ClassiqueInfo.com



Giulio Cesare à la Monnaie

jeudi 21 février 2008 par Richard Letawe
JPEG - 31.7 ko
Copyright : Bernd Uhlig

Bruxelles voyait le retour de René Jacobs dans Giulio Cesare in Egitto de Haendel, un opéra qu’il a beaucoup marqué, enregistrant une version chez Harmonia Mundi qui reste quinze ans plus tard une référence discographique, et le dirigeant depuis lors à de nombreuses reprises.

La production de ce soir date de 2001, et fut créée à l’Opéra des Pays Bas. Montée en janvier et début février à la Monnaie, elle devait ensuite reprendre le chemin d’Amsterdam pour y être reprise dans la foulée des représentations bruxelloises. Mise en scène, décors et costumes sont signés par les célèbres époux Karl Ernst et Ursel Herrmann, qui font ici leur travail habituel, soigné et élégant, assez distancié, et maniant le second degré. Le résultat n’est pas exagérément passionnant, un peu froid, mais on évite au moins les GI’s, les Waffen SS et les cadres à attaché case qui sévissent sur trop de scènes dès qu’il s’agit d’opéra baroque. Il y a quelques maladresses (Cesare dans son premier air qui réclame les palmes de la victoire en agitant un palmier rachitique), les trois rampes horizontales sur lesquelles les chanteurs évoluent, qui surplombent en partie la fosse, procurent paradoxalement une sensation d’éloignement depuis le parterre, et certaines images sont très convenues (Cesare qui enfile son armure au dessus de son costume), mais le spectacle se laisse voir, et exploite judicieusement le décor stylisé, évoquant un champ de roseaux au bord du Nil.

Deux distributions ont alterné sur la scène de la Monnaie, l’une comprenant Marjana Mijanovic dans le rôle titre, Sandrine Piau en Cléopâtre, Brian Azawa en Ptolémée, Charlotte Hellekant en Cornélie et Monica Bacelli en Sextus. L’autre, que nous commentons ce soir, proposait des typologies vocales différentes pour les deux adversaire : le contre-ténor Lawrence Zazzo en Giulio Cesare face à la mezzo Tania Kross en Tolomeo.

JPEG - 39.4 ko
Copyright : Bernd Uhlig

Lawrence Zazzo est un César au chant juste et stylé, mais qui manque un peu de flamme et d’impact, et met du temps à trouver ses marques. Les pianos d’ « Alma del gran Pompeo » le mettent en difficulté, ses graves sont assez instables dans « Non e si vagho e bello », mais il se ratrappe bien ensuite. « Va tacito » est bien détaillé, mieux extériorisé, et il fait même un essai, un peu timide, de variation dans le da capo. « Se in fiorito » avec violon obligato est frais et joliment virtuose, et « Dall’ondoso » lui convient parfaitement. Voilà donc un Cesare assez convaincant, manquant un peu de brio, dont les aigus n’ont pas l’insolence carnassière qui sied à un conquérant, mais qui se distingue par sa poésie et sa tendresse, ce qui le situe bien dans l’esprit de cette production.

Danielle De Niese est la Cleopatra du moment, un rôle qu’elle a déjà tenu à de nombreuses reprises un peu partout, et qui lui va comme un gant. Elle a pour elle beauté physique et présence physique, ainsi que le charme vocal, même si son chant n’est pas exempt de tout reproche.

JPEG - 30.6 ko
Copyright : Bernd Uhlig

Très à l’aise dans les airs rapides et joyeux, où elle peut exploiter son abattage et les séductions de son timbre, elle peine lorsque le tempo se fait plus lent : l’intonation devient douteuse, la ligne bouge, et les phrasés ont peu de relief. Pourtant, Danielle De Niese est une titulaire majeure du rôle, car elle est Cléopâtre de façon tellement évidente et naturelle que les scories vocales passent au second plan. Alors qu’on a plutôt tendance désormais à entendre Tolomeo chanté par des voix de contre-ténors vipérins et dépravés, la mezzo Tania Kross fait forte impression, avec sa voix virile et puissante. Son chant est robuste, ses graves assurés, elle vocalise avec ardeur, et a du cran et de la présence. Cependant, elle manque un peu de classe vocale, meuglant de plus en plus ses graves à mesure que la soirée avance, et serait beaucoup plus satisfaisante si elle canalisait un peu mieux son fort tempérament. Christianne Stoijn en Cornelie fait preuve de beaucoup moins de personnalité, son chant est à la fois heurté et fade, à l’émotion très fabriquée, et éveille l’ennui, malgré la beauté des airs qu’elle a à défendre. Son fils Sesto est incarné avec beaucoup plus de brio et d’élégance par Anna Bonitatibus, au beau timbre clair, qui démarre la représentation sur les chapeaux de roue, faisant admirer un magnifique sens du legato et une implication dramatique très intéressante. Dommage qu’on l’ait affublé d’un bermuda à bretelles ridicule, et qu’elle peine un peu sur la fin, donnant avec Cornelia un duo assez dépareillé. On note encore dans la distribution l’excellent Luca Pisaroni, enfin un chanteur de tout premier plan pour Achilla, Lionel Lhote dans le court rôle de Curio, et Dominique Visse, qui ne chante pas, mais est un Nireno éblouissant de verve comique dans les récitatifs.

JPEG - 33 ko
Copyright : Bernd Uhlig

Dans la fosse, René Jacobs est à la Orchestre Baroque de Fribourg aux sonorités un peu vertes, mais qui se distingue par des solistes de grande qualité, même si les cornistes ont soumis à une rude tâche. La direction de René Jacobs, bien rythmée, un peu raide parfois, est un modèle de théâtralité et d’équilibre.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Georg Frideric Haendel (1685-1760), Giulio Cesare in Egitto, Opera seria en trois actes sur un livret de Nicola Haym
- Mise en scène, décors, costumes et éclairages, Karl-Ernst et Ursel Herrmann
- Giulio Cesare, Lawrence Zazzo ; Cleopatra, Danielle de Niese ; Tolomeo, Tania Kross ; Cornelia, Christianne Stotijn ; Sesto, Anna Bonitatibus ; Achilla, Luca Pisaroni ; Nireno, Dominique Visse ; Curio, Lionel Lhote
- Freiburger Barockorchester
- René Jacobs, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550625

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License