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Festival international de Colmar 2009 : Denis Matsuev et la Truite

vendredi 14 août 2009 par Anne-Sophie Lang
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Denis Matsuev
DR

La chapelle Saint Pierre de Colmar était le lieu idéal pour ce concert de fin de journée. Accompagné par le chant des oiseaux, le pianiste Denis Matsuev entrait en scène pour un demi-récital schubertien où sa virtuosité empreinte d’une réelle justesse vis-à-vis de la partition aura su ravir tous ceux qui ne résument pas la musique à un simple exercice de dextérité. Matsuev a en effet, à notre plus grande satisfaction, fait montre de ses grandes qualités d’interprète là où d’aucuns au long de ce festival se sont limités à un étalage de technique et de virtuosité sans âme. Pour la seconde partie du concert, celui qu’on qualifie de « nouvel Horowitz » était rejoint par quelques uns de ses compatriotes pour clore sur une Truite sympathique mais hétérogène.

C’est donc avec l’Impromptu et la Sonate pour piano de Schubert que Denis Matsuev entre en action : sa volonté de donner un sens au discours musical et la fluidité de son jeu sur le clavier permettent de faire ressortir toute la quintessence de ces œuvres. Il sait en outre donner la juste intensité à chaque note. On pourra lui reprocher cependant un certain automatisme dans les passages les moins vifs, qui donne une impression de manque de conviction et d’une pointe de nonchalance. De même, la subtilité d’ordinaire palpable est moins flagrante dans les aigus. La qualité de l’interprétation allant crescendo, nous assistons à un andante et un allegro vivace finaux éclatants, où s’allient la technique irréprochable de Matsuev et sa détermination à faire vibrer l’instrument.

La Truite de Schubert proposée en seconde partie appelle une critique plus nuancée. Malgré des musiciens de qualité, ceux-ci se montrent inconstants dans leur engagement et leur interprétation. Matsuev reste très impliqué dans son jeu, ce qui se ressent fortement du point de vue de la dynamique globale, sans pour autant écraser le quatuor de cordes. Le contrebassiste Grigory Kovalevsky nous offre une interprétation propre, avec un vibrato chaleureux, ni trop nerveux ni trop lâche, ainsi qu’une sonorité généreuse et homogène. Au violon, on retrouve un Vladimir Spivakov coopératif mais qui a tendance à adopter un jeu trop orgueilleux et exagérément présent dans ses prises de thème. Svetlana Stepchenko produit un jeu de qualité mais semble en arrière plan : l’alto est absorbé par le violon. On déplorera surtout le violoncelliste Yuri Loevsky qui reste trop discret, même dans ses solos, ce qui n’empêchera cependant pas un très beau duo alto/violoncelle dans l’andante. L’impression globale laissée par ce quintette réuni pour l’occasion reste assez positive, avec une réelle osmose se créant entre les musiciens, mais une interprétation manquant encore un peu de passion. Le scherzo et ses premières mesures plus animées voient un regain d’engagement parmi nos interprètes mais une mise en place perfectible se fait ressentir vers la fin du mouvement. S’ensuit le quatrième mouvement (thème et variations) avec un violoncelle plus présent mais toujours pas suffisamment. Kovalevsky, maintenant son ascendant sonore, insuffle esprit et légèreté en dansant littéralement avec son instrument. Et si le violon montre malheureusement quelques faiblesses dans les attaques et l’homogénéité de l’archet, la cohésion de l’ensemble demeure certaine, et les musiciens globalement impliqués. A la fin du mouvement, le violoncelle s’anime à nouveau pour notre plus grand plaisir. Le mouvement final, l’allegro giusto, est plus majestueux : contrebasse chantante, alto et violoncelle plus présents, complicité entre Spivakov et Matsuev. Les mesures finales donnent hélas lieu, et on commence à y être tristement habitués, à une débauche de triomphalisme sur la partition d’un Spivakov se plaisant décidément à montrer une détermination exacerbée à donner un éclat surdimensionné et déplacé à la fin des œuvres et des concerts : il en ressort un certain manque d’humilité dont les autres musiciens ne font heureusement pas preuve en ne rentrant pas dans ce jeu exubérant, où Spivakov écrasant son archet produit un son sec et peu flatteur quant on sait ce dont il est pourtant capable.

Le concert demeure agréable dans l’ensemble, en premier lieu grâce à un Matsuev fidèle à lui-même avec un jeu d’une qualité constante et remarquable, aussi bien dans sa première partie soliste que dans la musique de chambre. Si Stepchenko et Loevsky offrent une musique correcte mais trop discrète, et si Spivakov assure le service sans grande surprise dans le bon comme dans le moins bon, la Truite de ce soir n’aurait su être si enthousiasmante sans la qualité d’interprétation de Matsuev et la contrebasse enjouée d’un Kovalevsky plein d’alacrité.

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- Colmar
- Chapelle Saint Pierre
- 13 juillet 2009
- Franz Schubert (1797-1828), Impromptu pour piano en sol bémol majeur op. 90 n°3 D 899 ; Sonate pour piano en la mineur op. 143 D 784
- Denis Matsuev, piano
- Franz Schubert (1797-1828), Quintette pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse en la majeur D 667, « La Truite »
- Vladimir Spivakov, violon
- Denis Matsuev, piano
- Svetlana Stepchenko, alto
- Yuri Loevsky, violoncello
- Grigory Kovalevsky, contrebasse











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