ClassiqueInfo.com




Festival de l’Eté mosan 2010 : le Quatuor Cordis

lundi 6 septembre 2010 par Richard Letawe
JPEG - 104.7 ko
Quatuor Cordis
DR

Un des plus anciens festivals musicaux belges, le Festival de l’été mosan, pour sa 34ème édition cette année, se tenait de la mi-juillet au début de septembre. Une majorité des 19 concerts étaient organisés dans la vallée de la Meuse, du côté de Dinant, mais le festival fait traditionnellement des escapades plus lointaines, à Orp-le-Grand, Biesmes ou Walcourt par exemple. Pour son avant-dernier concert, le festival faisait étape au point le plus occidental de son parcours, le village de Ragnies dans l’entité de Thuin, qui abrite la distillerie de Biercée, bien connue pour sa célèbre Eau de Villée, l’une des meilleures eaux de vie de Belgique. Distillerie dont l’une des granges très joliment restaurée constitue une très belle salle de concert occasionnelle, où se pressait en ce dimanche pluvieux un public nombreux, venu entendre le Quatuor Cordis.

Formé au Conservatoire royal de Bruxelles, le Quatuor Cordis est de formation très récente, puisqu’il donnait son premier concert complet ce dimanche. Ses membres sont les élèves du Quatuor Artemis à la Chapelle musicale Reine Elisabeth et suivent également l’enseignement du Quatuor Danel, ce dont notre confrère Carlos Tinoco a rendu compte dans nos colonnes, on peut avoir pires parrains que ceux-là…

Ils entament leur concert avec la Quatuor Op.33 n°2 de Haydn, qui donne déjà de belles indications sur les qualités de cet ensemble très équilibré, à l’intonation très sûre et aux sonorités plutôt flatteuses. Le premier mouvement, où le premier violon fait preuve de maîtrise d’une belle autorité, est abordé avec beaucoup de respect, et un sérieux un peu académique, qui tend à couper les ailes de la fantaisie d’écriture de Haydn. Le Scherzo en revanche ne manque pas de malice et se révèle extrêmement séduisant avec ses rythmes bien marqués et un trio dans lequel le premier violon insiste sur le notes liées, créant un petit effet tzigane délibérément humoristique. Le troisième mouvement est plus décevant : violoncelle et alto sont assez raides dans les premières mesures, le jeu d’ensemble est parfois hésitant, et l’interprétation est assez plate, chantant d’une manière un peu étriquée. On y note cependant une deuxième violon au jeu ferme et impliqué. A part quelques flottements du primarius, le finale est très satisfaisant, globalement bien assuré, avec une succession de fausses fins amenée sans lourdeurs.

L’interprétation de ce quatuor de Haydn est donc correcte et agréable, mais d’un intérêt un rien sporadique, ce qui n’est pas le cas, du Quatuor Op.18 n°1 de Beethoven, dont l’interprétation est bien plus probante, montrant plus de personnalité et de maîtrise. Plein de caractère, le premier mouvement est justement joué con brio, respirant l’aisance, la puissance et la confiance. La cohésion de l’ensemble est excellente, permettant une réelle émulation des quatre instrumentistes, avec un primarius noble et hardi, un violoncelle sonore et subtil, et des voix intermédiaires éloquentes, qui n’ont pas crainte de s’affirmer, rendant l’écoute de chaque plan sonore particulièrement intéressante. L’Adagio révèle la maturité qu’a déjà atteinte le Quatuor Cordis, qui en donne une lecture éminemment chaleureuse et passionnée, très mordante, et n’hésitant pas à lui donner un caractère résolument tragique, mais sans verser dans la surcharge expressive ; le jeu du vibrant altiste Istvan Loga y est convaincu et très touchant. Les Cordis n’ont pas encore tout à fait l’endurance qui leur permettrait de continuer sur les mêmes sommets : les deux mouvements suivants pêchent par de baisses de tension et par une virtuosité plus scabreuse, avec un scherzo assez mou, à l’articulation un peu pénible, puis un Allegro final énergique et déterminé, mais où l’intonation est quelque fois déficiente. Une version aux résultats contrastés en définitive, mais dont les deux mouvements initiaux valaient vraiment la peine d’être entendus pour leur côté crâne et la passion qu’y ont mise les interprètes.

C’est le Quatuor n°2 de Borodine qui termine ce concert, une œuvre que les Cordis jouaient déjà lors de leur concert partagé avec le Quatuor Amôn et le Trio Milonga. Notre confrère a très justement écrit les limites de cette lecture prudente et assez raide, qui manque de rayonnement et de fantaisie. Signalons cependant qu’ils en livrent une version très honorable, sans problème technique majeur, et que les Cordis n’ont commencé à travailler ce quatuor que quelques semaines avant ce concert. On peut donc constater que la base est prometteuse, la fréquentation de l’œuvre à l’avenir permettra au Quatuor Cordis de s’y affirmer d’une façon plus libérée.

On retrouvera le Quatuor Cordis en Belgique en mai prochain en clôture du Festival de Lasne le 22. Au programme : les Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn et le Quatuor Op.132 de Beethoven.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Ragnies
- Distillerie de Biercée
- 29 août 2010
- Joseph Haydn (1732-1810), Quatuor n°30 en Mi bémol majeur Op.33 n°2 « la Plaisanterie »
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor n°1 en Fa majeur Op.18 n°1
- Alexander Borodine (1833-1887), Quatuor à cordes n°2 en Ré majeur
- Quatuor Cordis : Daniel Kuzmin, violon I ; Jolanta Iwaniuk, violon II ; Istvan Loga, alto ; Aubin Denimal, violoncelle






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 825052

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique de chambre   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License