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Fusion ou confusion ?

mercredi 18 novembre 2009 par Cyril Brun
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Pablo Gonzales
© Keith Saunders

La musique se limite-t-elle à l’art de combiner des sons d’une manière agréable à l’oreille ? Au vu du contexte musical actuel, nous pourrions, de fait, nous satisfaire grandement de cette sacro sainte définition. Tout de même suffit-il d’être un grand technicien pour être un grand musicien ? Si la musique devait se réduire à une technicité mécanique parfaite, bien des machines remplaceraient avantageusement de grands interprètes. Parmi tous les arts, la musique est un art animé par excellence. A la différence du sculpteur ou du peintre le musicien ne donne pas seulement vie à une forme plastique, il doit faire vivre cette forme, sans quoi son œuvre lui est aussi extérieure que l’est la sculpture au sculpteur. Comme Gepetto, le bonhomme de bois qui était en lui prend forme, mais ne prend pas vie. Il prendra vie dans l’esprit du vieux bonhomme ou de ceux qui imagineront avec lui une histoire. Le musicien comme l’acteur, non seulement, porte en lui son art, non seulement il lui donne vie mais il le porte dans l’existence, au sens propre, il l’anime. Le musicien qui demeure extérieur à son art réduit ce dernier au silence, fut il la plus belle démonstration de virtuosité.

C’est malheureusement ce à quoi nous avons assisté dimanche dernier à l’auditorium Rainier III. Une exécution absolument virtuose, d’un sans faute irréprochable. Une très belle peinture sur un mur, mais sans vie, sans âme. La critique peut paraître rude et on objectera tout le travail et la parfaite maîtrise de Akiko Suwanai. Certes cela est indéniable, mais sans âme c’est de la construction mécanique. De la mécanique, de la technique il en faut incontestablement pour donner vie à son art et cette construction dans le jeu musical est capitale. Capitale surtout dans une partition orchestrale. Mais, comme pour le soliste, si cette construction reste mécanique elle est au mieux nature morte, au pire, juxtaposition confuse.

Au fond la musique est avant tout un art spirituel au sens où il suppose de donner une âme (son âme) à une construction mécanique voire mathématique et où il est communion. Communion avec le public qui doit vivre de cette vie même donnée aux simples notes. Communion entre musicien pour animer d’une seule âme une œuvre jouée en commun. Or ce soir la communion a fait défaut. Au delà de l’excellence des pupitres, au delà des approximations, il y avait bien ce soir d’un côté le jeu indépendant et très plastique de la violoniste, de l’autre le chef aux gestes inaboutis et les musiciens. Dvorak ne fut pas mieux traité que Brahms et pour les mêmes raisons. Il ne servirait à rien de prendre dans le détail les défauts ou approximations de l’exécution, ils sont fondamentalement dus à ce défaut d’unité, cette carence d’âme. Si l’œuvre n’est pas habitée elle ne peut avoir de sens, car la vie est un mouvement dynamique. Sans âme, sans vie, il ne peut donc y avoir au mieux qu’une juxtaposition plus ou moins parfaite. Mais sans cette âme unifiante la juxtaposition court l’inévitable risque de la déliquescence, du côte-à-côte de plus en plus approximatif, bref de la confusion, ce qui est l’exact contraire de l’unité. Ce soir l’orchestre manquait d’unité parce qu’il lui manquait une direction. Cette direction faisait défaut parce que celui qui face à l’orchestre en est l’âme est resté extérieur à son orchestre, dirigeant pour lui-même par des gestes dans son dos, les bras cassés.

Pablo Gonzales avait il ou non une conception de l’œuvre à faire passer ? C’est impossible à dire. Mais il n’a pas su unir derrière lui un orchestre qui pourtant a une grande capacité d’adaptation. Dès lors chacun s’est appliqué à donner le meilleur de sa technique avec sérieux, mais sans pouvoir retrouver les autres pour animer en commun ces deux œuvres. Le maître mot de la soirée fut bien confusion, car au final, l’absence d’âme commune finit toujours par ruiner même la plus grande technique. Alors les effets de manches, les fortissimi émotifs feront certes toujours leur impression sur le public, mais c’est là cultiver l’émotif basic et non faire entrer le spectateur au cœur d’un monde vivant.

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- Monaco
- Auditorium Rainier III
- 1er novembre 2009
- Johannes Brahms (1833-1897), Concerto pour violon et orchestre en Ré majeur Op. 77
- Anton Dvorak (1841-1904), Symphonie n°7 en ré mineur Op.70
- Akiko Suwanai, violon
- Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
- Pablo Gonzales, direction











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