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Festival de Saint-Riquier 2010 : Carmen

mercredi 28 juillet 2010 par Richard Letawe

Il y a deux ans, le Festival de Saint-Riquier faisait sa première tentative lyrique avec les Noces de Figaro par la compagnie itinérante anglaise Diva Opera.

La représentation avait eu lieu dans l’abbatiale, avec un beau succès, mais le lieu imposait une scène très exiguë, et bon nombre de spectateurs y avaient la vue bouchée par les piliers.

On a trouvé un lieu plus adapté depuis, avec le Théâtre municipal d’Abbeville, où un public important et plutôt jeune avait trouvé place ce samedi après-midi. A l’affiche, Carmen par la même compagnie Diva Opera.

Les productions de cette compagnie ont le mérite de ne pas tricher, et d’aller à l’essentiel. C’est un véritable opéra qui est montré, avec de vraies voix, sans artifices, et un traitement musical de qualité, malgré l’absence d’orchestre. Destinés à voyages et à s’adapter à tous les types de scènes, où à leur absence, les décors sont réduits au minimum, mais il suffit devant eux d’un peu d’imagination pour se croire à Séville, d’autant que les costumes sont sobres mais évocateurs [1]. La mise en scène ne cherche pas à faire autre chose qu’illustrer au premier degré l’action, mais elle es efficace et théâtrale, et les acteurs, rôdés à la production, habitent généralement bien leurs personnages. Certains chanteurs tiennent plusieurs petits rôles, et font aussi office de chœur.

La distribution tient en général la distance. Faire chanter un opéra en français, en France, par des anglophones est évidemment risqué, et dans les dialogues parlés, les accents sont souvent très exotiques. Néanmoins, ils soignent généralement la prononciation des parties chantées, qui sont le plus généralement facilement compréhensibles, ce qui n’est pas pourtant toujours le cas des chanteurs francophones ! Deux exceptions à ce constat : d’abord don José, dont l’accent est désespérément anglo-saxon, et dont le chant est de plus extrêmement débraillé. Cameron Rolls n’a en fait pas du tout la voir du rôle, trop large, trop rustique, manquant de légèreté dans l’émission, de souplesse et de finesse. L’autre exception est Carmen, car elle est en fait confiée à une française, Karine Godefroy. Celle-ci n’a évidemment aucune difficulté dans la prononciation du français parlé, teinté d’un léger accent parisien, mais elle soigne en outre sa diction chantée, qui est toujours parfaitement compréhensible. Malgré de légers problèmes d’intonation, son chant es également attrayant, souple et solide, avec une belle maîtrise de la tessiture, et une excellente projection. Actrice convaincante, elle incarne son rôle de façon très crédible, sans être ni vulgaire ni trop réservée.

Parmi les autres chanteurs, on note un bon David Stephenson en Escamillo, à l’émission un peu engorgée au début, mais qui s’améliore ensuite, et se montre à la fois fier et émouvant au cours du troisième acte. On peut également apprécier la présence de Catriona Clark, brillante Frasquita, et de Rowan Hellier, excellente Mercedes, à la voix riche et au français presque parfait. Les autres rôles secondaires sont tenus avec des fortunes diverses, mais en règle générale de façon très honorable.

La brochure ne mentionne pas le nom de la pianiste, qui a certainement dû remplacer le titulaire Bryan Evans au pied levé. Après des débuts un peu hésitants, elle se montre active et plutôt à l’aise, et n’hésite pas à prendre la partition à bras le corps, faisant presque oublier l’absence d’un orchestre.

Vu les circonstances et les moyens déployés, ce fut donc une représentation de bonne qualité de Carmen, que le public a semblé beaucoup apprécier. Espérons donc que les spectateurs qui n’étaient pas familiarisés avec l’art lyrique auront pu y trouver l’envie de pousser les portes d’une véritable maison d’opéra à l’avenir.

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- Abbeville
- Théâtre municipal
- 17 juillet 2010
- Georges Bizet (1838-1875), Carmen.
- Mise en scène, Wayne Morris ; Nuria Garcia, chorégraphies ; Nobuko Maruyama, scénographie ; Nicola Jackson, costumes ; Matthew Muller, régie ; Fiona Murray, répétitrice en français
- Andrew Conley, Morales ; Catherine Bouchier, Micaela ; Alan Fairs, Zuniga ; Cameron Rolls, Don José ; Karine Godefroy, Carmen ; Catriona Clark, Frasquita ; Rowan Hellier, Mercedes ; David Stephenson, Escamillo ; Kevin Jones, El Remendado ; Daniel Howard, El Dancaïro ; Peter Van Hulle, Lilas Pastia ; Louise Mott, Sarah Power, cigarières

[1Le défaut qu’on peut leur trouver est, pour les hommes, le fait que les culottes ne sont visiblement pas confectionnées sur mesure, ce qui leur fait des derrières pas toujours très bien profilés et assez disgracieux.





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