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Florilège baroque en Ré majeur

mercredi 30 décembre 2009 par Richard Letawe
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© Olivier Pichel

La Maison communale de Quaregnon possède en son sein une salle de spectacle très joliment rénovée, d’une jauge d’environ 300 places, à l’acoustique un peu sèche mais assez agréable, et qui sert également aux séances du Conseil communal. Un concert de musique baroque y était organisé par le centre culturel en ce début de décembre, mené par le Florilège musical et les formations chorales Horacantus et Cantaflore.

Le Florilège musical est un ensemble jouant sur instruments anciens, qui réunit musiciens professionnels et étudiants, et qui se produit plusieurs fois par an, le plus souvent dans la province de Hainaut. Dirigée par le hautboïste Guy Lardinois, c’est une formation à effectif variable, qui peut se présenter comme quintette à vents et pianoforte ou comme orchestre de chambre.

Quatre œuvres sont au programme de ce concert à Quaregnon, toutes en Ré majeur, mais leurs caractères et effectifs assez différents préservent l’auditoire de la monotonie que pourrait engendrer cette répétition de tonalité.

Le concert débute par la Suite pour orchestre n°3 de Bach, qui se révèle être un moment assez pénible, la faute à de très nombreux manquements techniques de la part de certains instrumentistes. Quand des violons jouent aussi constamment faux, ont des sonorités aussi râpeuses, quand les trompettes multiplient les « pains », quand l’ensemble des cordes manifeste aussi peu de cohésion, il ne saurait être question d’interprétation, d’expression, de recherche des phrasés ou de respect des rythmes. Même le célèbre Air est ainsi défiguré par ces cordes aigres, si souvent fâchées avec la justesse.

Les choses s’arrangent sensiblement dans le Gloria de Vivaldi, où l’ensemble instrumental est rejoint par les chœurs. L’orchestre est alors bien plus en place, plus juste et plus ferme, et certains instrumentistes, comme le violoncelle ou le hautbois solo sont tout à fait satisfaisants. Les choeurs sont pour le cas d’Horacantus formés de membres de la classe de chant de l’Académie de Quaregnon, et pour Cantaflore, une formation mise sur pied par le contre-ténor Johan Trenti. Entièrement composées d’amateurs, ces forces chorales se débrouillent très honorablement. Elles sont en nombre relativement réduit (moins de trente chanteurs), ce qui permet de conserver une bonne clarté, et d’adopter des tempi assez vifs. Le chant est de bonne qualité : même si les voix ne sont généralement pas d’une grande beauté, et si quelques notes aiguës sont émises dans la douleur, la cohésion et la précision de l’ensemble sont très correctes, et surtout le style, aérien et élégant, évitant les vociférations, est bien maîtrisé. Les solistes vocaux sont tirés des chœurs, ce qui ne va pas sans quelques faiblesses- c’est aussi un exercice périlleux pour les membres des meilleurs chœurs professionnels- mais certains s’en tirent avec les honneurs, comme la soprano du Laudamus te, au timbre frais et au chant stylé, même si elle manque de souffle, et le contre-ténor, à la limite de ses moyens, mais chantant juste, à la voix puissante et corsée.

Le concert reprend après la pause avec le Concerto pour trois trompettes et deux hautbois de Telemann. On retombe malheureusement dans les travers de la Suite de Bach : violons très hésitants, aux sonorités vinaigrées, solistes qui font preuve d’un peu plus de maîtrise que dans Bach, notamment des hautbois parfois séduisants, mais qui sont aussi auteurs de beaucoup d’approximations.

Il semble donc que ce soient les œuvres purement instrumentales qui n’ont pas inspiré les membres du Florilège musical, car leur prestation dans le Magnificat de Bach s’avère encore une fois bien meilleure, plus concentrée et assurée, du niveau de celle du Gloria. Comme les chœurs sont aussi à la hauteur, cela fait de ce Magnificat la meilleure partie de ce concert.

On note donc un très bon premier mouvement, enlevé, bien rythmé et réjoui, puis un « Et exultavit » bien mené par un joli soprano. Dommage ensuite que le hautbois, plutôt bon jusque là, ait été si récalcitrant dans le « Quia respexit », la chanteuse et la violoncelliste très expressives, méritaient meilleur accompagnement. On entend ensuite une basse assez à l’aise dans le « Quia fecit », puis un excellent duo, gracieux et bien apparié, respirant vraiment ensemble dans « Et misericordia ». Après un « Fecit potentiam » où le ténor est un peu instable mais tout de même honorable, le moment de grâce de ce concert arrive avec « Esurientes », chanté avec une finesse et une sensibilité remarquables. Le contre-ténor possède une voix ferme et puissante, au timbre lumineux, le chant est soutenu, les aigus assurés. Les deux flûtes étant à la hauteur de l’enjeu, on obtient un superbe aria, tout à fait digne d’éloges. L’enchaînement des chœurs finaux est bien mené par le chef, qui réussit à leur donner de l’élan, tout en préservant l’articulation et la diction des choristes.

Une brillante conclusion, pour un concert inégal, mais finalement attachant, qui a malheureusement été boudé par le public, très clairsemé ce soir. Le Florilège musical prépare la Johannes Passion de Bach pour le mois de mars prochain. Au travail !

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- Quaregnon
- Maison communale, Salle Allard L’Olivier
- 05 décembre 2009
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Suite pour orchestre n°3 en Ré majeur BWV 1068 ; Magnificat en Ré majeur BWV 243
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Gloria en Ré majeur RV 539
- Georg Philipp Telemann (1681-1767), Concerto pour trois trompettes et deux hautbois en Ré majeur
- Chœur Horacantus, Chef de chœur Laurence Frère ; Chœur Cantaflore, Chef de chœur Johan Trenti
- Florilège musical
- Guy Lardinois, direction






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