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Hamlet à l’Opéra du Rhin

vendredi 8 juillet 2011 par Gilles Charlassier
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© Alain Kaiser

Shakespeare a beaucoup inspiré les compositeurs du dix-neuvième siècle, et Hamlet ne devait pas faire exception. Après avoir été un compositeur à succès, Ambroise Thomas se remet progressivement de l’éclipse qu’il connut au vingtième siècle. Le spectacle présenté à l’Opéra national du Rhin, venu de Marseille, signé par Vincent Boussard et repris en Alsace par Anneleen Jacobs, remet à l’honneur un ouvrage souvent considéré comme inégal, et offre à Stéphane Degout une prise de rôle remarquable.

On ne va pas reprendre l’histoire du prince du Danemark, objet de spéculations herméneutiques par excellence. Le livret de Michel Carré et Jules Barbier, à la prosodie aisée, ne fait pas l’économie des moments clés du drame, tout en s’autorisant une redistribution de la succession des séquences, et en octroyant une place de choix au personnage d’Ophélie, lui réservant le quatrième acte pour faire éclore sa folie en une scène restée fameuse au répertoire. Les longueurs ne sont pas absentes, entre autres aux actes II et III, tandis que le réseau de motifs récurrents, en un procédé imitant Wagner, donne à la partition une consistance et une expressivité efficaces. La part belle concédée aux bois solistes – ainsi du hautbois d’Ophélie – apporte une séduction bien française, cependant que certaines tournures semblent avouer une discrète créance envers Berlioz. Le destin d’un type psychologique est devenu celui d’une histoire d’amour impossible entre la fille de Polonius et son ombrageux amant, lequel meurt sur la tombe de la jeune fille après avoir vengé son père. La contribution du dramaturge élisabéthain est sensiblement adaptée aux exigences du spectaculaire lyrique à la française, ne rougissant pas devant d’incontournables mièvreries.

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© Alain Kaiser

Le décor unique de Vincent Lemaire, délimitant le plateau par trois panneaux disposés triangulairement, s’anime des lumières de Guido Levi, tandis que le centre de la scène reçoit la baignoire où Ophélie se coule dans la sévère essence de son délire désespéré et douloureux (acte IV), puis le cercueil translucide, laissant deviner la blanche ossature de la défunte (acte V). On retiendra l’apparition du spectre, descendant des cintres face au sol, écrasant de devoir le jeune Hamlet (l’acrobate est Gilles Vandepuits). Katia Duflot a paré les protagonistes de noir, en accord avec le minimalisme modéré et perspicace de la production, favorable aux traits archétypaux portés par les personnages.

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© Alain Kaiser

Et il faut reconnaître que la distribution réunie met à profit cette sobriété théâtrale. C’est avant tout l’incarnation de Stéphane Degout qui retient l’attention. Le baryton français souligne l’intériorité tourmentée d’Hamlet et sa feinte indifférence aux souffrances d’Ophélie. L’émission concentrée, la solidité de la voix, la couleur des harmoniques asseyent la carrure de l’interprétation. Si elle n’a pas les facilités stratosphériques d’une Natalie Dessay, Ana Camelia Stefanescu fait montre d’une endurance honorable tout au long de la représentation. La grande scène de la folie bénéficie d’une tessiture bien lyrique, favorisant l’impact dramatique. Ce sont d’autres nuances que celles avancées par la célèbre chanteuse française, un autre éclairage du caractère de l’héroïne, en harmonie avec la scénographie proposée.

Nicolas Cavalier manifeste une autorité faillible en roi Claudius, tandis que Marie-Ange Todorovitch se fait généreuse en voix de poitrine, idiomatisant parfois à l’excès ce rôle de méchante. Christophe Berry campe un Laërte au ténor généreusement chantant, avec un timbre clair favorable à la jeunesse de personnage. Vincent Pavesi menace suffisamment dans les projections du Spectre. On évoquera le Marcellus de Mark Van Arsdale, aux côtés de l’Horatio de Jean-Gabriel Saint-Martin. Dimitri Pkhaladze incarne Polinius, tandis que les deux fossoyeurs reviennent à Yuriy Tsiple et John Pumphrey.

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© Alain Kaiser

A la tête de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, Patrick Fournillier met intelligemment en avant les récurrences thématiques de l’ouvrage et trouve dans les choeurs de l’Opéra national du Rhin, préparés par Michel Capperon, un partenaire de choix. On aurait cru que les surtitrages avaient signé l’acte de décès du français chanté. L’import alsacien vient nous rassurer que l’opéra romantique à la française a encore de beaux jours devant lui.

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- Strasbourg
- Opéra du Rhin
- 26 juin 2011
- Ambroise Thomas (1811-1896), Hamlet. Opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier
- Mise en scène, Vincent Boussard ; Décors, Vincent Lemaire ; Costumes, Katia Duflot ; Lumières,
Guido Levi
- Hamlet, Stéphane Degout ; Ophélie, Ana Camelia Stefanescu ; Gertrude, Marie-Ange Todorovitch ; Claudius, Nicolas Cavallier ; Laërte, Christophe Berry ; Spectre, Vincent Pavesi ; Marcellus, Mark Van Arsdale ; Horatio, Jean-Gabriel Saint-Martin ; Polonius, Dimitri Pkhaladze ; Deux Fossoyeurs, Yuriy Tsiple, John Pumphrey
- Chœurs de l’Opéra national du Rhin. Michel Capperon, chef du choeur
- Orchestre symphonique de Mulhouse
- Patrick Fournillier, direction





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