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Fête princière aux Nuits baroques du Touquet

mardi 13 mars 2012 par Richard Letawe


Après une première édition d’ampleur assez modeste, les Nuits baroques du Touquet Paris-Plage, en cette année où on célèbre le centenaire de la création de la station balnéaire, offrent en trois soirées un programme à la profusion toute baroque. Trois soirées qui mêlent le théâtre, la danse et la musique pour une vingtaine de représentations au total, qui vont de l’intermède théâtral de quelques minutes à l’exécution en version de concert d’une tragédie lyrique de Rameau.

Dans le cadre Art-Déco du Palais des Congrès, la soirée inaugurale qui avait pour titre « Fête princière » débutait pour le festivalier par un choix à faire entre trois spectacles donnés simultanément : deux représentations théâtrales et un concert de musique hispano-américaine.

C’est pour ce dernier concert intitulé tout simplement Nuova Espana que nous avons opté, donné par l’Ensemble Mare Nostrum, ici en petite formation avec la soprano Nora Tabbush, le guitariste Quito Gato et le fondateur de l’ensemble, le gambiste italien Andrea De Carlo. Il aurait fallu pour donner un aperçu plus exhaustif de la richesse de la musique de l’Amérique espagnole, pouvoir disposer de vents et de percussions, mais compte tenu de la petitesse de l’effectif ici rassemblé, le résultat de ce concert est presqu’idéal. Tout d’abord, la programme est de qualité et équilibré, offrant une grande variété de pièces, alternant airs vocaux savants ou populaires, et pièces instrumentales, avec une forte proportion d’œuvres originaires du Mexique ; ensuite, la qualité d’exécution de ce concert est du plus haut niveau grâce à la fougue de Nora Tabbush dont le timbre de voix un peu cassé et les aigus parfois un peu rauques sont particulièrement savoureux dans ce concert qui franchit allégrement les frontières entre musique savante et populaire. La prestation d’Andrea De Carlo, toute de sensibilité contenue, d’une souplesse de phrasé admirable est également à louer, et le soutien apporté par le guitariste Quito Gato à la guitare était à la hauteur des enjeux du concert, malgré des phrasés que nous avons parfois trouvés un peu trop séquentiels. Donné devant une assistante restreinte mais très attentive, cette balade au Nouveau Monde n’avait qu’un véritable défaut, celui de paraître un peu courte.

L’événement le plus festif de cette soirée d’ouverture était un spectacle de danse assuré par la New York Baroque Dance Company. Fondée en 1976 par Catherine Turocy qui y danse encore, la célèbre compagnie américaine était venue avec six danseurs accompagnés par un petit ensemble orchestral. Joliment troussée, cette présentation intitulée « Les Plaisirs de la Danse » proposait trois types de ballets différents, danses anglaises aux racines rustiques, ballet de cour français, pour terminer avec les célèbres Folies d’Espagne, le tout entrecoupé d’interludes instrumentaux. L’agilité des danseurs était plutôt plaisante à voir, mais il manquait à cette compagnie ce soir une cohésion plus aboutie, un ensemble plus parfait, ce qui a donné une représentation somme toute plutôt moyenne. De plus, à ne pas choisir entre les différents styles de danse, on finit par ne présenter qu’un échantillon un peu court en bouche. Mieux aurait peut-être velu monter un spectacle de ballet français, ce qui, même si les danseurs semblaient plus à l’aise dans les menuets et rigaudons à l’anglaise, aurait constitué un programme plus cohérent par rapport au reste du festival. Quant aux Folies d’Espagne, plombées par un ensemble instrumental à la cohésion médiocre, elles se seront avérées plutôt soporifiques.

La soirée n’était heureusement pas terminée, et les courageux qui désiraient poursuivre la fête se voyaient reproposer les trois spectacles entre lesquels ils avaient dû faire un choix quelques heures plus tôt. Nous avons cette fois décidé d’assister à Je me sers d’animaux pour instruire les hommes, divertissement théâtral conçu par la compagnie Aigle de Sable autour des fables de La Fontaine. Le spectacle met en scène La Fontaine (même si son nom n’est jamais explicitement prononcé) hésiter pendant toute la représentation à sortir de chez lui pour se rendre au salon de sa protectrice Madame de la Sablière où il aurait à rencontrer, et à affronter dans l’art de la conversation les grands esprits de son temps. Sa servante le raisonne, le fait répéter ses fables, le malmène, récolte quelques coups au passage, mais finit par convaincre son maître d’aller se frotter à ses rivaux, et se révèle être une aussi bonne diseuse de fables que lui. Rehaussé par la gracieuse présence d’une harpiste, ce spectacle n’est pas une simple succession de fables contées avec talent, il possède une force théâtrale propre, portée par deux acteurs énergiques et éloquents. La simplicité du dispositif permet de concentrer l’attention sur le texte et sur le jeu des acteurs, et il se dégage poésie et douceur de ce spectacle vespéral donné en petit comité, qui est une magnifique manière de clore cette journée baroque bien remplie.

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- Le Touquet Paris-Plage
- Palais des Congrès
- 17 février 2012

- Nueva Espana : musique baroque du Nouveau Monde
- Ensemble Mare Nostrum : Nora Tabbush, soprano ; Quito Gato, guitare et vihuela ; Andrea De Carlo, viole de gambe et direction

- Les Plaisirs de la Danse
- The New York Baroque Dance Company. Catherine Turocy, direction
- Le Concert Royal : Johanna Novom, Satomi Watanabe, violon ; Morgane Eouzan, flûte ; Eric Smith, viole de gambe ; James Richman, clavecin et direction

- Je me sers d’animaux pour instruire les hommes
- La Compagnie Aigle de Sable






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