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Giulio Cesare à Tourcoing

mardi 7 juin 2011 par Richard Letawe
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© Danielle Pierre

Il y a quelque temps qu’on n’avait plus vu d’opéra de Haendel à l’Atelier lyrique de Tourcoing, le dernier en date était Orlando en 2008, où brillait Christophe Dumaux, Giulio Cesare ce soir dans une production qui avait été montée à Reims , Brest et Versailles ces dernières semaines avant d’arriver dans le Nord.

Les notes d’intention brillantes ne font pas nécessairement des mises en scène intéressantes, on le constate souvent, et c’est le cas pour cette production. Christian Schiaretti analyse lumineusement le livret, soulignant à juste titre la dimension colonialiste de cette histoire où Rome exporte ses conflits sur une terre exotique et en emporte ensuite le blé et les richesses. Ce contenu politique n’est cependant jamais exploité par le metteur en scène qui se contente de régler les entrées et les sorties des personnages principaux, souvent observé par des figurants plus ou moins immobiles sur scène, ou assis sur des fauteuils placés en bord de plateau, un dispositif qui n’est pas criant de nouveauté…

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© Danielle Pierre

Le spectacle est figé, souvent ennuyeux temps, et même l’exotisme de cette histoire, qui ne serait pourtant pas bien difficile à illustrer, est totalement évacué, puisque Romains et Egyptiens sont tous vêtus des mêmes uniformes du XVIIIème siècle, au demeurant très élégants. La production n’est pas indigne, ni anti-musicale, et est d’une esthétique léchée, loin des élucubrations qui ont souvent cours dès que l’opéra baroque est au programme, mais cela fait de belles photos, pas une mise en scène convaincante et captivante pour un opéra de plus de trois heures.

Heureusement, ceux qui vont encore à l’opéra pour la musique ont pu quitter le Théâtre de Tourcoing heureux, car celle-ci était bien défendue. Pourtnt, deux de ses membres étaient à la peine, avec Alessandra Visentin, Cornelia engagée, mais à la voix lourde et aux phrasés pâteux, et avec Lina Markeby, chanteuse dont nous avons déjà évoqué les insuffisances sur la même scène en Dorabella et en Cherubino, et qui est aujourd’hui un Sesto passionné, mais à l’intonation hasardeuse et au souffle inégal, curieusement plus à l’aise dans les airs (un « Cara speme » assez décent par exemple), que dans des récitatifs fort laborieux.

Le reste du plateau est cependant assez réjouissant avec un beau Curio de David Witczak et le malicieux Nireno de Valérie Yeng Seng. Achilla est interprété avec style et noblesse par Ugo Guagliardo, au timbre très agréable, et qui rend bien le tragique de son personnage, à la fois exécuteur des basses œuvres de Ptolémée et dupe des intrigues de son maître. Celui-ci justement est incarné avec énormément de brio par un Dominique Visse au meilleur de sa forme. Bien sûr, son chant grinçant et sa voix aigre ne sont pas du goût de tout le monde ( et nous-même n’avons pas souvent été convaincu par ses prestations). Mais il donne ici sa pleine mesure dans le rôle de Tolomeo dont il détaille autant par ses attitudes scéniques très travaillées que par les nuances de son chant, la complexité du caractère, cruel et velléitaire, subtil et audacieux, raffiné et sournois. Alors qu’il est souvent confiné à des rôles de nourrice et de comparse, Tolomeo lui offre un rôle de composition qu’il habite à merveille, malgré ses limites purement vocales.

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© Danielle Pierre

Sonya Yoncheva a le physique du rôle de Cleopatra, mais également les capacités vocales, avec un timbre rond et chaleureux, et une technique très au point, tant au niveau de l’intonation que de la projection et de l’ornementation. Elle débute timidement (« Non disperar » assez brouillon, aux aigus fragiles et détimbrés, « Tutto puo » assez hâché), mais prenant de l’assurance rapidement, elle fait valoir ses qualités de vocaliste, la beauté de son legato, la douceur de ses phrasés, et est impériale tout au long d’un troisième acte absolument délectable. Impérial, Christophe Dumaux l’est sans conteste : chant d’une perfection sans tache, à l’aise dans tous les registres, conquérant dans « Presti omai », sincèrement choqué dans « Empio, diro », éloquent dans « Alma del gran Pompeo » où il célèbre avec tant de noblesse la mémoire de son rival assassiné, subtilement moqueur dans « Va tacito », tendre et empressé à chacune de ses rencontres avec Cleopatra, Christophe Dumaux endosse tous les airs de Jules César avec une maîtrise et une assurance dignes dans meilleurs titulaires du rôle. Son chant est ferme et juste, les aigus gorgés de lumière, les notes de passage sont négociées avec virtuosité, et cette voix de contre-ténor a en plus des qualités de virilité, de puissance et de naturel qu’on rencontre rarement, sans donner jamais le moindre signe de faiblesse.

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© Danielle Pierre

La Grande Ecurie, renforcée par des musiciens de l’Opéra de Reims se montre particulièrement rodée pour cette dixième représentation de l’œuvre en un mois, malgré un cor qui s’effondre dans « Va tacito ». Pour le reste, aucun défaut à signaler, la cohésion est bonne et les sonorités assez flatteuses. Malgré des airs de Cornelia et de Sesto un peu lymphatiques au premier acte, Jean-Claude Malgoire, qui a tant de fois dirigé un opéra qu’il connaît aussi intimement que possible, est le parfait maître d’œuvre d’une soirée qu’il dirige avec toute la fougue nécessaire, compensant dans la fosse les errements d’une mise en scène trop placide.

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- Tourcoing
- Théâtre municipal
- 29 mai 2011
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Giulio Cesare in Egitto. Opéra en trois actes. Livret de Nicola Haym
- Mise en scène et scénographie, Christian Schiaretti ; Assistants, Grégory Voillemet, Christian Baggen, Samuel Poncet ; Costumes, Thibault Welchlin ; Lumières, Rémi El Mahmoud ; Maquillages et coiffures, Elisabeth Delesalle
- Giulio Cesare, Christophe Dumaux ; Cleopatra, Sonya Yoncheva ; Tolomeo, Dominique Visse ; Cornelia, Alessandra Visnetin ; Sesto, Lina Markeby ; Achilla, Ugo Guagliardo ; Nireno, Valérie Yeng Seng ; Curio, David Witczak
- Ensemble vocal de l’Atelier lyrique de Tourcoing
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, renforcée par des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Reims
- Jean-Claude Malgoire, direction






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