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Gergiev le Terrible

vendredi 17 octobre 2008 par Thomas Rigail
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Valery Gergiev
© Decca

Les interprétations en concert des symphonies de Prokofiev ne sont pas monnaie courante. Pourtant, cette année, nous aurons droit à Paris à deux cycles consacrés à ce compositeur, celui de Valery Gergiev avec le London Symphony Orchestra à Pleyel qui présente l’intégrale des symphonies accompagnée d’œuvres concertantes, et celui plus court de Youri Temirnakov avec l’Orchestre Philharmonique de St-Petersbourg au Théâtre des Champs-Elysées. Et ce soir, Gergiev a amorcé son cycle en fanfare.

L’équipe Gergiev/LSO est une habituée du compositeur puisqu’elle a déjà enregistré à la suite d’une série de concert en 2004 l’intégrale des symphonies de Prokofiev. De même, le pianiste qui assure le concerto n°2, l’américain d’origine russe Vladimir Feltsman, a lui aussi enregistré ce concerto avec Michael Tilson-Thomas et ce même LSO. De fait, il n’y aura pas vraiment de surprise ce soir, ni dans les choix interprétatifs, ni dans la qualité de l’ensemble.

Le concert s’ouvre sur la Première Symphonie, sans doute la symphonie de Prokofiev la plus jouée et pourtant la plus anodine, en dehors du fait qu’elle est l’une des premières œuvres de ce qui est probablement le style le plus dispensable de tout le XXème siècle musical, à savoir le néo-classicisme. L’interprétation est ce soir est à l’image de la version discographique : fougueuse, rapide et virtuose. C’est ce qu’il faut à ce pastiche sans intérêt du style de Haydn : plus vite c’est terminé, mieux c’est.

Avec le Concerto pour piano n°2, la suite est beaucoup plus consistante. Le premier thème révèle une sonorité très brillante et un phrasé assez rigide, peu impliqué, loin du con gran espressione de la partition, de la part de Feltsman. L’allegretto est du même ressort, avec un piano neutre, un peu en-dehors, soutenu par un orchestre qui peine à imposer un caractère. Pourtant, Feltsman va complètement se révéler dans la réexposition/cadence, au crescendo remarquablement tenu et au colossale puissant. Les fff et les con tutta forza prennent ici toute leur expression et le court climax lors de la rentrée de l’orchestre, puissant et majestueux, est particulièrement représentatif des capacités de Gergiev et du LSO dans ce répertoire. Le deuxième mouvement ne suit pas tout à fait en qualité, principalement à cause d’un piano qui est trop noyé dans l’orchestre, la toccata perdant alors un peu de sa frénésie, dont l’esprit est cependant correctement rattrapé par un orchestre acéré. Après ces deux premiers mouvements en demi-teinte, contenant autant de légères déceptions que de moments brillants, les deux derniers mouvements s’imposent comme de complètes réussites : après un troisième mouvement véritablement pesante et sombre à souhait, le spectaculaire finale dévoile un accord parfait entre le pianiste et l’accompagnement avec un Feltsman qui encore une fois, exultant sur son piano, brille dans ses solos.

La deuxième partie du concert est occupée par la Sixième Symphonie, la plus difficile sans doute de tout le corpus, la meilleure peut être également. L’enregistrement de Gergiev en montrait déjà une conception sombre et sans concessions. En quelques années, la vision du chef s’est approfondie : ainsi, dès les premières mesures, son art se fait plus radical, avec un commencement encore plus morbide et erratique qu’au disque. Les trompettes ont toujours cette tendance au criard assez régulière dans le LSO et les cors montrent tout au long de la symphonie des défauts (dans le solo de cor de la réexposition du premier mouvement ou bien dans le troisième mouvement - durant lequel le tuba sera également un peu trop grossier) mais l’orchestre, notamment dans un troisième mouvement extrêmement véloce et contrasté et pourtant remarquablement tenu par les cordes, a atteint une haute maitrise de l’interprétation de ces pièces, grâce aux exécutions répétées et à un Valery Gergiev qui donne à l’orchestre un tranchant et une vigueur exceptionnels. Les difficiles circonvolutions mélodiques du début du deuxième mouvement ou les climax (milieu du deuxième mouvement, coda tonitruante du dernier) sont une parfaite incarnation de la monumentalité d’où suinte un récurrent malaise de cette œuvre méconnue, ici remarquablement servie.
En bis, une « Mort de Tybalt » tiré de la première suite de Roméo et Juliette, à l’image du reste du concert, survoltée et virtuose.

Ce répertoire plutôt rare, en tout cas présenté de manière complète comme ici, se voit ainsi offrir une interprétation digne de lui. Rendez-vous est donc pris en mai pour la suite et la fin de ce cycle.

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- Paris.
- Salle Pleyel.
- 13 octobre 2008.
- Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 ; Concerto pour piano n°2 ; Symphonie n°6.
- Vladimir Feltsman, piano.
- London Symphony Orchestra.
- Valery Gergiev, direction.






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