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Festival de Saint-Céré 2012 : Madama Butterfly

mardi 21 août 2012 par Emmanuel Andrieu

C’est un festival à part qui a lieu chaque année depuis trente deux ans dans et autour de la ville de Saint Céré, dans le Lot, manifestation créée par l’infatigable Olivier Desbordes, qui continue à en assurer la direction artistique. Le cadre principal des représentations lyriques se déroule dans la cour du château de Castel-Bretenoux, lieu magique d’une confondante beauté. Cette année, elle a servi d’écrin à deux spectacles : une nouvelle production de Madama Butterfly, signée par le maître des lieux, et une reprise de la Flûte Enchantée, signée Eric Perez et créée in loco en 2004.

Une fois de plus, il faut commencer par saluer le courage artistique d’Olivier Desbordes - mais aussi les qualités de ses travaux scéniques - qui propose, pour cette Madama Butterfly, étrennée à l’Opéra de Fribourg au printemps, une affiche ne comportant presque pas de noms connu. Fidèle à sa logique, le festival s’ingénie à servir de banc d’essai et de tremplin à de jeunes chanteurs à la carrière prometteuse. Par ailleurs, à un moment où trop de metteurs en scène sans talent s’accordent le droit de détourner les œuvres, sans en donner pour autant une relecture cohérente et efficace, et se contentent de choquer pour se singulariser, cette Butterfly apporte la preuve qu’on peut, sous une apparence classique, voire traditionnelle, non seulement éviter les clichés, mais innover grâce à un travail approfondi sur la psychologie des personnages : ici, la confrontation fouillée entre les raffinements de la société japonaise et une certaine grossièreté américaine, associe au manque d’éducation et au non respect de la civilité la plus élémentaire, l‘arrogance de ceux qui se croient supérieurs aux autres.

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Irina de Baghy, Suzuki ; Sandra Lopez de Haro, Cio-Cio San
© Opéra de Fribourg

De nombreux détails finement observés dessinent très justement l’opposition fondamentale entre l’univers de Cio-Cio San et celui de Pinkerton, qui devient le prototype parfait de la muflerie yankee. Des éléments réalistes le montrent ainsi sous un jour odieux, telle sa façon de distribuer les dollars, pour acheter ou rabaisser les autochtones. Les relations du conquérant infatué et de la fragile poupée qu’il s’achète pour satisfaire sa libido et son ego, sont d’une étonnante véracité, rendant, par contraste, la « victime » plus fragile, humaine et émouvante. La vulnérabilité de l’héroïne trouve également un écho dans la scénographie - un décor unique conçu par Ruth Gross - qui nous montre une maisonnette éventrée, comme brinquebalé par le récent Tsunami, que Desbordes, dans ses notes d’intentions, dit avoir voulu évoquer, tout en rendant hommage à ses victimes.

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Sandra Lopez de Haro, Cio-Cio San
© Opéra de Fribourg

Soulignons, en second lieu, le subtil travail orchestral mené par le jeune chef français Gaspard Brécourt (à la place de Dominique Trottein, chef associé du Festival, initialement annoncé), qui a su conjuguer en un juste équilibre, lyrisme, passion et poésie, à la tête d’un Orchestre du Festival digne de tous les éloges.

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Sandra Lopez de Haro, Cio-Cio San
© Opéra de Fribourg

De Butterfly, la jeune soprano Sandra Lopez de Haro offre un portrait très complet, dense, sans concession au maniérisme, très féminin pour tout dire. Il est certes des voix plus étoffées, plus rayonnantes, mais telle quelle, avec ses accents d’authenticité, ses couleurs mêlées, elle emporte la vraie adhésion du public. Avec son physique avantageux, son timbre agréable, mais un chant parfois un peu frustre et claironnant, les défauts du ténor niçois Carlo Guido vont dans le sens de la caractérisation du personnage, et contribuent à sa crédibilité totale. Modeste et effacée, la Suzuki de la mezzo canadienne Irina de Baghy n’en témoigne pas moins, avec une jolie couleur de voix, d’un chant bien mieux conduit et discipliné. Le baryton Kristian Paul est un Sharpless tout à fait à sa place, pétri d’humanité, doté d’une voix franche et d’un style exemplaire. Enfin, dans le rôle de Goro, le ténor Eric Vignau parvient à élever son personnage au dessus de la caricature.

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- Saint-Céré
- Château de Castel-Bretenoux
- 10 août 2012
- Giacomo Puccini (1858-1924), Madama Butterfly, opéra en trois actes. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après le drame de David Belasco.
- Mise en scène, Olivier Desbordes ; Décors, Ruth Gross ; Lumières, Patrice Gouron.
- Cio-Cio San, Sandra Lopez de Haro ; Pinkerton, Carlo Guido ; Suzuki, Irina de Baghy ; Sharpless, Kristian Paul ; Goro, Eric Vignau ; Bonzo, Josselin Michalon ; Yamadori, Yassine Benameur ; Le Commissaire impérial, Matthieu Toulouse ; Kate, Flore Boixel.
- Orchestre du Festival
- Gaspard Brécourt, direction






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