ClassiqueInfo.com



Festival de Wallonie 2009 : Judas Maccabeus à Nivelles

mercredi 30 septembre 2009 par Richard Letawe

Le Festival de Wallonie, dont la 38ème édition se déroule cette année, regroupe six des principaux festivals musicaux du Sud de la Belgique. Le festival débute traditionnellement en juin par deux jours de présentation du programme à Bruxelles, avant de prendre son envol avec le Festival musical de Namur, le Juillet musical de Saint-Hubert, puis en août avec le Festival de Stavelot. En septembre, trois festivals se déroulent quasi simultanément, avec le Festival du Brabant Wallon, les Nuits de Septembre à Liège, et le Festival de Wallonie Hainaut.

JPEG - 14.5 ko
Soledad de la Rosa
DR

Ayant pris cette année pour titre Britannia, le Festival de Wallonie met bien sûr la musique anglaise à l’honneur. Vaugan Williams, Elgar, Britten, Byrd, Tallis figurent donc en nombre dans les programmes, de même que les jubilaires de l’année, Haendel, Haydn, Mendelssohn, qui tous ont eu des attaches, très fortes pour le premier cité, avec la Grande Bretagne.

Judas Maccabeus est l’une des œuvres phares de ce festival, jouée à trois reprises, à Liège, Tournai et ce soir à Nivelles, en présence de James Bowman, le parrain de cette édition du festival.

Avec quatre chanteurs solistes sur cinq et le chef, l’équipe est largement d’origine argentine, complétée par un ténor japonais. Cette distribution est tout à fait à la hauteur de l’enjeu, et procure même d’intenses satisfactions. Dans le rôle de Judas, Makoto Sakurada est brillant, puissant et autoritaire, la diction est belle, les aigus purs et lumineux. A peine peut-on lui reprocher des vocalises quelque peu mécaniques, mais ce défaut, qui s’estompe d’ailleurs au fil de la soirée, n’entache en rien le brio de sa prestation. Plus en retrait, et peu utilisé d’ailleurs, le contre-ténor Fabian Schofrin, à la voix plutôt blanche mais au chant très mélodieux et aux aigus transparents ; le problème vient de son appréhension à prononcer le « th » anglais, qu’il transforme en un chuintement disgracieux, particulièrement sensible dans son aria « Father of heaven », dont on dirait qu’il le chante avec un appareil dentaire fraîchement posé. Dernier homme de la distribution, la basse Alejandro Meerapfel, dont l’émission est assez nasale, et l’anglais fleuri, mais dont le chant est conduit avec beaucoup d’assurance, une sorte de sérénité majestueuse qui convient bien aux airs qui lui sont dévolus ; il dispense également quelques très beaux aigus (cf. « Pious orgies »).

La pimpante Marianna Rewerski est à créditer d’une bonne prestation, tout juste entachée d’un léger manque de projection. Pour le reste, le timbre est clair, la ligne de chant souple, élégante et stylée. Utilisée essentiellement dans les nombreux duos de la partition, elle est parfaitement en accord avec sa partenaire soprano.

Celle-ci, Soledad de la Rosa est la grande révélation de la soirée. Son timbre est radieux, ses aigus sont d’une pureté insolente, sa technique vocale lumineuse, et ses phrasés sont d’une délicatesse exquise. On attend le miracle de chacune de ses interventions, qu’elle accomplit avec une honnêteté et une simplicité qui feraient fondre le cœur le plus froid. A ce stade de sa carrière, elle n’a pratiquement chanté qu’en Argentine, où elle a remporté de nombreux succès. Gageons que si les directeurs artistiques d’Europe et des Etats-Unis ont la moindre compétence, elle devrait faire une superbe carrière internationale à l’avenir.

Pour entourer cette brillante équipe de solistes, ce sont les forces namuroises qui sont sollicitées avec les Agrémens et le Chœur de Chambre de Namur. Le Chœur de Chambre de Namur représente avec le Collegium Vocale de Gand le nec plus ultra de la musique chorale en Belgique. Ce soir encore, la beauté et la justesse des voix individuelles, la diction précise, la clarté polyphonique et la respiration commune de ces vingt chanteurs qui ont la puissance d’un grand chœur symphonique mais la finesse d’une équipe de madrigalistes, sont un ravissement à chaque instant.

L’ensemble instrumental Les Agrémens est en grande formation ce soir, et offre un soutien inspiré aux chanteurs, grâce à sa virtuosité technique (les solos instrumentaux sont dans l’ensemble excellents), et à sa richesse de sonorités. A sa tête, Leonardo Garcia Alarcon livre une direction inspirée, précise et rythmée mais jamais sèche, privilégiant la couleur orchestrale, le lyrisme et la beauté des phrasés. Le chef prend l’œuvre au sérieux, et met en relief des subtilités auxquelles on n’associe pas nécessairement cette partition qu’on réduit trop souvent à ses aspects solennels et cocardiers. Juda Maccabeus est pourtant une œuvre de valeur, à la composition soignée et aux parties chorales magnifiques, qui apporte un contentement simple et généreux lorsqu’elle est présentée avec finesse comme c’est le cas ce soir.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Nivelles
- Collégiale Sainte-Gertrude
- 23 septembre 2009
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Judas Maccabeus. Oratorio en trois actes HWV 63.
- Soledad de la Rosa, soprano
- Mariana Rewerski, mezzo-soprano
- Fabian Schofrin, contre-ténor
- Makoto Sakurada, ténor
- Alejandro Meerapfel, basse
- Chœur de Chambre de Namur
- Les Agrémens
- Leonardo Garcia Alarcon, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550616

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique vocale et chorale   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License