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Festival de Montpellier 2012 : Le caravagisme espagnol

lundi 27 août 2012 par Gilles Charlassier

En léger décalage avec le calendrier commémoratif du quadricentenaire de la mort du Caravage, le musée Fabre à Montpellier propose en collaboration avec celui des Augustins à Toulouse une exposition consacrée à l’influence de l’impétueux lombard sur la peinture européenne de son époque et de l’ensemble du dix-septième siècle. Tandis que la Ville rose en présente la part septentrionale, à la cité languedocienne incombe celle exercée en France, en Espagne, et bien sûr en Italie. C’est tout naturellement que le nouveau directeur du festival de Radio-France a souhaité programmer en contrepoint une série de concerts, permettant d’apprécier ce que les contemporains et immédiats descendants que Caravage ont pu entendre de plus ou moins imprégné de l’esthétique novatrice de Merisi. Et cela commence par l’Espagne du siècle d’Or finissant sous la houlette d’Albert Recasens, à la tête de la Grande Chapelle.

Suivant un usage en vigueur en ces temps souvent politiquement troublés, les pages profanes et sacrées se mêlent et se répondent – il n’est pas rare de voir une adaptation de l’un à l’autre. D’un point de vue stylistique, on décèle également une ambivalence entre la polyphonie héritée de la Renaissance, et la ligne plus monodique qui caractérisera davantage un certain âge baroque – de la première relève entre autres le Misere de Mateo Romero, a capella écrit sur un faux-bourdon ponctué de silence.

Si Albert Recasens a su habilement ménager une certaine diversité dans la succession des morceaux, évitant par là-même tout didactisme, écueil qui menace souvent de telles collations, on se rend rapidement compte de la richesse de l’écriture rythmique, mise en avant avec beaucoup de sapidité par le musicien espagnol. Dès le tono (forme musicale typiquement ibérique) initial, Ya las sombras de la noche, le rôle de la division des tempi dans le feuilletage polyphonique se fait clairement reconnaître, et qui distingue plus d’un du genre dit humano, profano opposé au divino – ceux de Hidalgo comme de Marín en fournissent un exemple ductile en contraste. Une telle virtuosité culmine dans le virevoltant Por hacer mudanzas de Murillo, qui referme la première partie du concert, épicé de « andar » et « bailar » exclamatifs et enivrants, au point de servir de bis à la fin de la soirée. Clair-obscur ne rime nullement avec ténèbres : on assiste plutôt à une dramatisation de la couleur – ce qui est sans doute d’ailleurs le sens véritable du caravagisme.

Parmi les formats variés qui composent le mesclun sonore, la folía A la dulce risa del alba chatoie sous l’archet de la viole de gambe et le babillage de la flûte. Un tournant plus religieux s’opère avec la vilanesca espiritual de Guerrero et les letanías de Bruna, avec une intéressante perspective dans le duo de flûtes, l’une beaucoup plus ronde que l’autre, distillant un subtil éclairage presque pictural. Ce travail de l’équilibre expressif transparaît dans les créations de Machado ou Galán, répartissant chez le second les interventions des solistes selon les intentions rhétoriques.

Après un touchant tono humano anonyme, le premier des morceaux purement instrumentaux, une canzona à quatre séduit par son écriture raffinée, prélude à la science consommée du tono a solo d’Hidalgo, ¡ Ay, amor, ay ausencia !, colorant les couplets d’interventions presque concertantes, et de son villancico a due entremêlant délicieusement les voix. Le Marionas de Sanz s’enchaîne avec un autre tono écrit sur une basse obstinée qui l’apparente à la chaconne. Le villancico a sei de Pujol développe une polyphonique admirable tandis que la jácara du milieu du dix-septième siècle qui referme le programme regarde résolument vers une baroque madrigalité soulignée de sapides traits à la flûte.

Saluons l’interprétation des deux sopranos, María Eugenia Boix, soprano et Lina Marcela López, lesquelles se complètent fort remarquablement. Le contre-ténor Gabriel Díaz Cuesta ne démérite point, aux côtés du plus présent Elías Benito. Fidèle à la logique territoriale du festival, le programme est également donné à Limoux et Alenya.

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- Montpellier
- Opéra Comédie
- 19 juillet 2012
- Anomyme (ca. 1655), Tono humano - Ya las sombras de la noche, a 4
- Mateo Romero (ca. 1575-1647), Folía - A la dulce risa del alba, a 4 ; Verset pour les Défunts – Miserere mei Domine, a 4
- Francisco Guerrero (1528-1599), Villanesca espiritual – Qué te daré señor, a 4
- Pablo Bruna (1611-1679), Letanías de 2°tono sobre la Letanía de la Virgen
- Juan Hidalgo (1614-1685), Tono humano – ¡Ay, corazón amante !, a solo
- José Marín (1619-1699), Tono humano – Aquella sierra navada, a 2
- Bernardo Murillo (ca. 1650), Tono humano – Por hacer mudanzas Gila, a 4
- Manuel Machado (ca. 1590-1646), Tono humano – Afuera, afuera que sale, a 4
- Cristóbal Galán (ca. 1625-1684), ¡Bellíssima hija del sol !
- Anonyme (ca.1655), Tono humano – Aunque maten tristezas, a 4
- Bartolomé de Selma y Salaverde (ca. 1595-1638), Canzona quarta a 4
- Juan Hidalgo (1614-1685), Tono humano – ¡Ay, amor, ay ausencia !, a solo ; Villancico – Dulce ruiseñor, a 2
- Gaspar Sanz (1640-1710), Marionas
- Anonyme (ca.1655), Tono humano – No me recuerde el aire, a 4
- Joan Oau Pujol (1570-1626), Villancico – Si del pan de vida, a 6
- Anonyme (ca. 1655), Jácara – No hay que decirle el primor, a 4
- María Eugenia Boix, soprano ; Lina Marcela López, soprano ; Gabriel Díaz Cuesta, contre-ténor ; Elías Benito, baryton
- La Grande Chapelle
- Albert Recasens, direction






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