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Gardiner, tel qu’en lui-même, désormais

jeudi 10 novembre 2011 par Philippe Houbert
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John Eliot Gardiner
© Sheila Rocks

John Eliot Gardiner, son Monteverdi Choir et son Orchestre Révolutionnaire et Romantique étaient de retour salle Pleyel pour un très intéressant programme mêlant répertoires romantique et néo-classique du XXème siècle. Alliage qui aurait pu déboucher sur un grand concert et qui n’aboutit qu’à une nouvelle déception assortie de quelques questions.

La première partie du programme reprenait une partie de celui donné par Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale de Gand en l’église Saint-Roch la saison dernière. Le Begräbnisgesang de Brahms est une petite merveille trop peu connue alors que, en quelques minutes, il résume nombre de traits caractéristiques du compositeur du Requiem allemand : recours à des textes anciens, résignation devant la mort, interrogation sur le sens de la vie, tonalité d’ut mineur. L’ambiance du Requiem à venir est déjà présente dans cette marche initiale et dans l’utilisation retardée des parties de soprano. John Eliot Gardiner en donna une interprétation très approximative, pâteuse du côté des basses, manquant de justesse à l’entrée des sopranos. Sans doute fut-ce une grande erreur que de programmer cette pièce en début de concert alors que, tant du point de vue de la justesse requise que de l’atmosphère funèbre, sa présence plus tard dans la soirée eût semblé plus judicieuse.

Suivait la Messe en mi mineur d’Anton Bruckner. Dans cette pièce splendide, empreinte de l’amour du compositeur pour les polyphonies du XVIème siècle (le dédicataire, évêque de Linz, était grand admirateur de Palestrina), mais encore typique de l’écriture toute en rupture de tons que Bruckner conserva jusqu’à la Symphonie n°5, le chef prit l’option d’homogénéiser l’oeuvre, d’en gommer les cassures et, un peu comme Colin Davis dans la Missa Solemnis de Beethoven, d’essayer de compenser la sécheresse de l’acoustique de la salle Pleyel en faisant tout chanter une dynamique au-dessus de ce qui est écrit. Le résultat donna une vision très extérieure, très éloignée de la vision presqu’intimiste à laquelle Herreweghe était parvenu. Le Monteverdi Choir y fut alternativement très problématique (voix féminines très laides dans le Kyrie), très en place mais trop extérieur dans le Gloria, bien meilleur dans l’expression du Credo (mais on y perçoit la fabrique Gardiner à tous les instants), à nouveau très beau mais extérieur dans le Sanctus et, pour malheureusement boucler la boucle, trop imprécis dans le Benedictus et dans l’Agnus Dei (l’acoustique de Pleyel étant de toute façon rédhibitoire dans ce genre de répertoire). Les vents de l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique furent corrects sans plus.

La seconde partie était consacrée à la Symphonie de Psaumes de Stravinsky. Œuvre tripartite, comme souvent chez l’auteur de Petrouchka, juxtaposant un genre profane (symphonie) et une inspiration sacrée (psaumes). Cette symphonie fait partie de cette veine néo-classique chez Stravinsky qui, sous couvert de fausse simplicité, pose de terribles problèmes aux exécutants, et notamment la précision. Or, c’est bien là que le bât blesse dans ce que John Eliot Gardiner et ses troupes délivrèrent. Si le chœur montra enfin une totale cohésion et l’engagement raisonné qui avaient tant manqué dans la messe de Bruckner, les instrumentistes furent souvent à la rue, tant rythmiquement que sur le plan de la justesse. Le chef s’en rendit-il compte ? En tout cas, nous eûmes droit à un bis reprenant le troisième mouvement, Laudate Dominum, cette fois donné avec plus de précision et d’homogénéité dans l’enchaînement des séquences.

Concert donc globalement décevant, assez illustratif de ce que John Eliot Gardiner propose depuis quelques années, avec des Bach sulpiciens et un répertoire romantique abordé de façon trop approximative. En introduction, nous insistions sur le pronom possessif « son » pour citer le chœur et l’orchestre. C’est peut être là que se situe le problème : des forces trop exclusivement au service d’une seule personnalité, ne travaillant pas avec d’autres chefs et, du coup, ne progressant plus.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 24 octobre 2011
- Johannes Brahms (1833-1897), Begräbnisgesang, opus 13
- Anton Bruckner (1824-1896), Messe n°2 en mi mineur pour chœur et instruments à vent WAB 27
- Igor Stravinsky (1882-1971), Symphonie de Psaumes
- Monteverdi Choir
- Orchestre Révolutionnaire et Romantique
- John Eliot Gardiner, direction






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