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Festival de Saint-Riquier 2010 : la révélation de Julia Lezhneva

mercredi 21 juillet 2010 par Richard Letawe
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Julia Lezhneva
DR

Dans une abbatiale de Saint-Riquier étonnamment peu remplie pour une telle affiche, le Jeune Orchestre Atlantique, orchestre de formation professionnelle pour jeunes musiciens se destinant à intégrer des ensembles jouant sur instruments anciens, se produisait sous la direction de Marc Minkowski, dont c’était la première apparition au festival.

Le programme, qui avait été donné la veille au Festival de Saintes, est entièrement consacré à Mozart. Il débute par une ouverture de la Clémence de Titus menée à un rythme trépidant par le chef. Pas de solennité ni de pompe pour ce qui est pourtant l’ouverture d’un opéra seria composé pour des fêtes de couronnement, mais le résultat est brillant, tendu et dramatique, et se révèle convaincant, même si d’autres options sont peut-être plus évidentes dans cette œuvre.

Place ensuite à la révélation de cette soirée, la jeune soprano Julia Lezhneva, à l’orée de ce qu’on peut espérer une glorieuse carrière, tant elle possède une jolie voix, fraîche et brillante, mais surtout un art du chant déjà très impressionnant : vocalisation d’une extrême précision, maîtrise du souffle, justesse impeccable, sûreté des aigus, dont elle varie la dynamique de façon remarquable. Très brillante vocalement, elle peine un peu à rendre toute la théâtralité et toute la variété d’affects de Voi avete un cor fedele, qui se déroule de façon légèrement uniforme, mais cette voix encore très instrumentale, légèrement désincarnée, donne un Exultate jubilate d’une grâce absolue. L’ornementation tout en souplesse, la fermeté de la ligne, la tenue de la tessiture y sont tout à fait remarquables, et font espérer le meilleur pour cette soprano que Marc Minkovski a prise sous son aile, et avec laquelle il a d’ailleurs déjà enregistré un disque d’airs de Rossini qui sortira bientôt chez Naïve. Entre les deux apparitions de la soprano, une ouverture bien enlevée de l’Ode à Sainte-Cécile de Haendel, mais dans la dispensable réorchestration opérée pour des motifs alimentaires par Mozart.

En seconde partie, une Symphonie n°39 qui est malheureusement beaucoup moins convaincante que le reste du programme. Marc Minkowski y fait l’étalage d’une insupportable série de tics « baroqueux » qui se font sentir dès le début, avec un adagio pris à toute vitesse, sans suspension ni respiration, qui ôte toute solennité à cette introduction si importante, et empêche l’allegro qui suit, par manque de contraste entre les deux épisodes, de donner sa pleine énergie et de prendre son envol. Il est bien évident qu’interpréter cette symphonie à la façon d’un Karajan ou d’un Böhm n’est plus obligatoire, mais encore faudrait-il faire preuve d’un peu de musicalité, de phraser, de laisser respirer les pupitres, au lieu de se contenter d’accélérations forcenées et de ralentissements brutaux, au risque qu’on n’y reconnaisse même plus la mélodie. Le mouvement suivant, un andante bien lisible, qui avance, mélancolique mais sans emphase inutile, a plus de mérite ; mais pour le reste, il faut déplorer une lecture sans nuance, brutale, brouillonne et biscornue, qui apporte bien peu de satisfaction. L’orchestre, qui avait bien répondu jusque là, est plutôt déstabilisé par les coups de boutoir de son chef et perd de sa cohésion.

Heureusement, le concert ne se termine pas avec cette symphonie malmenée : Julia Lezhneva revient pour deux bis bien mérités, un délicieux et séduisant Air des marronniers, puis un reprise du toujours spectaculaire « Alléluia » final de l’Exultate jubilate.

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- Saint-Riquier
- Abbatiale
- 10 juillet 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Ouverture de la Clemenza di Tito ; Exultate, jubilate Motet KV165 ; Voi avete un cor fedele Air pour soprano KV217 ; Symphonie n°39 en Mi bémol majeur KV543
- George Friedrich Haendel (1685-1759), Ouverture de l’Ode à sainte-Cécile, réorchestration par Mozart.
- Julia Lezhneva, soprano
- Jeune Orchestre Atlantique
- Marc Minkowski, direction






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