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Festival international de quatuors à cordes du Luberon 2011 : le Quatuor Antarès

mercredi 21 septembre 2011 par Gilles Charlassier

Il est des lieux mythiques sur lesquels il ne peut être fait l’impasse. L’abbaye de Silvacane, amphitryon consacré du festival de piano tout autant que de celui de quatuor à cordes, est de ceux-là. En cette fin d’après-midi estivale, le Quatuor Antarès propose un triptyque à l’apparence contrastée, enserrant l’unique essai inachevé dans le genre de Rachmaninov entre deux monuments du classicisme viennois.

Le Quatuor n°15 de Mozart se soustrait à l’apollinisme usuellement attaché à l’époque, empruntant ses élans tourmentés au préromantisme contemporain. Il est tentant de succomber au dramatisme de l’écriture. Les Antarès privilégient une lecture plutôt retenue. Le son, homogène, équilibre l’ensemble des pupitres. Si le premier violon emmène généralement la mélodie, ses partenaires ne se cantonnent nullement à un rôle secondaire. Cela s’avère sensible dans le finale, génial mouvement à variations. Celle confiée à l’alto condense une remarquable expressivité, bouleversant la hiérarchie des solistes que l’on croyait alors consacrée.

Plus connu pour ses éclats pianistiques, Rachmaninov laisse deux mouvements pour quatuor à cordes. Si la Romance trahit l’influence de Tchaïkovski sur le jeune compositeur, le Scherzo n’est pas exempt de maladresses, en dépit d’un trio avenant. Entre la séduction de l’Occident et les stigmates de l’éternel Russie, les interprètes de ce soir ont tranché en faveur des appétits de reconnaissance internationale, modérant les ardeurs du stéréotype de l’âme russe passionnée.

La soirée s’achève avec le Quatuor opus 76 n°5 de Haydn. C’est une œuvre de la dernière manière, manifestant un art et un humour consommés. L’Allegretto initial brille par sa concision, et une admirable mobilité modulatoire. Le Largo cantabile e mesto séduit par sa délicatesse. Le Menuetto, à la vivacité encore contenue, éclate en un finale Presto que n’aurait pas renié le premier Beethoven. Mais le maître, bien qu’affublé d’une femme acariâtre, ne fait subir aucune des sautes d’humeur idiomatiques de l’élève. Les traits humoristiques inauguraux font place à une écriture en mouvement perpétuel étourdissante où chacun des membres de la formation a une tribune pour montrer sa verve.

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Quatuor Antarès
© Sonia Soldati

En guise de bis, on donne l’Adagio du Quatuor KV156. Ruggiero Capranico, premier violon, se lève, et explique à l’assistance que la première version du mouvement lent de ce quatuor milanais – le compositeur était encore un adulescent – n’avait pas trouvé grâce aux yeux de son père, qui lui demanda de rééquilibrer les parties, le premier violon lui semblant trop prima donna. C’est la version originale que les Antarès réhabilitent : la cantilène délicate soutenue par les trois autres pupitres révèle plus de sensibilité que Léopold Mozart ne le prévoyait.

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- La Roque d’Anthéron
- Abbaye de Silvacane
- 25 août 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Quatuor n°15 KV 421 en ré mineur opus 10 n°2
- Sergueï Rachmaninov (1873-1943), Romance et Scherzo
- Josef Haydn (1732-1809), Quatuor opus 76 n°5 en ré majeur
- Quatuor Antarès, Ruggiero Capranico premier violon, Dania Draga second violon, Agnès Domergue, alto, Cécile Nicolas violoncelle











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