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Gustavo Dudamel et son orchestre suédois à la Philharmonie de Luxembourg

lundi 27 octobre 2008 par Richard Letawe
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Gustavo Dudamel
© Eric Chenal

On connaît bien l’Orchestre Symphonique de Göteborg pour sa discographie pléthorique, enregistrée sous la direction de l’infatigable Neem Järvi, qui fut son titulaire de 1982 à 2004. Les occasions d’entendre cet orchestre en vrai sont plutôt rares dans nos régions, et on était donc impatient d’assister à sa venue à la Philharmonie de Luxembourg, d’autant qu’il était dirigé par le jeune prodige Gustavo Dudamel, qui en a pris les rênes la saison dernière.

Les musiciens commencent par Exquisite Corpse (2002), du suédois Anders Hillborg, qui s’est inspiré du jeu dadaïste du cadavre exquis, consistant pour chaque participant à composer une phrase sans savoir ce que son prédécesseur a lui-même écrit. Il est un peu étrange de se référer à un jeu de ce type, par essence collectif, alors qu’on a composé seul. Pour donner l’illusion du jeu, Hillborg a donc collé des idées les unes aux autres, sans qu’elles aient de rapport, mais le résultat est pourtant assez plaisant, malgré que le manque de développement des parties génère une certaine frustration. Nécessitant un orchestre au complet, avec de nombreuses percussions, un piano et des harpes, l’œuvre est plutôt monumentale, dure un petit quart d’œuvre, contient quelques passages puissants, au lyrisme nordique assez grisant, et culmine dans un épisode à la rythmique sauvage, où tout l’orchestre est utilisé comme un gigantesque tambour. Joué en présence du compositeur Exquisite Corpse semble très exaltant à diriger, et obtient des applaudissements assez nourris d’un auditoire que Hillborg ne cherche guère à effaroucher, utilisant un rassurant langage post sibélien.

Place ensuite à Sergei Khatchatryan, encore un jeune prodige, vainqueur à quinze ans du Concours Sibelius, cinq ans plus tard du Reine Elisabeth, qui joue ce soir le concerto pour violon de Sibelius, qu’il connaît bien pour l’avoir déjà enregistré [1]. Malgré ses nombreux prix, Khatchatryan est le contraire d’une bête de concours à la technique d’acier et à l’expression stéréotypée. Au contraire, son jeu est d’une extrême musicalité, et le refus de l’étalage tant technique qu’expressif est constant.

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Sergey Khatchatrian, Gustavo Dudamel
© Eric Chenal

Les deux premiers mouvements sont ceux qu’il réussit le mieux : sa sonorité assez sombre, au grave très riche, y est particulièrement adaptée ; et son jeu, mélange de lyrisme, intense et éperdu, de maturité expressive et de sobriété, traduit merveilleusement les tourments de ce concerto. De plsu, refus de l’exhibition ne signifie pas manque de technique : des pianissimi fins comme la soie dont il nous gratifie dans l’Adagio, ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent les murmurer ainsi. La ligne est un peu moins précise dans l’allegro final, entaché de quelques dérapages de l’archet, mais le violoniste est tout de même largement satisfaisant, et sa prestation d’ensemble reste parmi ce qui peut se faire de mieux dans cette œuvre. L’accompagnement de Gustavo Dudamel, très ample, souple et calme, qui ne cherche qu’à donner la meilleure possibilité au soliste de s’exprimer est exemplaire. L’orchestre fait valoir des cordes à l’engagement réjouissant, dotées d’une splendide palette de coloris, mais des bois plus dispersés, manquant un peu d’agilité, et des cuivres compacts, mais parfois criards.

Le concert se termine par la Quatrième symphonie de Carl Nielsen, que Gustavo Dudamel mène au triomphe, ce qui n’est pas chose aisée. On y perçoit assez clairement ce qui fait de Dudamel le jeune chef le plus prometteur depuis longtemps, et déjà l’un des meilleurs dans l’absolu : il dirige mieux que beaucoup de ses collègues, non pas parce qu’il a des idées géniales, ou parce qu’il a déniché quelques nouveaux détails à mettre en valeur, mais parce que sa technique de direction est l’une des plus remarquables qui soient. Son bras est d’une précision phénoménale, et sa battue est souple, ce qui sécurise l’orchestre, qui sait toujours exactement où il doit aller, et peut dès lors faire de la musique l’esprit tranquille.

Cela donne donc une symphonie inextinguible où la fougue et l’énergie ne sont pas ennemies de la clarté. La direction de Dudamel y est naturelle, évidente et immédiate, mettant formidablement en valeur tant le lyrisme que les contrastes rythmiques et dynamiques de la symphonie, et lui imprime une tension qui ne faiblit jamais. L’orchestre est ici admirable, chaque pupitre, des timbaliers déchaînés aux cuivres aussi précis que mordants, se montrant à la hauteur de la tâche.

Ce superbe concert était prolongé par deux bis au cours desquels les sérieux Suédois ont pu littéralement tomber la veste, nous n’en dirons pas plus, afin de réserver la surprise à ceux qui ne connaissent pas encore le côté festif des concerts de Gustavo Dudamel, qu’on réentendra une seconde fois à Luxembourg, cette fois à la tête de l’Orchestre du Concertgebouw. Les austères Hollandais seront-ils aussi facétieux ce soir-là ? Nous attendrons le 25 mai pour le savoir.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 21 octobre 2008
- Anders Hillborg (né en 1954), Exquisite Corpse ; Jean Sibelius (1865-1957), Concerto pour violon en ré mineur Op.47 ; Carl Nielsen (1865-1931), Symphonie n°4 Op.29 « Inextinguible »
- Sergey Khatchatryan, violon
- Göteborgs Symfoniker
- Gustavo Dudamel, direction

[1Avec Emmanuel Krivine et le Sinfonia Varsovia pour Naïve






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