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Heinrich Schiff au pied levé à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg

jeudi 21 janvier 2010 par Dominique Joan
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Heinrich Schiff
DR

Les célébrations d’anniversaires seront le leitmotiv de 2010 au Philharmonique de Strasbourg, et à juste titre, ce ne sont guère les occasions qui manquent. C’est en tout cas Samuel Barber qui ouvre le bal pour ce (presque) premier programme symphonique de l’année. Malgré un remplacement de dernière minute de Sir Andrew Davis, Heinrich Schiff honore l’hommage au compositeur qui aurait eu cent ans le 9 mars prochain. L’ouverture de concert In the South d’Elgar est toutefois déprogrammée au profit de la suite de l’Oiseau de feu sur laquelle nous reviendrons plus longuement. Le médiatique Thierry Escaich vient quant à lui conclure le concert avec la troisième symphonie de Saint-Saëns dite « avec orgue ».

Medea’s Meditation and Dance of vengeance, suite monographique extraite du ballet Cœur de Serpent et arrangée à partir d’une première version en sept parties, est révélatrice des influences stylistiques multiples de Barber et de son attachement aigu à la mélodie empreint d’un modernisme perceptible mais pesé. Et par-dessus tout, un sens de l’orchestration indéniable qu’on retrouve dans la superposition des timbres des premières mesures, où le bruissement des cordes est soutenu par les dissonances feutrées du piano et ponctué par le martellement insidieux du xylophone. Les archets strasbourgeois excellent dans ces sonorités spectrales, et le dialogue qui s’installe entre violon et alto soli et bois n’en trouve qu’une résonnance plus chaleureuse. La rondeur des cordes graves et l’unité des violons se déploient alors que la densité sonore se développe au fil des pages. Lorsque s’installe un ternaire désarticulé, Heinrich Schiff, d’une baguette économe mais énergique se place au-dessus de la masse instrumentale, pour conduire avec fluidité l’orchestre jusqu’à l’apothéotique final.

La suite de l’Oiseau de feu de Stravinsky vient ensuite, déclinée dans sa version de 1919. Rompant quelque peu la bienséante discipline jusque lors ressentie, elle voit certes l’orchestre gagner en vivacité à mesure que les cinq tableaux se succèdent, mais au prix d’un ensemble souvent approximatif. Ainsi en témoignent la sinueuse Introduction qui aurait gagné en tension, des bois un peu amorphes sur leurs premières interventions, une danse infernale de Katscheï où ni l’attaque, ni la densité et la justesse des cuivres ne resteront gravées dans les mémoires de même que le spiccato des cordes, ou encore les soli de basson et de cor de la Berceuse moyennement convaincants. Mais ce serait faire fi du reste que de ne pas mentionner une Ronde des princesses admirablement servie, de même qu’un final où le volontarisme des cuivres strasbourgeois retrouve de sa superbe. Et à l’instar de Médée, le travail sur les timbres est palpable, tel un fil conducteur. Imputer ainsi les quelques faiblesses au changement de programme tardif n’est sans doute pas irrecevable, bien qu’on eût attendu mieux pour un incontournable du répertoire.

La seconde partie du programme est consacrée à la Symphonie n°3 en ut mineur de Saint-Saëns, pour laquelle Thierry Escaich se joint à l’effectif. Apport aux timbres orchestraux plus que morceau de bravoure, la partie d’orgue ne laisse apprécier qu’une infime fraction du jeu de l’actuel titulaire de Saint-Etienne du Mont. Et tant pis pour ceux qui espéraient un bis, Thierry Escaich assumant avec une certaine humilité sa place au sein de l’orchestre ce soir, ce qu’on ne pourra guère lui reprocher. Heinrich Schiff quant à lui verse par trop dans l’économie, au point d’en devenir un peu caricatural. Et pour cause, il peine à ressouder un orchestre englué dans un premier ternaire instable dans l’Allegro moderato. Davantage de cohésion dans le scherzo, avec un engagement néanmoins variable chez les cordes et un manque global de mordant. Les second et quatrième mouvements, respectivement Poco adagio et Allegro final, ceux-là même où l’orgue intervient, sont bien plus convaincants, avec pour le premier le déploiement d’une juste tendresse et le second la reprise en main par un pupitre de cuivres réaffirmé et rondement soutenu par la majesté de l’orgue.

C’est donc avec un enthousiasme timide que débute la nouvelle année à l’OPS. Retenons néanmoins une Medea’s Meditation qui fait figure de rareté dans les programmations symphoniques.

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 15 janvier 2010
- Samuel Barber (1910-1981), Medea’s Meditation and Dance of vengeance op.23a
- Igor Stravinsky (1882-1971), l’Oiseau de feu, suite 1919
- Camille Saint-Saëns (1835-1921), Symphonie n°3 en ut mineur, dite « avec orgue » op.78
- Thierry Escaish, orgue
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Heinrich Schiff, direction





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