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Festival de Saint-Céré 2012 : La Flûte enchantée

mercredi 22 août 2012 par Emmanuel Andrieu

Au lendemain de la représentation de Madama Butterfly par le Festival de Saint-Céré, la place du château de Castel-Bretenoux était investie par un autre grand titre du répertoire : La Flûte Enchantée. Plus encore que l’opéra de Puccini, l’ouvrage semble convenir parfaitement au magnifique cadre de ce château, propre au rêve éveillé, avec ses hautes tours médiévales et ses fascinantes pierres rouges.

Cette fois, la mise en scène était confiée au bras droit d’Olivier Desbordes, Eric Perez, en charge des distributions vocales au sein de la manifestation du haut Quercy. Comme la veille, l’équipe réunie se distingue avant tout par sa jeunesse, son éclat et son homogénéité. Sa mise en scène relègue au second plan les références métaphysiques ou maçonniques : c’est un conte de fées qu’il propose, et pour cela, à juste titre, il a voulu que les dialogues soient compréhensibles de tous, et donc en français. D’abord dépouillé, le plateau prend bientôt des couleurs grâce à des dalles noires qui, retournées par les artistes eux-mêmes, se parent de toutes les couleurs de l’arc en ciel. La couleur éclate d’ailleurs de toute part, comme un jaillissement continu, et en premier lieu dans les costumes inventifs, aux couleurs vives et bigarrées, signées Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne. Tout de poésie, nous retiendrons le plumage léger et ébouriffé de l’oiseleur, et de sa Papagena assortie. Quant à la scénographie, conçue par Patrice Gouron, elle se compose de cadres en fer forgé qui figurent tantôt un portail, tantôt un temple, et servent également de support à un miroir ou à des néons. En apparence facile à se déplacer et à transformer, le dispositif scénique nécessite toutefois des manipulations qui cassent un peu le rythme de l’action, mais c’est le rare bémol que l’on portera à cette production particulièrement imaginative. Signalons que, privé d’un chœur, les parties qui lui sont normalement dévolues ont été remplacées par l’orchestre ou par les solistes qui, tous réunis à l’issue de la représentation, semblent tirer la morale de l’opéra, tel le sextuor final dans Don Giovanni.

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© Nelly Blaya

Toute de luminosité dans l’aigu, la Pamina de la toute jeune soprano Marion Tassou (28 ans) est une révélation. De son timbre soyeux, de son phrasé raffiné, de sa musicalité, on ne sait que louer le plus. Par ailleurs, la voix révèle déjà une certaine ampleur, et il y a fort à parier qu’elle évoluera bientôt vers des emplois plus lyriques. Autre révélation, le ténor montpelliérain Raphaël Brémard (Tamino) fait preuve, comme sa Pamina, d’une superbe musicalité, d’un phrasé élégant, avec sa voix vaillante, lyrique, à la projection superbe.
Isabelle Philippe, qui incarne la Reine de la nuit, montre de la vaillance dans son second air, mais aborde le premier avec beaucoup de prudence, par paliers, car la voix ne correspond sans doute plus exactement à cet emploi, celle-ci s’étant considérablement étoffée ces dernières années. En revanche, elle fait réellement peur lors de ses imprécations !

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© Nelly Blaya

Bien que l’acteur soit convaincant, avec un jeu parfaitement dans l’esprit du rôle, le Papageno du baryton français Jean-Michel Ankaoua déçoit à cause d’une ligne de chant heurtée, et un manque patent d’assurance vocale. C’est un tout autre bonheur que distille le chant de Jean-Claude Saragosse, grâce à son timbre somptueux, la rondeur de ses graves et un jeu scénique empreint de toute la noblesse et la majesté requises. Papagena trouve en la soprano Cécile Limal, grimée en bimbo défraîchie, une délicieuse et pétulante interprète, dont il faut saluer le jeu absolument épatant.

Trois Dames de qualité (Anouschka Lara, Sabine Garrone et Mélodie Ruvio), un Monostatos intelligemment nuancé(Samuel Oddos), un Orateur riche de promesses (Matthieu Toulouse) et trois génies vocalement très assurés, mais il est vrai confiés à trois sopranos (Agathe Peyrat, Marielou Jacquard et Albane Meyer), faisaient également honneur à la distribution.

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© Nelly Blaya

Fidèle au Festival de Saint-Céré, le chef toulousain Joël Suhubiette dirige l’Orchestre Opéra Eclaté avec la vigueur et le sens de l’équilibre qui conviennent à la partition. Tout au plus, pourrait-on lui reprocher de manquer parfois de solennité, comme dans la scène avec l’Orateur ou durant les épreuves, mais cela s’explique peut-être par l’effectif orchestral réduit, tout au plus une vingtaine d’instrumentistes…

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- Saint-Céré
- Château de Castel-Bretenoux
- 10 août 2012
- Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791), La Flûte Enchantée, opéra en deux actes. Livret d’Emmanuel Schilkaneder.
- Mise en scène, Eric Perez ; Décors et Lumières, Patrice Gouron ; Costumes, Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne.
- Pamina, Marion Tassou ; Tamino, Raphaël Brémard ; Papageno, Jean-Michel Ankaoua ; La Reine de la nuit, Isabelle Philippe ; Sarastro, Jean-Claude Saragosse ; Papagena, Cécile Limal ; L’Orateur, Matthieu Toulouse ; Première Dame, Anouschka Lara ; Deuxième Dame, Sabine Garrone ; Troisième Dame, Mélodie Ruvio ; Monostatos, Samuel oddos ; Premier enfant, Agathe Peyrat ; Deuxième enfant, Marielou Jacquard ; Troisième enfant, Albane Meyer.
- Orchestre Opéra Eclaté
- Joël Suhubiette, direction











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