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Fine Arts Quartet : élégance et neutralité

jeudi 30 septembre 2010 par Carlos Tinoco
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Fine Arts Quartet
DR

Jean-Marc Luisada, souffrant, était remplacé ce dimanche par un jeune pianiste coréen, Sunwook Kim, premier prix du Concours de Leeds en 2006. Ce dernier était accompagné par le Fine Arts Quartet, qui a connu des heures mémorables à certains moments de son histoire (ils ont enregistré une des plus belles intégrales des quatuors de Beethoven, injustement méconnue en France), mais dont les multiples changements de membres (leur nouvel altiste n’est arrivé que l’année dernière) ont profondément modifié le visage. Au programme : le Quintette pour piano n°2 de Dvorak et la réduction pour quatuor du Concerto n°2 de Chopin, une partition dont la légitimité musicale reste sujette à caution.

La musique de chambre de Dvorak est comme une mariée aux traits lourdement sensuels et trop fardés : si on tente de l’enserrer dans une robe de première communiante, on ne voit que sa vulgarité. Si on décide d’en jouir avec délice, alors on peut y trouver une ivresse qui relègue au loin toute considération sur le bon goût. C’est aussi cela qui peut créer de légitimes réticences, mais alors mieux vaut ne pas l’inscrire à son programme, comme le font d’ailleurs certains quatuors (un violoncelliste de premier plan nous confiait récemment qu’ils avaient réussi à éviter le répertoire de Dvorak pour quatuor depuis plus de deux décennies et qu’ils comptaient bien continuer). Il est vrai que ce qu’on apprécie dans l’héritage discographique qu’ont laissé les Fine Arts, c’est justement ce sens de la mesure et de l’équilibre qui les situe bien loin du côté « technicolor » des Alexander (pour comparer avec un autre ensemble américain) et même du Chicago Symphony Orchestra dont ils sont historiquement issus. Mais dans Dvorak, quand cela devient de la neutralité et un refus de s’engager, cela surexpose tous les aspects irritants de la partition. Ajoutons à cela des problèmes de justesse récurrents, notamment du côté des deux violons, l’interprétation du quintette ne pouvait être satisfaisante. Du coup, Sunwook Kim, qui s’est acquitté de sa tâche très honorablement, ne pouvait réellement lâcher les chevaux sans tout déséquilibrer et il devient difficile du juger son jeu. La Dumka lui a permis notamment de faire étalage de la variété de son toucher, mais au sein de cet ensemble elle en paraissait un peu précieuse.

Malheureusement, ce n’est pas la réduction pour quatuor du deuxième concerto de Chopin qui pouvait rétablir la balance. Là, les Fine Arts ne sont pas seuls en cause : c’est cette réduction elle-même qui nous a toujours paru très problématique. Car il ne s’agit pas d’un quintette, mais bien d’un concerto où l’écriture appelle une bataille entre le piano et l’orchestre. Quand ce dernier se voit ramené à la portion congrue d’un quatuor à cordes où on ne double même pas les basses, le rapport des forces est tel que rien ne fonctionne réellement, surtout quand le quatuor est tout en retenue. On gardera de Sunwook Kim l’impression qu’il possède une belle technique mais qu’on ne peut pas véritablement juger ses qualités d’interprète et des Fine Arts, un sentiment mitigé, qui n’annonce pas forcément un déclin mais qui peut aussi signifier que ce jour-là, dans ce répertoire, ils n’ont pas su trouver un chemin satisfaisant.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Élysées
- 26 septembre 2010
- Antonin Dvorak (1841-1904), Quintette pour piano et cordes n°2 en la majeur op.81 B.155
- Frédéric Chopin (1810-1949), Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur Op.21 (version pour piano et quatuor à cordes)
- Sunwook Kim, piano
- Fine Arts Quartet : Ralph Evans, violon I ; Efim Boico, violon II ; Nicolò Eugelmi, alto ; Wolfgang Laufer, violoncelle











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