ClassiqueInfo.com



Festival de Wallonie 2010 : Concert de gala à Bruxelles

lundi 14 juin 2010 par Richard Letawe
JPEG - 30.1 ko
Vadim Repin
© Kasskara

Pour sa trente-neuvième édition, le Festival de Wallonie 2010 a pris prétexte du trentième anniversaire de la création des exécutifs régionaux en Belgique pour célébrer la Région wallonne à travers les nombreux compositeurs originaires de Wallonie qui pour la plupart d’entre eux se sont exportés un peu partout en Europe depuis la fin du Moyen-Age.

Les nonante concerts organisés par les six festivals fédérés par le Festival de Wallonie feront donc une large place dans leur programmation aux compositeurs wallons, des plus anciens comme Johannes Ciconia, Gilles Binchois, Johannes Ockeghem, Matheo Romero ou Roland de Lassus, à Henry Du Mont, maître de chapelle de Louis XIV, François-joseph Gossec et André-Modeste Grétry qui eurent une place prépondérante en France à la fin de l’Ancien Régime et pendant la Révolution, en passant par les illustres liégeois du XIXème siècle, César Franck, Henri Vieuxtemps et Guillaume Lekeu, plus tard Eugène Ysaÿe et Joseph Jongen pour arriver aux contemporains André Souris, Pierre Bartholomée ou Benoît Mernier.

De tradition, le Festival de Wallonie présente à Bruxelles en un week-end au début de juin un concentré de la programmation prévue dans les six festivals au cours des mois suivants. Innovation cette année, le week end d’ouverture se tiendra à Namur le 19 et 20 juin avec Ali au Pays des Merveilles, un spectacle conçu par Mousta Largo et un concert en plein air mêlant Maurane et Julos Beaucarne, l’invité d’honneur du festival, jazz et classique, Milhaud, Gershwin, Elington et Ravel. Bruxelles n’est cependant pas oubliée, avec un concert de gala où l’on retrouvait l’Orchestre Philharmonique de Liège et un invité de prestige, le violoniste Vadim Repin.

L’OPL reprenait dans ce concert une partie d’un programme 100% belge joué deux semaines auparavant à Liège, où on entendait Les Eolides de César Franck, le concerto pour violon de Philippe Boesmans et La Mer de Paul Gilson. Le concert aurait dû être dirigé par François-Xavier Roth, mais suite à son départ précipité vers d’autres cieux, c’est le britannique Stefan Asbury qui reprenait les rênes. Pour cette soirée bruxelloise, le Concerto pour violon de Tchaïkovski remplaçait celui de Boesmans.

Dans Les Eolides, la direction du chef est souple et claire, mais manque cruellement de tension et de relief, essentiellement dans la partie centrale, qui est ici survolée sans créer aucune atmosphère. Pourtant, que l’orchestre joue bien, trouvant tout de suite la manière de rendre les harmonies franckistes, et révélant d’instinct, malgré la conduite pépère de Stefan Asbury la parenté avec la Symphonie en ré mineur, qui reprendra de nombreuses tournures de ces Eolides, ce qui a été rarement rendu de façon aussi frappante que ce soir.

Place ensuite à la star de la soirée Vadim Repin. Comme on a pu le remarquer quelques fois dans ces colonnes, celui-ci a ses jours avec et ses jours sans. Manifestement, aujourd’hui est un jour sans. On ne peut guère lui reprocher de jouer mal, ou faux, ou vulgairement- il assure toujours de façon impeccable- mais son manque d’entrain et d’investissement est tout à fait déprimant. On aimerait un jeu conquérant, des phrasés ambitieux, une interprétation qui prenne des risques et qui surprenne, mas on entend un violoniste qui joue platement, se contente du minimum requis, dans un son épais, au vibrato bien trop large, terne dans le premier mouvement, et qui hache la canzonetta en ne donnant jamais sincérité, profondeur et ampleur à ses phrasés. Sans être flamboyant, il assure cependant dans le finale, au tempo plus risqué et à l’expression un peu plus enthousiaste. Reste quand même un gros sentiment de trop peu de cette interprétation fonctionnelle et blasée, au cours de laquelle l’orchestre a pourtant encore une fois très bien joué, offrant un accompagnement souple et précis à un soliste qui ne manifestait pas un très grande envie de dialoguer. Acclamé par un public très enthousiaste- on en comprend d’ailleurs les raisons, car il a donné une version très calibrée, professionnelle et sans accrocs, avec juste ce qu’il faut de peps pour allumer le dernier mouvement, mais il peut pourtant tellement plus et mieux quand il a décidé de libérer son tempérament- Vadim Repin est rappelé plusieurs fois sur scène, mais n’accorde pas de bis.

Jusqu’ici assez décevant, le concert est cependant terminé en beauté par l’œuvre d’un véritable belge, Paul Gilson, né à Bruxelles d’un père wallon et d’une mère flamande. La Mer qu’il compose en 1891-92 en s’inspirant des vers du poète Eddy Levis n’a rien à voir avec l’œuvre éponyme de Debussy, sinon son thème et de vastes dimensions. Plutôt conservateur, Gilson compose quatre mouvements d’une musique assez descriptive, simple et accessible, à l’orchestration solide et à l’écriture inspirée, notamment dans le troisième mouvement, Crépuscule, qui évoque avec talent et poésie le coucher du soleil sur les flots.

Mené par une baguette attentive, l’OPL se montre remarquablement incisif. Tous les pupitres, précis et enthousiastes semblent en pleine forme, et quelques solistes, dont le cor anglais au cours du troisième mouvement, jouent avec beaucoup de grâce. On évite également la lourdeur dans le deuxième mouvement, aux rythmes entraînants de danses de matelots, mais qui pourrait être pompeux et fracassant avec un orchestre moins soigneux.

Nous évoquerons dans un prochain article la programmation du Festival de Wallonie. Nous donnons donc simplement ici la liste des festivals qui le composent dans l’ordre chronologique.

Festival musical de Namur : du 19 juin au 17 juillet. Guy Van Waas et Les Agrémens, Ensemble Clematis, Hélène Schmitt, Chœur de Chambre de Namur,…

Juillet musical de Saint-Hubert : du 30 juin au 01 août. Orchestre National de Belgique, Huelgas Ensemble, Les Witches, Quatuor Danel, Vitaly Samoshko…

Festival de Stavelot : du 30 juillet au 14 août. Marie Hallynck, Henri Demarquette, Giovanni Bellucci, Quatuor EbèneNuits de Septembre : à Liège du 03 septembre au 03 octobre. Musiques Nouvelles, Psallentes, Hespèrion XXI, Jordi Savall

Festival de Wallonie-Hainaut : du 11 septembre au 12 octobre. Orchestre de chambre de Wallonie, Plamena Mangova, Quatuor Alfama…

Festival musical du Brabant Wallon : du 17 septembre au 15 octobre. Ensemble Organum, Bernard Foccroulle, Arsis4…

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- César Franck (1822-1890), Les Eolides, poème symphonique
- Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Concerto pour violon en Ré majeur Op.35
- Paul Gilson (1865-1942) , La Mer, esquisses symphoniques pour orchestre, d’après un poème d’Eddy Levis
- Vadim Repin, violon
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Stefan Asbury, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550616

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License