée de La vie des abeilles de Maeterlinck. Vladimir Jurowski en donne une version virevoltante, et d’une légèreté étonnante. Après ce ballet d’abeilles, le ballet des garçons d’orchestre peut commencer afin de laisser une place sur scène au piano et à Hélène Grimaud pour le concerto de Schumann.

Hélène Grimaud et Vladimir Jurowski s’entendent bien, ils ont laissé au disque un très bel Empereur, musclé et conquérant, dans lequel aucun des deux n’abdiquait sa personnalité. Leur rencontre dans Schumann est également convaincante, mais c’est Jurowski qui tient clairement les rênes, pour le meilleur, comme dans le premier mouvement où la pianiste débute un peu lourdement, en hachant ses phrases, en soulignant les silences, mais est vite remise sur les rails par un orchestre impérieusement mené, effervescent, au son d’ensemble très léger malgré un effectif assez imposant. A part ces quelques errements du début, la pianiste laisse une belle impression dans ce premier mouvement, où font merveille son lyrisme à fleur de peau son toucher franc et direct, son expressivité fière et passionnée. Le deuxième mouvement laisse en revanche beaucoup à désirer : surjoué par la pianiste, cet andantino grazioso est dès le début trop solennel, épais et pompeux, il pèse des tonnes et perd toute sa fantaisie et sa spontanéité. Heureusement, le finale, retrouve le naturel et la simplicité qui manquaient au mouvement lent. Electrisant, mené tambour battant, il dégage une formidable énergie, la fièvre de la soliste répondant à l’excitation d’un orchestre galvanisé.

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© Philharmonie de Luxembourg

Ce très honorable concerto de Schumann cèdera cependant le pas dans nos souvenirs à la fantastique exécution de la Symphonie pathétique. Cette symphonie est un des chevaux de bataille de Jurowski, qui l’emmène partout en tournée, et qu’il maîtrise au plus haut point [1]. Il est d’ailleurs frappant de constater la maturité de ce jeune chef, qui construit son interprétation de la première à la dernière minute, avec sobriété et réflexion, et ne se contente pas de diriger Tchaïkovski en y mettant beaucoup de conviction, en faisant du bruit et en mettant ses tripes sur la table. Dès l’introduction, on est saisi par la manière qu’à Jurowski d’habiter cette musique, calmement, posément, traduisant chaque épisode avec le naturel le plus évident, rendant chaque mesure nécessaire. Grand dramaturge, Jurowski instaure un fort contraste entre cette introduction qui par sa retenue extrême, tient l’auditoire en haleine, et un allegro explosif, au motorisme implacable, d’une puissance pourtant impeccablement contrôlée. La technique de direction du chef est très intéressante, il est économe de gestes, souples et élégants, et dirige essentiellement du regard, dont on perçoit, même quand il est de dos, toute la puissance expressive. Les autres mouvements confirment l’excellence du chef russe dans cette partition, avec une valse qui allie grâce et nostalgie au plus haut point, puis un allegro molto vivace de toute beauté, tendu à rompre, d’un contrôle absolu, jamais bruyant ou débraillé. Le finale est encore inoubliable, par son intensité, son lyrisme éperdu, mais surtout par sa sobriété, son allant, son utilisation très prenante des silences et des pauses. Très poignant, mais évitant tout sentimentalisme sirupeux et toute froideur, ce mouvement est comme suspendu dans les airs, irréel et fugace.

Le London Philharmonic Orchestra n’a pas la réputation d’avoir les timbres les plus personnels et les plus chaleureux qui soient. Ce concert le confirme, mais c’est tout de même une très belle phalange, au son puissant, qui n’a pas de réelle faiblesse, et possède un superbe pupitre de violoncelles, dense, virtuose et capable de se donner sans compter. Et avec un tel chef à sa tête, le LPO pourrait bien avoir un avenir radieux, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 16 novembre 2008
- Igor Stravinski (1882-1971), Scherzo fantastique Op.3 ; Robert Schumann (1810-1856), Concerto pour piano en la mineur Op.54 ; Piotr Illytch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°6 en si mineur Op.74 « Pathétique »
- Hélène Grimaud, piano
- London Philharmonic Orchestra
- Vladimir Jurowski, direction

[1Les auditeurs du Théâtre des Champs Elysées auront d’ailleurs l’occasion de s’en rendre compte le 12 décembre prochain






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