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Festival de Wallonie 2009 : l’ONB somnole à Soignies

lundi 19 octobre 2009 par Richard Letawe
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Lorenzo Gatto
© José-Noël Doumont

Ce concert du Festival de Wallonie Hainaut se déroule dans la Collégiale Saint-Vincent de Soignies, très belle église de style roman, dont le gros de la restauration a été récemment achevé. Elle se révèle trop petite pour l’occasion, et nous trouvons dès lors place dans une galerie en hauteur, où un écran géant a été installé.

L’acoustique est correcte, en dépit d’une réverbération assez forte, mais il est clair que l’ambiance dans cette galerie est bien différente de celle de la nef. Relégué à côté du concert, un auditeur de la galerie s’y sent exclu, car il ne peut rien en voir du tout, si ce n’est en regardant l’écran. Même quand on est très mal placé dans une salle, derrière une colonne d’où on ne voit qu’une partie de l’orchestre, où très éloigné, on ressent plus l’ambiance du concert et la présence concrète des musiciens que via cet écran qui semble très artificiel. L’implication, la concentration des auditeurs en pâtissent, de plus la réalisation n’est pas à la hauteur de l’enjeu : les cadrages sont souvent hasardeux, les plans mal choisis, et le réalisateur abuse d’effets de transitions entre les plans qui semblent sortis d’un économiseur d’écran d’ordinateur. Bonjour le mal de mer !

Le programme est sans risque, avec l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été, le Concerto pour violon de Sibelius, et la Symphonie pathétique de Tchaïkovski. Pour l’interpréter, l’orchestre National de Belgique est placé sous la direction d’Eivind Aadland, l’un de ses chefs invités privilégiés, dont on se souvient qu’il avait brillamment remplacé au débotté Mikko franck il y a quelques années pour mener à son terme une intégrale couplées des concertos pour piano de Beethoven et des symphonies de Brahms.

L’ouverture de Mendelssohn laisse une légère impression de routine : elle est correctement dirigée, mais sans surprise et sans guère de poésie. Malgré des cordes agiles et lumineuses, l’orchestre est plutôt massif, et produit quelques fins de phrases assez relâchées.

La Belgique a décidément beaucoup de chance avec ses jeunes violonistes : après Yossif Ivanov qui avait conquis la deuxième place du Concours Reine Elisabeth 2005 derrière l’intouchable Sergei Katchatryan, c’est Lorenzo Gatto qui a obtenu le même classement au concours de cette année. Alors que le pays avait été longtemps sevré de beaux résultats à ce concours si important dans la vie musicale belge, obtenir ces deux accessits coup sur coup est une belle promesse pour le futur.

Lorenzo Gatto est un musicien très sensible, dont les prestations se distinguent plus par leur musicalité et leur expressivité que sur le strict plan de la virtuosité. Le concerto de Sibelius de ce soir en est l’illustration, avec deux premiers mouvements délectables, où la pureté d’intonation du violoniste, son jeu fougueux, ses phrasés d’une généreuse ampleur sont particulièrement appréciables. L’adagio surtout est d’une intensité brûlante, le soliste s’y consume, lyrique et fragile à la fois, tout en conservant toujours une finesse de trait remarquable. Le finale manque en revanche de panache et de maîtrise. Lorenzo Gatto commet quelques dérapages et connaît des problèmes de justesse. Trop prudent, fragilisé, son jeu manque d’ardeur ; la sonorité reste belle, mais on souhaiterait quelque chose d’un peu plus rauque et corsé dans ce finale qui peine à transporter l’auditoire.

Malgré des cuivres fort lourds dans le dernier mouvement, l’accompagnement de l’ONB est plutôt réussi, qui parvient à être oppressant et mordant sans écraser le soliste. Ce sera sa meilleure prestation de la soirée, qui se termine par une Symphonie pathétique d’une indifférence coupable. Il n’y a pourtant pas grand-chose à reprocher à cette lecture appliquée et bien en place, mais qui a cruellement manqué de souffle, de nécessité et de détermination. Le chef a bien cherché à donner une lecture fine et équilibrée, d’esprit chambriste au premier mouvement, ce qui aurait pu être intéressant, mais il s’est heurté à l’apathie d’une orchestre dont la sobriété s’est trop souvent muée en froideur. Mieux réussis, les deux mouvements centraux sont relativement intéressants : un allegro con grazia superficiel mais élégant, suivi d’un scherzo assez mordant, et qui ne manque ni de tension ni de puissance. Tout cela pour arriver à un dernier mouvement qu’on n’aura jamais entendu aussi survolé et indifférent que ce soir, tant par le chef qui ne creuse rien, que par l’orchestre, au style redoutablement administratif. La musique est survolée, aucun émotion n’émane de la partition, les phrasés sont inhabités, l’orchestre sonne creux. La qualité instrumentale y est pourtant, mais c’est au service d’un grand vide, même pas fastidieux, car cette lecture n’est ni pesante ni apathique, mais véritablement sans investissement et sans passion.

Un concert décevant donc. Le choix des oeuvres n’était certes pas des plus stimulants, mais même le plus beau des programmes ne saurait de toute façon être intéressant sans un minimum d’implication des exécutants [1].

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- Soignies
- Collégiale Saint-Vincent
- 01 octobre 2009
- Félix Mendelssohn (1809-1847), Ouverture du Songe d’une nuit d’été
- Jean Sibelius (1865-1957), Concerto pour violon en ré mineur Op.47
- Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°6 en si mineur « pathétique » Op.74
- Lorenzo Gatto, violon
- Orchestre National de Belgique
- Eivind Aadland, direction

[1Parmi eux nous ne plaçons en tout cas pas Lorenzo Gatto, qui lui a joué avec beaucoup de cœur






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