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Festival de Saint-Riquier 2012 : le Quatuor Raphaël

mardi 28 août 2012 par Richard Letawe

Le Festival de Saint-Riquier nous emmène aujourd’hui à Long, gros bourg situé au bord de la Somme entre Amiens et Abbeville. Un village possède un patrimoine d’une richesse étonnante grâce à la tourbe, dont les ventes ont fait de Long l’une des communes les plus riches de France au XIXème siècle. Cette manne financière a permis à la commune de se doter d’une centrale hydro-électrique dès la fin du XIXème siècle, d’un hôte de ville cossu, d’une gare, d’écoles élégamment bâties, des bâtiments publics manifestement dignes d’une ville de taille moyenne.

La commune compte également un château du XVIIIème siècle, la « Folie de Buissy » agrémenté d’un superbe parc, et une église fastueuse et lumineuse, aux dimensions d’une petite cathédrale, reconstruite au XIXème à partir d’un clocher vestige du XVIème.Bref, il faut aller loin pour en voir autant, d’autant plus qu’en venant d’Ailly-le-Haut-Clocher, on a droit en coup en arrivant au sommet de la dernière butte avant le village au dévoilement de l’exceptionnel panorama de la Somme dont le cours paresseux forme un fascinant réseau de marais.

Comme on ne se refusait rien à Long, l’église a été dotée d’un orgue Cavaillé-Col sur lequel le festival a pu donner plusieurs récitals au cours des éditions précédentes. Pas d’orgue au menu cependant en cette chaude fin d’après-midi, mais de la musique de chambre avec le Quatuor Raphaël dans un programme résolument classique avec Haydn, Schubert et Beethoven.

Le concert débute avec Haydn, un Quatuor « Lever de Soleil » dont les Raphaël proposent une interprétation lumineuse comme il se doit, mais qui n’est pas sans poser de questions. En effet, le Quaturo Raphaël semble dominé un peu outrageusement dans le premier mouvement par Pierre Fouchenneret, musicien à la personnalité rayonnante, dont le violon est d’une remarquable splendeur sonore, et qui maîtrise parfaitement la progression du discours. Néanmoins, cette magnificence se paie par un certain effacement des autres membres du quatuor, réduit au rôle de faire-valoir un peu trop ostensiblement, et d’accents un peu lourds, d’une articulation manquant légèrement de légèreté de la part d’un premier violon tout occupé à subjuguer l’auditoire. Le deuxième mouvement est mieux adapté à ce traitement, le premier violon est là pour prendre toute la lumière, ce qu’il assume parfaitement, le legato est d’une rare plénitude, la sonorité ensoleillée, l’intonation cristalline. Les deux mouvements suivants apportent un peu plus de surprises : le rythme du menuetto est volontairement légèrement cassé par un primarius assez canaille, qui ressemble à un étudiant en virée, prêt à faire le fou pour amuser ses copains un peu plus sérieux que lui. L’effet est savoureux. On note un peu de crispation au début du mouvement final, mais le Quatuor Raphaël y fait néanmoins preuve de caractère, et aussi d’humour, spécialement dans des dernières mesures au déhanché ravageur.

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Quatuor Raphaël
DR

Le contraste produit par la deuxième pièce du programme est bienvenu : les Raphaël donnent un Quartettsatz de Schubert fragile et nuancé, d’une pudeur très classique, dans lequel l’équilibre est enfin au rendez-vous.

Après la pause, le Quatuor Op.59 n°2 de Beethoven dans une lecture assez décevante eu égard au reste du concert. Le premier mouvement est plutôt plat, manquant de tension et d’ardeur, les musiciens n’arrivant pas à faire grand-chose des ruptures du discours, ici largement inhabitées. Par ailleurs, les deux violonistes connaissent quelques accrocs, alors que la violoncelliste est d’une discrétion qui confine à l’absence. On retrouve dans le Molto adagio, exacerbés, les problèmes qui affleuraient dans Haydn : le premier violon est solaire, mais domine complètement trois protagonistes qui se content de jouer les notes, évitant de s’affirmer dans chaque passage où ils sont exposés, une curieuse abdication de personnalité de la part de musiciens qui sont pourtant aussi des solistes confirmés.

Pierre Fouchenneret donne ensuite quelques signes de fatigue, et livre un troisième mouvement précautionneux, lent et assez flasque, peu soutenu dans les passages fugués par des partenaires toujours aussi timides. Heureusement, le mouvement final retrouve un certain allant , et malgré des accents quelquefois brutaux, on sent la formation se libérer, chacun de ses membres osant enfin faire entendre une voix personnelle. On sent de la confiance de leur part, peut-être aussi un peu de soulagement d’arriver au bout de ce curieux concert.

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- Long
- Eglise Saint Jean-Baptiste
- 21 juillet 2012
- Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor en Si bémol majeur Op.76 n°4 Hob.III.78 « Lever du soleil »
- Franz Schubert (1797-1828), Quartettsatz en ut mineur D703
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor n°8 en mi mineur Op.59 n°2
- Quatuor Raphaël : Pierre Fouchenneret, Pablo Schatzmann, violon ; Arnaud Thorette, alto ; Maja Bogdanovic, violoncelle






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