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Françoise de Rimini d’Ambroise Thomas à l’Opéra-Théâtre de Metz

lundi 28 novembre 2011 par Emmanuel Andrieu
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© Philippe Gisselbrecht - Metz Métropole

Pour marquer la troisième biennale « Ambroise Thomas », et fêter le bicentenaire de la naissance de l’enfant du pays, le choix de l’Opéra-Théâtre de Metz - après Le Caïd en 2007 et Hamlet en 2009 - s’est porté sur le dernier ouvrage lyrique du compositeur messin : Françoise de Rimini.

Les adaptations lyriques de la Divine Comédie de Dante, pourtant l’un des titres majeurs de la littérature mondiale, ne sont pas légion et seule l’histoire des amours contrariées de Francesca et Paolo (tirée du Vème chant de L’Enfer) aura inspiré certains compositeurs, dont les plus connus sont Zandonai et Rachmaninov. C’était donc une résurrection attendue que cette Françoise de Rimini d’Ambroise Thomas, d’autant que l’œuvre n’avait plus jamais connu les honneurs de la scène depuis la fin du XIXème siècle.

Le livret de Jules Barbier et Michel Carré - les librettistes du Faust de Gounod - narre les aventures de la belle Francesca, fille d’un seigneur de Ravenne, à la fin du XIIIème siècle. Son père la marie à Malatesta, seigneur de Rimini très laid, dont le frère Paolo est, au contraire, très beau. Françoise tombe amoureuse de son beau-frère et Malatesta, les surprenant dans un tendre entretien, les transperce tous deux de son épée. Les librettistes ont ajouté un prologue et un épilogue à ce récit, mettant en scène Dante lui-même, Béatrix et le grand poète latin Virgile, qui ont pour tâche de présenter cette histoire, puis d’en tirer la morale.

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© Philippe Gisselbrecht - Metz Métropole

L’auteur de Mignon a composé une musique qui se souvient du « grand opéra » français - airs, duos, trios, quintettes et chœurs enlevés se succèdent - mais qui s’inspire aussi du grand orchestre wagnérien, avec un pupitre de cuivres particulièrement étoffé. A défaut d’être toujours inspirée, la partition de Thomas fait preuve d’un grand métier, tant d’orchestrateur que de mélodiste. La musique du ballet, bien que largement amputée ce soir, procure un réel plaisir et quelques airs de bravoure ou extatiques viennent frapper durablement l’oreille, tels la Mélopée de Malatesta au I « Que vos cités… » ou l’air de Francesca au II « Ah ! Il vit… » .

Le plateau vocal, malheureusement, n’est pas toujours à la hauteur des exigences d’une partition qui ne ménage guère les voix, loin s’en faut ! Le premier à s’y casser les dents est le ténor français Gilles Ragon (Paolo). Est-ce imputable à ses prises de rôles « lourds » - comme Tannhäuser dernièrement à l’Opéra de Bordeaux - mais l’émission est désormais bien raide, l’aigu bien incertain et la ligne de chant bien aléatoire. La Francesca de Catherine Hunold, en revanche, est une magnifique découverte. Hormis quelques aigus instables, la chanteuse française impressionne par sa superbe vocalità de soprano dramatique, sa voix ample et riche se doublant en outre de remarquables dons d’actrice. On rêve maintenant de l’entendre dans les rôles d’Isolde ou d’Ariadne, inscrits à son répertoire. Quant au baryton Olivier Grand, il campe un Malatesta solide, soucieux de la nuance et à la diction parfaite, mais aux saluts, sans que l’on comprenne pourquoi, il récolte des lazzi auxquels, courroucé d’un tel accueil, il rétorque par de sonores Merci ! Plus problématique se révèle le chant de la basse Jérôme Varnier (Guido) dont le vibrato est désormais envahissant et la quinte aigüe hasardeuse, mais le timbre reste toujours aussi flatteur. Delphine Haidan, à qui était dévolu le rôle du page Ascanio, séduit par son beau mezzo clair, au phrasé scrupuleux et d’une justesse expressive touchante. Elle délivre avec beaucoup d’émotion le plus bel air de la partition « Hélas, si mes pleurs… », salué par une ovation du public.

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© Philippe Gisselbrecht - Metz Métropole

Nous nous étendrons peu sur la mise en scène, copieusement huée à l’issue de la représentation par une bonne partie du public messin, pourtant peu enclin d’habitude à ce genre de débordement. Il faut dire que le travail aussi foutraque que patraque de Vincent Tordjman désarçonne puis agace, plombé de surcroit par un traitement des chœurs affligeant, tant dans leur direction (toujours en rang d‘oignons) que dans leurs costumes, qui les griment en sorte de moines-cosmonautes ! La palme du mauvais goût revient cependant aux chorégraphies de Lucas Manganelli, mauvais « remake » de La nuit des morts vivants mixé avec Le retour de la momie, sans aucun rapport avec l‘histoire qui nous est ici contée. Bref, encore une production dont on aurait pu faire l’économie en proposant une simple version de concert, ce qui aurait bien mieux rendu justice à cette rareté…

Bonheur total, en revanche, côté pupitre, avec un Orchestre national de Lorraine aussi attentif qu‘enthousiaste. Jacques Mercier se confirme indéniablement comme l’un des meilleurs serviteurs de ce répertoire, en restituant magnifiquement les combinaisons de timbres pour donner à l’orchestration de Thomas ses couleurs spécifiques. Mais sa direction, toute de souplesse et d’équilibre, fait également ressortir les différentes influences repérables dans la partition. Bravo maestro !

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© Philippe Gisselbrecht - Metz Métropole

Signalons, pour finir, la qualité du programme de salle, édité par le Cercle lyrique de Metz, et rédigé par son président, Georges Masson (par ailleurs biographe d‘Ambroise Thomas). Signalons également qu’à son initiative, une « Association des amis d’Ambroise Thomas et de l’Opéra français » vient de voir le jour, avec pour mission de ressusciter des œuvres oubliées de notre patrimoine lyrique et musical. On ne peut que se réjouir d’une telle initiative !

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- Metz
- Opéra-Théâtre
- 18 novembre 2011
- Ambroise Thomas (1811-1896), Françoise de Rimini, Opéra en un prologue, quatre actes et un épilogue
- Mise en scène et scénographie, Vincent Tordjman ; Costumes, Christel Birot ; Lumières, Hugo Oudin ; Chorégraphies, Lucas Manganelli
- Francesca, Catherine Hunold ; Paolo, Gilles Ragon ; Malatesta, Olivier Grand ; Ascanio, Delphine Haidan ; Guido, Jérôme Varnier ; Virgile, Sylvie Bichebois ; Dante, Carlos Aguirre ; Béatrix, Czeslawa Kiciak
- Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole & Chœur de l’Opéra national de Lorraine
- Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole
- Orchestre national de Lorraine
- Jacques Mercier, direction











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