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Festival de Wallonie 2009 : England, Sea & China

lundi 2 novembre 2009 par Thomas Desmet
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Marie Hallynck
DR

Le programme de ce concert, qui clôt à Louvain-la-Neuve l’édition 2009 du Festival du Brabant Wallon est ambitieux. Quatre œuvres composées dans des contextes très différents vont se succéder, réunies par leur thème commun : celui de la Nature. [England, Sea & China], le titre du concert, devient pour les organisateurs le moyen de susciter une réflexion sur la Nature comme source d’inspiration, par delà les époques et par delà les mers.

Sous la baguette de Théodor Gushlbauer, qui remplace la chef d’orchestre Xian Zhang malheureusement indisponible, l’Orchestre National de Belgique inondera bientôt la salle d’une multitude d’émotions. Quel contraste, en effet, entre les œuvres interprétées ! Du romantisme de Mendelssohn à la fougue de notre contemporain Zhang, en passant par les univers de Debussy et de Britten, ce sont pratiquement deux siècles de création musicale qui se retrouvent condensés dans un coude à coude musclé. Et cette succession d’œuvres, de toute évidence assez brutale, ne pouvait fonctionner qu’à condition de garder à l’esprit l’élément naturel comme clé de voûte du concert.

Ce fut le cas des Hébrides, la première pièce interprétée. On raconte de cette ouverture qu’elle a pris forme dans l’esprit de Mendelssohn lors d’un voyage dans l’archipel des Hébrides, situé à l’ouest des côtes écossaises, en 1829 . Et plus particulièrement dans l’île de Staffa. La Grotte de Fingal, titre alternatif de cette pièce, a fourni au jeune compositeur allemand l’inspiration du thème principal de l’œuvre. L’admiration de la Nature et le respect qu’elle impose à l’homme romantique, seul face à l’immensité, se retrouvent dans l’imbrication de deux thèmes principaux, portés par les nuances expressives des cordes. L’interprétation de l’ONB a montré quelques lacunes de ce point de vue. La faible accentuation des nuances a rendu l’ensemble moins expressif que délicat, presque retenu, pudique. Le charme des Hébrides n’en a heureusement pas souffert, et ce fut pour le public une douce entrée en matière.

Le Concerto pour violoncelle de Hao-Fu Zhang a ensuite sorti les spectateurs de leur contemplation passive. Ce compositeur contemporain né en 1952 à Xian, au centre de la Chine, a réussi un véritable tour de force. Son concerto a démontré une extrême inventivité tout en gardant présent le lien avec la tradition. La variété des instruments à percussion, la présence de la soliste virtuose Marie Hallynck, et la synthèse d’influences réalisée dans le jeu des cordes ont donné à entendre des colorations à la fois riches et personnelles. Le jeu de l’orchestre a tout de suite paru décomplexé, rendant les nuances extrêmement communicatives. De la grâce touchante du violoncelle aux montées rageuses des membranophones et idiophones, la large palette de sons et de techniques a immédiatement contribué à faire de l’œuvre de Zhang une découverte remarquable. Comme le déclare le compositeur lui-même, « Dans ma musique, je voudrais trouver la sagesse analytique et le plaisir de l’originalité » [1]. Soit allier des influences orientales et occidentales, ce qui a été formidablement rendu ce soir.

Après la pause, le concert a repris avec La Mer, œuvre orchestrale incontournable de Debussy. Composée entre 1903 et 1905, La Mer comporte trois mouvements intitulés respectivement De l’aube à midi sur la mer, Jeux de vagues et Dialogue du vent et de la mer. Son inspiration provient du paysage de la côte d’Eastbourne, dans le sud de l’Angleterre, depuis laquelle Debussy a pu admirer la Manche. Le caractère aquatique est particulièrement bien rendu de manière auditive, notamment par l’utilisation de deux harpes, du triangle et du glockenspiel. Leur puissance évocatrice n’a pas rencontré son pareil dans les autres œuvres jouées. Le traitement des instruments donne la même importance à chaque section. Tout comme les éléments naturels semblent avoir été considérés avec la même importance.

Enfin, c’est avec l’œuvre de Benjamin Britten, Four Sea Interludes, que se termine la prestation de l’ONB. Cette suite orchestrale est issue du premier opéra du compositeur anglais, Peter Grimes, créé en 1944 et 1955. Elle nous plonge dans l’environnement inquiétant de ce pêcheur qui, persécuté par la communauté, sera poussé à prendre la mer pour fuir son village. L’évolution psychologique et l’inévitable tournure dramatique sont perceptibles dans la succession des interludes. Et L’aube, Dimanche matin, Clair de lune et Tempête, les titres des interludes, témoignent de la nature descriptive de l’œuvre de Britten.

Ce concert intitulé England, Sea & China suscitait donc, par sa démarche, un grand intérêt intellectuel. La réunion de ces quatre chefs d’œuvre, autour de la notion de Nature comme source d’inspiration, était une réussite. La présence de l’Orchestre National de Belgique garantissait une haute qualité d’exécution. Tous les ingrédients semblaient donc réunis pour marquer une soirée mémorable. Pourtant, alors que Theodor Gushlbauer salue son public pour la seconde fois, la chaleur des applaudissements est déjà retombée. Et les deux montées suivantes du chef d’orchestre sur scène ont clos la soirée dans un enthousiasme convenu.

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- Louvain-la-Neuve
- Aula Magna
- 10 octobre 2009
- Félix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847), Les Hébrides op.26
- Hao-Fu Zhang (né en 1952), Concerto pour violoncelle
- Claude Debussy (1862-1918), La Mer op. L 109
- Benjamin Britten (1903-1976), Four Sea Interludes, tirés de l’opéra « Peter Grimes » op. 33a
- Marie Hallynck, violoncelle
- Orchestre National de Belgique
- Theodor Gushlbauer, direction

[1http://www.musiquesnouvelles.com/index.php?rubrique=CHEMINS_D’IND%C9FINITION&document=Hao_Fu_Zhang_%3A_La_sagesse_analytique_et_le_plaisir_de_l’originalite






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