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Haendel et Bolton, deux garçons dans le vent…

lundi 25 mai 2009 par Carlos Tinoco
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Ivor Bolton
©Christian Schneider

Est-ce en écoutant Haendel que les Anglais ont appris à faire de la pop ? En tout cas, s’il est peu probable que Ivor Bolton et ses troupes nous aient interprété un oratorio, la version d’Athalia donnée au TCE avait toute la séduction requise pour nous faire goûter un plaisir coupable. De drame et de sacralité, plus une miette, mais quel swing ! Le sourire ravi et un peu goguenard qui ne nous a pas quitté du concert n’était peut-être pas l’émotion que nous aurions pu attendre dans cette œuvre, mais tout cela était fort bien fait et possédait un allant incontestable.

Revenons aux forces en présence : Ivor Bolton, chef confirmé et possédant son métier, dirigeait d’une poigne ferme, dès l’ouverture, un Concerto Köln qui n’en demandait pas plus pour emballer l’affaire avec sa vivacité coutumière ; un chœur allemand (le Balthasar-Neumann-Chor) et un plateau vocal à dominante britannique. Face à eux Athalia, œuvre intermédiaire, écrite alors que Haendel achevait sa période d’opéras italiens et allait entamer celle des oratorios anglais. Une œuvre dédiée aussi à un public inhabituel, celui d’Oxford, pour lequel le compositeur semble avoir pris soin de resserrer la trame et de la parsemer d’artifices séducteurs. Ces nombreux moments dans la partition où l’un des personnages interrompt le fil dramatique pour solliciter l’orchestre sont autant de signes d’un Haendel un peu roublard qui méritait peut-être le traitement qu’il a subi ici. Cependant, si Athalia n’est pas Saül, et si le librettiste a beaucoup rogné le tranchant de la tragédie racinienne dont cet oratorio est issu, il reste quand même un argument tragique dont la musique épouse souvent le tourment. Et dès cette ouverture, tout en se laissant entraîner par le mouvement, on commençait à s’interroger sur la faiblesse des contrastes et le peu de place laissé à tout ce qui, dans l’écriture, construit une histoire, avec des temps différents, des respirations, des joies et des détresses.

L’entrée en scène de Josabet n’était pas de nature à rassurer. Le timbre de Sarah Fox n’est pas désagréable mais la voix est un peu grise, l’émission très insuffisante dans les graves et même dans le médium, la souplesse pas toujours évidente dans les vocalises, enfin une neutralité du style et de l’engagement qui ne donnait pas le sentiment qu’un drame s’y ouvrait. Mais quel drame ? L’ode à Jehova et l’arrivée du chœur des Israélites (« Tyrants, ye in vain conspire !) vibraient d’un punch exaltant et très loin de tout abysse. Dans cette montée du swing venait s’insérer un Joad au timbre suave (Lestyn Davies), qui n’aurait pas effrayé une mouche, et dont la retenue toute britannique lui permettait de se fondre dans l’ensemble en transformant la complainte à Judah (« Oh Judah, chosen seed… ») en délicate langueur.

Le clou était à venir : Simone Kermes en Athalia, pour le premier de ses trois numéros de rock star de la soirée. Les moyens vocaux sont très corrects mais la vulgarité du propos est ahurissante. Cette Athalia, entre la Castafiore et Freddy Mercury fit l’effet d’une succulente fraise tagada. Le spectateur qui était à notre gauche ne s’y est pas trompé : pour le deuxième aria, au milieu des vocalises par lesquelles la reine de Judée prophétise à ses ennemis les pires atrocités, lui, tout à sa jubilation, battait la mesure de son pied sans aucune discrétion. Faut-il l’avouer ? Il n’y avait là ni incongruité ni gêne pour l’entourage, puisque nous nous sentions nous-même des fourmis, pendant que notre conscience tentait vainement de nous rappeler à la désapprobation. Kermes aurait sans doute chanté une recette de cuisine de la même manière, et en obtenant la même ovation du public. D’ailleurs, le contraste entre ce phénomène et le reste de l’équipe, occupé à ne rien laisser paraître, finissait étrangement par trouver sa pertinence dans un livret qui, en effet, isole nettement le personnage de la reine.

Un Joas (Johannette Zomer) et un Abner (Neal Davies) sans grands défauts mais sans véritable incarnation, il n’y eut dans tout l’oratorio que James Gilchrist en Mathan (très belle voix chaude de ténor anglais) pour nous ramener à la tragédie, poussant l’exploit jusqu’à y entraîner la direction de Bolton dans l’avant-dernière scène, juste avant que Joad ne vienne, par sa manière de lui annoncer qu’il va être exécuté, nous rappeler que tout ici était pour de faux. On n’était pas là pour pleurer mais pour savourer entre amis l’habileté de l’écriture haendelienne.

Le Concerto Köln continuait à sonner de manière cohérente et tendue, alliant à ses qualités de toujours un soupçon de liberté venue de l’intronisation dans ses rangs d’un italien d’une toute autre tradition interprétative (Enrico Gatti), au poste de premier violon. Les passages à découvert des vents étaient irréprochables, seule la raideur des violoncelles ternissait un peu l’ambiance.

Quant au chœur, du travail propre et festif qui donnait l’envie de célébrer Jehovah avec eux, d’aller ensemble à la chasse aux traîtres, puis de zigouiller les méchants de conserve. Il ne manquait plus, avant leur dernière intervention et les applaudissements frénétiques, qu’un dernier morceau de bravoure d’Athalia, jubilant totalement à la mention des ténèbres infernales qui l’attendaient. Finalement, cet oratorio aura été un long Rejoice. Yeah !

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 20 mai 2009
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Athalia
- Simone Kermes, Athalia ; Iestyn Davies, Joad ; Sarah Fox, Josabeth ; James Gilchrist, Mathan ; Neal Davies, Abner ; Johannette Zomer, Joas
- Balthasar Neumann Choir
- Concerto Köln
- Ivor Bolton, direction






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