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Festival de Saintes 2009, le 13 juillet

jeudi 16 juillet 2009 par Benoît Donnet
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Kristian Bezuidenhout
© Paul Miller

Cette agréable soirée à l’Abbaye aux Dames juxtapose un programme entièrement consacré à Mozart et le deuxième concert du Quatuor Ysaÿe, où Debussy est mis à l’honneur aux côtés de Bartok. Répertoire varié pour des performances réussies.

C’est le pianiste Kristian Bezuidenhout qui tenait le haut de l’affiche au concert de 20h : il a participé à toutes les pièces présentées ce soir, seul dans la première partie, en compagnie de l’Orchestre des Champs Elysées de Herreweghe et de Carolyn Sampson dans la deuxième.

Musicien intelligent, fin, expressif et d’une grande humilité, Bezuidenhout a encore apporté ce soir le témoignage de ses qualités, en interprétant Mozart avec bonheur, élan spontané et réflexion réelle sous-jacente. Si quelques fausses notes se sont glissées très anecdotiquement dans le Rondo KV511 pour piano seul, oeuvre fluide et d’une grande richesse mélodique, les Variations ont été impeccablement exécutées et la musicalité de l’interprète compense de toute façon son éventuelle perfectibilité technique. Il faut d’ailleurs noter l’intérêt de ces très belles variations KV465 sur un thème de Gluck tiré de son air « Les hommes pieusement... », bénéficiant d’une variété de couleurs et de sections abondante et admirable.

La deuxième partie constituait aussi la première et fort discrète apparition au festival de sa phalange emblématique, l’Orchestre des Champs-Elysées, sous la baguette de la figure tutélaire de toujours Philippe Herreweghe, cantonné à un simple rôle d’accompagnateur. L’air de concert KV505, d’un lyrisme brillant et d’une virtuosité complexe, a aussi été pour Carolyn Sampson, la soprano britannique qui avait déjà ému les festivaliers dans un superbe récital Schubert en 2008, l’occasion de faire son entrée et de la réussir : engagement, technique, tout a été parfait dans sa courte mais mémorable prestation, qui a suscité les ovations du public. Dans le concerto n°17 comme dans cet air, l’orchestre a été efficace et discipliné, avec une section de cors très brillante et un son rond et plein fort agréable. Herreweghe a fait preuve d’une discrétion à toute épreuve et dirigé avec sérieux, professionnalisme et gravité, insufflant au concerto une dimension épique et tragique déjà beethovénienne. Bezuidenhout, jouant sur un pianoforte rond et assez puissant, mais peu adapté à une pièce concertante, a mené le jeu avec passion et économie de moyens, en allant droit au but, sans soulignements ni parti pris trop militants. L’efficacité de ce duo fait le charme de la prestation.

Le Quatuor Ysaÿe, déjà loué hier pour sa lecture exceptionnelle des quatuors de Ravel et Beethoven, a réitéré sa réussite dans Debussy et Bartok - couplage au demeurant moins étrange qu’il n’y paraît, car la parenté stylistique des deux compositions n’est pas à négliger, notamment sur le plan de la sonorité obtenue par les auteurs respectifs. Les interprètes ont souligné cette filiation en lisant l’oeuvre de jeunesse de Debussy comme une anticipation et un regard vers l’avenir, empreint de gravité et de tension, sans l’innocence soulignée hier dans l’oeuvre de
Ravel. Cette lecture moderniste et non pas « impressionniste » nous convainc et les Ysaÿe avaient quelque chose à dire dans cette oeuvre qu’ils jouent régulièrement dans le monde entier. Dans le sixième quatuor de Bartók, le dernier et le plus désespéré (non pas le plus dramatique), les musiciens ont le bon goût de ne rien souligner avec excès et de laisser s’exprimer une musique déjà assez chargée d’émotions par elle-même. Impeccable techniquement, leur exécution témoigne d’une compréhension « à quatre » qui fait la marque des plus grands quatuors : il suffit pour comprendre cette complicité de voir comment le thème cyclique d’abord énoncé par l’alto est enrichi et varié par ses trois collègues dans chaque début de mouvement...Ysaÿe, ce n’est pas la juxtaposition de quatre individus mais un individu à quatre cerveaux et à huit mains, et c’est bien le talent et le charme de cette formation, que nous regrettons de ne plus revoir dans la suite du festival.

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- Saintes
- Abbaye aux Dames
- 13 juillet 2009
- 20h00 : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Rondo en la mineur KV511 ; Variations en sol majeur sur « Unser dummer Pöbel meint » KV455 ; Air de concert « Ch’io mi scordi di te » KV505 ; Concerto pour piano n°17 en sol majeur KV453
- Carolyn Sampson, soprano
- Kristian Bezuidenhout, pianoforte
- Orchestre des Champs-Elysées
- Philippe Herreweghe, direction
- 22h30 : Claude Debussy (1865-1918), Quatuor en sol mineur ; Bela Bartók (1881-1945), Quatuor n°6 Sz 114
- Quatuor Ysaÿe






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