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Festival de Montpellier 2012 : Monteverdi, un Caravage de la musique

mercredi 29 août 2012 par Gilles Charlassier

Deuxième concert du Festival de Radio-France autour de l’exposition du musée Fabre consacrée aux caravagismes méridionaux, le programme du Concerto Soave met à l’honneur l’adret italien, et la figure emblématique de Claudio Monteverdi, sur une séquence thématique, guerre, amour et ballet, dans un entrecroisement métaphorique tout à fait idiomatique de l’âge baroque. Un tel condensé de l’art madrigalesque s’offre par là-même comme une traduction musicale à l’expressivité du peintre lombard qui ne l’est pas moins.

Le concert s’ouvre sur une battagilia de Dario Castello haute en couleurs et en rythmes. Jean-Marc Aymes n’hésite pas à encourager ses musiciens à une belliqueuse rudesse du meilleur effet, introduisant le canto guerriero, Ogni amanti è guerrier de Monteverdi, rapprochant par la comparaison l’amour et le combat des champs de bataille, l’un et l’autre aussi dévastateurs pour les hommes que les licences expressives que s’autorise l’imitation expressive du compositeur pour les règles établies de l’harmonie. Deux solistes alternent dans les couplets, entrecoupés de passages a due. Furio Zanasi y fait preuve d’une admirable maîtrise, épaulé par Stephen Macleod, basse aux intonations sombres et irrégulières qui ne font pas l’unanimité. Mais le morceau de bravoure de cette première séquence est incontestablement Il Combattimento di Tancredi e Clorinda. Le baryton italien cisèle les épisodes du poème du Tasse avec un art consommé de la progression dramatique et des atmosphères. On se retrouve littéralement suspendu à ses lèvres, comme au destin des deux héros, narré avec force suspens. La variété des climats trouve dans l’accompagnement tour à tour rhétorique et poétique de Jean-Marc Aymes et son Concerto Soave un partenaire sur-mesure.

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Concerto Soave
© Bertrand Pichène

Le voyage se poursuit dans les contrées de l’amour, avec une Sinfonia de Salomone Rossi Ebreo pour générique. Non moins légendaire que le madrigal précédent, le Lamento d’Arianna est le seul fragment qui nous est resté de l’opéra au nom de l’épouse délaissée par Thésée. Quoique parvenu en entier, le poème d’Ottavio Rinuccini est généralement amputé des choeurs de pêcheurs commentant l’évolution des affects de l’héroïne. L’usage hérité du théâtre antique ne pouvait être anodin pour un musicien qui tire les leçons des camerate fiorentine, et c’est à juste titre que le chef français a choisi de les réintroduire, en s’appuyant sur un manuscrit déposé à la British Library de Londres. Si Maria Cristina Kehr déploie une remarquable finesse stylistique qui a bâti sa réputation, le matériau vocal s’est quelque peu salpêtré au fil des ans, étirant son émouvante ténuité. Les solistes masculins, et au premier chef l’incontournable Furio Zanasi, commentent efficacement l’action en formation chorale à deux solistes.

La croisière dans les contrées mouvementées du caravagisme monteverdien s’achève avec le Ballo, amené avec une savoureuse Sinfonie e gagliarda du même Ebreo. La richesse de couleurs et de rythmes du Ballo di Tirsi e Clori cotillonnent idéalement le concert, dont la conclusion constitue un bis idéal pour remercier le public, après une page extraite des Scherzi musicali, Damigella tutta bella. De l’enivrante science de Monteverdi, le spectateur en a ainsi entendu un convaincant exemple.

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- Montpellier
- Opéra Comédie
- 20 juillet 2012
- Dario Castello (1590 – après 1630), Sonate Concertate livre II – Sonata XVI, battaglia
- Claudio Monteverdi (1567-1643), Madrigali guerrieri et amorosi – Ogni amanti è guerrier, canto guerriero ; Il Combattimento di Tancredi e Clorinda
- Salomone Rossi Ebreo (1570-1630), Il Terzo Libro de varie sonate – Sinfonia ; Sinfonie e gagliarda
- Claudio Monteverdi (1567-1643), Lasciatemi morire, Il Lamento d’Arianna
Settimo libro de madrigali : Il ballo di Tirsi e Clori, canto guerriero
- Maria Cristina Kiehr, soprano ; Furio Zanasi, Baryton ; Stephen Macleod, basse
- Concerto Soave
- Jean-Marc Aymes, direction, clavecin et orgue






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