ClassiqueInfo.com




Haydn fêté au Corum

lundi 3 août 2009 par Cyril Brun
JPEG - 46.7 ko
kammerorchesterbasel
DR

Année Haydn oblige, le Festival de Montpellier ne pouvait faire l’impasse sur le père de la symphonie. En choisissant deux symphonies aussi distantes que la n°22 et la n°101, le Festival a offert une belle illustration de la maturation symphonique du compositeur viennois.

Toutefois, si la première symphonie fut certainement par son effectif orchestral assez proche de l’ensemble d’Esterhazy, la seconde, interprétée avec le même effectif, ne permit pas de prendre réellement la mesure de l’évolution de la conception orchestrale née du contexte londonien. Contingence de fait qui ne diminua en rien la qualité de la soirée, mais laissa peut-être un vague sentiment d’incomplétude. Le premier mouvement de la Symphonie n°22, laissait également perplexe par son jeu assez nettement baroque. S’il est vrai que l’écriture de Haydn a progressivement mûri, et que l’on tend à inclure le classicisme dans un général « haut baroque », l’ensemble des cordes graves, en forme de basso continuo, ressortait exagérément, jusqu’à confondre la ligne du chant et la dominer, tandis que les notes étaient plutôt piquées, écourtées, que non pas rebondies dans le style classique, accentuant l’impression de rupture déjà présente du fait de cette omniprésence du basso. Indépendamment de cela, le jeu s’est révélé constamment très fin et d’une grande égalité, avec de très belles interventions des cors, malheureusement souvent simplement juxtaposés et très indépendants de l’ostinato. L’amplitude des nuances, très faible et très policée, laissa en fin de compte planer un certain ennui. Radical changement d’ambiance à partir du deuxième mouvement, désormais résolument classique. Beaucoup de rigueur et de précision, rehaussées par une grande finesse des doubles-croches et une très belle mise en valeur du thème, ainsi qu’une grande unité des instruments et des lignes musicales. Une telle précision permit de très beaux soufflets et de magnifiques accents, au service d’une parfaite clarté du discours et du thème. Le troisième mouvement fut véritablement un beau moment classique avec une bonne implication réciproque des parties et de beaux moments de cors.

Cette précision fut également d’un grand art au service du concerto pour violon n°2 de Gruber, livrant une superbe mise en valeur des tensions presque physiques. La connivence qui unit le Kammerorchesterbasel et la violoniste Julia Schröder put se manifester dans le jeu à la fois distinct et uni entre l’accompagnement et la soliste, faisant des deux protagonistes deux interlocuteurs de choix. Dans la composition de Gruber, la très grande stabilité de la violoniste et la pureté de son de l’instrument, furent un atout incontestable pour renforcer, au delà des dissonances, l’unité de la partition. L’amplitude des nuances, sortant enfin du cadre étroit du premier morceau, renforça encore la vivacité de l’ensemble, pour un moment très apprécié du public.

En remplacement de Vesselina Kasarova, et avec un programme Mozart, Elena Mosuc revint au parfait classicisme, sans toutefois remplir vraiment les conditions traditionnellement attendues des voix mozartiennes. Sur l’Exultate jubilate, des vocalises difficiles, et distantes du jeu de l’orchestre, traînaient légèrement pour une voix faible dans les graves, au point d’en être noyée, voire couverte totalement par moments, laissant un dialogue d’autant plus saccadé que l’orchestre s’est appesanti sur certains accents. Au final, deux styles trop distants se sont opposés sur un Alleluia peu animé et sans ampleur. Les deux airs de Don Giovanni subirent les mêmes travers d’une voix faible dans les graves et aux aigus difficilement atteints. Quant au bis haendélien, il assit la déficience des vocalises pour un jeu radicalement différent du quintette instrumental, multipliant, en plein baroque, des rubati bien lyriques.

Retour à la rigueur et à la fine précision avec Haydn, pour de belles fanfares dans le premier mouvement et un final très maîtrisé parfaitement classique. En revanche sur le motif de l’horloge du deuxième mouvement, les violons sont conclusifs, rompant ainsi la régularité et la progression quasi motorique du discours. L’ostinato tend à se précipiter rendant délicate l’imbrication des autres motifs et renouant alors avec une certaine monotonie. Les motifs s’estompant, on finit par perdre le mouvement directionnel, d’autant que l’entrée des timbales rompt l’horloge, pour en faire une marche finale sèche et imprécise. Même rupture sur le troisième mouvement d’un thème à l’autre, installant une absence de logique dynamique dans l’avancée des respirations, entrecoupée de longs silences. De très belles flûtes sur un magnifique tapis de violons, rehaussées de basses extrêmement fines, n’ont pas réussi toutefois à compenser leur simple juxtaposition jusqu’au final posé là, découplé de son lien au reste de l’œuvre. Les fins de phrase, toutes conclusives, du quatrième mouvement n’ont pas aidé non plus à la progression du morceau, qui s’est peu a peu installé dans l’à peu près des entrées des flûtes ou des trompettes, conduisant dès lors au final presque comme par hasard.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Montpellier
- Opéra Berlioz
- 21 juillet 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°22, Le philosophe, en mi bémol majeur ; Symphonie n°101, L’horloge, en ré majeur.
- H K Gruber (1943), Concerto pour violon et cordes n°2.
- W A Mozart (1756-1791), Motet Exultate jubilate pour soprano et orchestre KV 165 ; Don Giovanni : airs de Donna Anna
- Elena Mosuc, soprano
- Julia Schröder, violon.
- Kammerorchesterbasel
- H K Gruber, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 842786

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License