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Festival de Saintes 2009, le 11 juillet

mardi 14 juillet 2009 par Benoît Donnet
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Raphael Pichon
DR

Programme varié pour cette première journée complète du Festival de Saintes, où les messes brèves de Bach côtoient le répertoire symphonique romantique et la musique persane traditionnelle. Un très plaisant cocktail d’impressions musicales qui appelle la curiosité et, de fait, le commentaire.

Le concert de midi était consacré à deux oeuvres de Bach d’un genre particulier et généralement déprécié au sein de la production du compositeur : les messes brèves, composées à partir d’oeuvres antérieures - principalement des cantates sacrées, mais aussi profanes - remaniées et arrangées de façon à créer des pièces nouvelles d’une cohérence authentique. Le genre de la messe brève, à la fois dense et efficace, nous
semble parfaitement convenir à l’esthétique de Bach, qui mêle exubérance et austérité, et possède une vraie unité qui en fait tout le charme. Les deux œuvres présentées aujourd’hui, les BWV 234 et 235 (les 233 et 236 suivront), qui réemploient respectivement le matériau des cantates BWV 179 pour la première, BWV 102 (Kyrie), 72 (Gloria) et 87, sont de facture assez voisine et présentent un intérêt réel propre à satisfaire le mélomane et à combler le curieux. Des chœurs encadrent brièvement des airs pour voix soliste à l’intériorité plus intimiste : ainsi se structure la dualité canonique entre célébration et recueillement.

Les interprètes, tous très jeunes et d’un talent très remarquable, ont été excellents et se sont employés à faire revivre ces oeuvres un peu méconnues avec un enthousiasme communicatif, sous la direction concentrée et fort professionnelle de Raphaël Pichon, qui, à l’âge de seulement 25 ans, dirige avec l’autorité et la compétence d’un chef deux fois plus âgé. L’orchestre comme les choeurs n’appellent aucun véritable reproche, et les solistes ont été à la mesure : on signale en particulier la prestation toujours irréprochable de Damien Guillon, mais ses collègues ne déméritent pas face à lui. Si le premier concert du festival, hier soir, nous a laissé émettre quelques réserves, il n’en va pas de même pour cette éclatante réussite.

A 17h, c’est cette fois un programme symphonique, le premier du festival, qui se voit proposé aux mélomanes saintais : Andreas Spering prend les commandes du Jeune Orchestre Atlantique pour un concerto de Spohr et une symphonie de Mendelssohn. Compositeur dont la réhabilitation va bon train aujourd’hui, -réhabilitation qui nous semble un peu exagérée- Louis Spohr a écrit une musique élégante et saine, héritière d’une tradition classique qui se détourne délibérément de Beethoven et lorgne sur l’esthétique mozartienne, sans en atteindre le charme et la grâce. Son concerto pour violon n°9 est robuste, altier, et s’appuie sur une écriture extrême
virtuose pour le soliste, qui ne ménage aucune montée ou descente chromatique à un Alexander Janizcek mis en difficulté mais malgré tout convaincant, au son très pur.
On note que si les deux premiers volets restent éminemment traditionnels et peu surprenants, malgré leur facilité d’écoute, le troisième s’engage dans une voie plus « plébéienne » et moins précieuse, avec des accents de chanson populaire très amusants et réellement originaux.

Le JOA, sous la baguette poétique mais peut-être un peu exigeante de Spering, s’en est tiré avec les honneurs, en dépit de quelques couacs dans la symphonie Italienne de Mendelssohn, présentée ici dans sa première mouture de 1833, qui diffère principalement de la version "officielle" par certains agencements du scherzo et par les transitions du finale. L’orchestre, toujours vaillant et engagé, déploie une énergie attachante et tout à fait louable, qui compense largement la mise en place parfois un peu hésitante. Les cordes ont fait preuve d’une éclatante virtuosité, à l’instar des bois et peut-être plus que les cuivres, qui n’ont cependant jamais affecté la qualité technique du concert. On note une direction attentive, plus engagée que perfectionniste, qui soigne cependant l’accompagnement et l’écoute du soliste dans le concerto. Une prestation légèrement plus brouillonne que ce à quoi nous a habitués le JOA, mais qui est tout de même séduisante et bienvenue.

Le concert de 20h était quant à lui consacré à un tout autre genre de musique : le chant traditionnel persan, avec petit accompagnement instrumental sur des poèmes empruntés à l’auteur du XIIIè siècle Rûmi. Quatre musiciens d’un talent certain nous ont présenté certaines des facettes de la musique iranienne, en récitant des textes mystérieux avec un pouvoir évocateur assurément efficace. Dans un exercice de virtuosité technique d’une grande difficulté (car le chant persan requiert des exigences bien différentes de l’occidental), le chanteur Alireza Ghorbani, spécialiste du chant persan, a livré une prestation exceptionnelle de charme, grandement suggestive et très fidèle à l’esprit d’une musique dépouillée, rythmée et envoûtante. Accompagné de trois instrumentistes irréprochables, malgré des conditions d’humidité qui n’étaient pas favorables à la tension correcte des peaux, comme ils l’ont expliqué à la fin du concert, il a mené en maître un concert fascinant de bout en bout, rendant sans faiblesse la magie assez unique de la musique orientale, de ses harmonies si particulières, de ses tournures à la fois connues et étrangères à notre mode d’écoute et de représentation. Un grand travail !

Damien Guillon sera présent au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Saintes
- Abbaye aux Dames
- 11 juillet 2009
- 12h30 : Johann Sebastian Bach (1685-1750), Messes brèves BWV 234 en la majeur et 235 en sol mineur
- Hana Blazikova, soprano
- Damien Guillon, contre-ténor
- Emiliano Gonzales Toro, ténor
- Christian Immler, baryton
- Ensemble Pygmalion
- Raphael Pichon, direction
- 17h00 : Ludwig Spohr (1784-1859), Concerto pour violon n°9 en ré mineur op.55 ; Félix Mendelssohn 1809-1847, Symphonie n°4 en la majeur Op.90 « Italienne » (version de 1833)
- Alexander Janiczek, violon
- Jeune Orchestre Atlantique
- Andreas Spering, direction
- 20h00 : Chants brûlés
- De la nuit jusqu’à l’aube ; L’Amour ; L’Aimant ; Le chevalier de la lune
- Alireza Ghorbani, chant
- Samn Samidi, kamantche
- Ali Ghmasani, târ
- Rachid Kakavand, zarb






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