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Gran cadeau de Noël

lundi 5 janvier 2009 par Théo Bélaud
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Jean-Louis Capezalli DR

Apéritif gratis à la Maison de Radio France pour l’avant-dernière sortie de l’année 2008 du Philharmonique de Radio France : le Philhar qui offrait un programme tout Mozart (malheureusement amputé de son joyau initialement prévu), et a plutôt réussi son double pari : remplir plus ou moins la Salle Olivier Messiaen, et livrer, sans chef, une prestation de tenue plus qu’honorable, en particulier son harmonie. Le service public n’est pas tout à fait mort, il offre de la sérénade Gran Partita de qualité pour les fêtes. Meilleurs vœux à lui !

L’auteur de ces lignes ne devait pas être le seul à avoir fait le déplacement pour le seul plaisir d’entendre - même joué n’importe comment, après tout - le Concerto N°14 KV 449. Ceux-là auront bravé la pluie et la tempête en vain : souffrant, le pianiste Cédric Pescia avait renoncé à la dernière minute, et, fait peu commun, surtout pour un concerto de Mozart, apparemment trop tard pour que lui soit trouvé un remplaçant au pied levé. Aucune substitution n’était par ailleurs proposée dans le programme, celui-ci étant il est vrai déjà fort consistant. À l’annonce de la nouvelle dans la salle, la désillusion s’avérait audible, ce qui n’empêchait pas le public d’applaudir spontanément les mots « concert que vous offre l’Orchestre Philharmonique de Radio France », chose réjouissante. Il n’empêche, cette déception, ajoutée à la très matérielle douche froide préalablement subie pour venir empêchait peut-être de se montrer justement réceptif à la première partie de concert.

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Hélène Collerette DR

Pour autant, il n’est pas du tout certain que ce Divertimento en fa majeur dépassait de beaucoup l’anecdote de grande qualité : toute la question, qu’on évitera de poser dans les grandes largeurs, étant certes de savoir si l’œuvre peut a priori dépasser ou non ce niveau. Comme ce point n’est guère évident lorsque l’on revient à la partition, on ne fera donc pas de mauvais procès ni à Hélène Collerette, dirigeant du poste de konzertmeister, ni à ses collègues, même si l’on a déjà entendu, notamment, les altos du Philhar’ plus présents et chatoyants qu’à cette occasion. En revanche, à la différence d’un concert routinier Salle Pleyel, il fallait apprécier à sa juste valeur le professionnalisme de chaque musicien pour ce concert gratuit et relativement confidentiel - si l’on considère que le fait d’être enregistré et diffusé par France Musique ne change pas fondamentalement le problème, puisque c’est le quotidien. Car paraître seulement juste stylistiquement dans un divertimento de Mozart n’est pas si évident, même pour des... professionnels. La discipline pour ce qui est de l’ornementation, des triolets - surtout aux voix médianes - de l’adagio central (sans doute le mouvement le plus réussi) ou des trilles du second menuet, et enfin des dynamiques toujours justes aux cors (sauf à considérer que la musique gagnerait peut-être à ce qu’elles soient... moins justes), toute cette somme d’éléments indispensables et qui ne sont pas faits pour être remarqués, n’était pas acquise. Dans ce contexte, il y a donc matière à un « bravo, tout de même, mais si mais si ».

Celui à adresser à l’harmonie du Philhar’ (et à son contrebassiste, tout le détail ci-dessous) ne souffre quant à elle guère de réserves. Cette harmonie était sans aucun doute celle à choisir pour réussir la Gran Partita du mieux possible avec l’un des quatre grands orchestres parisiens - seul l’Opéra aurait peut-être pu prétendre faire aussi bien. En matière d’homogénéité de timbres et de cohésion musicale, en tout cas, jusqu’aux quatre cors presque irréprochables, il n’y avait rien à redire. Mais à la différence de la première partie, il y avait un peu plus, que l’on peut, certes, possiblement imputer à la partition : un plaisir tangible de la musique. Coup de chapeau donc au chef de bande Jean-Louis Capezzali, mais également aux quatre... clarinettes (en comptant les cors de bassets), tout à fait remarquables tout au long de la sérénade, ce qui pouvait être pressenti dès la première intervention soliste, ronde et caressante, de Jérôme Voisin dans le largo introductif.

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Jérôme Voisin © Marc Rouvé

À ce compte, l’un des instants le plus réjouissants de ce concert devait être le Trio I du premier menuet, uniquement dédié à ces quatre là. Les Trio II des deux menuets (hautbois I, cor de basset I, basson I), ou l’allegretto de la Romanze (les deux cors de bassets), ou encore et surtout le superbe thème et variations précédant le finale (les variations II, III - les deux clarinettes ! - et V) étaient autant de régals, croqués avec gourmandise par les anches et pour le bonheur de nos oreilles réchauffées. Naturellement, il n’y a guère de publicité pour cela, mais n’importe quel citoyen de Paris pour qui un second balcon à Pleyel ou au TCE représente une semaine de repas pouvait, en théorie au moins, venir se réchauffer à Mozart, et à la chaleur des timbres de ce qui est probablement la meilleure petite harmonie française. C’est ce qui compte : bonne année !

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- Paris.
- Maison de Radio France, Salle Olivier Messiaen.
- 13 décembre 2008.
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Divertimento en fa majeur KV 247 (1) ; Sérénade N°10, « Gran Partita » en si bémol majeur KV 361 (2).
- Hélène Collerette, premier violon et direction (1) ; Jean-Louis Capezzali, hautbois solo et direction (2).
- Membres de l’Orchestre Philharmonique de Radio France : Johannes Grosso, 2nd hautbois, Jérôme Voisin, clarinette solo, Manuel Metzger, 2de clarinette, Jean-Pascal Post, cor de basset solo, Christelle Pochet, 2nd cor de basset, Julien Hardy, basson solo, Stéphane Coutaz, 2nd basson, Antoine Dreyfuss, cor solo, Bruno Fayolle, 2nd cor en fa, Stéphane Bridoux, 1er cor en si bémol, Isabelle Bigare, 2nd cor en si bémol, Christophe Dinaut, contrebasse solo (2).






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